SpaceX a pour ambition de devenir un fournisseur d'accès à Internet dont la particularité est de faire transiter la connexion par l'espace, via des satellites. Son service se nomme Starlink.

Qu’est-ce que Starlink ?

Starlink est le nom d’un service et d’un réseau de satellites appartenant à SpaceX, une entreprise américaine fondée par Elon Musk au début des années 2000 et spécialisée dans l’astronautique. Starlink entend être un fournisseur d’accès à Internet, mais d’un genre un peu particulier : il s’agit de fournir une connexion qui transite par l’espace, via des satellites de communication — en l’occurrence, les siens.

Le but affiché de Starlink est d’apporter une liaison Internet partout dans le monde, y compris dans des zones géographiques qui ne sont pas bien desservies (ou pas du tout) par des infrastructures terrestres. Cela peut être des lieux reculés, ruraux ou difficiles d’accès. Cela dit, le fait est que Starlink se focalise pour ses débuts sur des pays riches et bien équipés, avec l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest.

La mise en place de ce projet nécessite donc d’envoyer des satellites dans l’espace, via des tirs de fusées — ce qui est justement la spécialité de SpaceX depuis ses débuts. En aval, il faut également que la clientèle s’équipe en conséquence, avec un kit dédié. Du fait des spécificités de Starlink, les liaisons sans fil sont abondamment utilisées pour faire circuler le signal.

Starlink SpaceX
Mosaïque de photos montrant un décollage d’une fusée Falcon 9 au profit de la constellation Starlink. // SpaceX

Quelle est l’origine du projet ?

Il faut remonter dans la première moitié des années 2010 pour trouver les traces publiques du programme Starlink — ce qui suggère qu’il était en gestation depuis plus longtemps encore. Début novembre 2014, le Wall Street Journal publiait un article intitulé La prochaine mission d’Elon Musk : les satellites Internet. Une semaine plus tard, Elon Musk confirmait, évoquant une annonce à venir.

À l’époque, il était question de constituer des essaims de micro-satellites — le nombre de 700 appareils était avancé — et d’un partenariat avec la société WorldVu Satellites, fondée par Greg Wyler, un ancien de Google, déjà à l’origine de O3b Networks. Greg Wyler a d’ailleurs un temps voulu travailler sur un projet similaire avec Google, mais celui-ci n’avait pas pu être mené à son terme pour diverses raisons.

La stratégie visait à mettre au point des satellites simples et rapides à fabriquer et surtout qui ne coûtent pas trop cher. Il est toutefois manifestement apparu que le plan avec WorldVu Satellites ne convenait pas, ou plus. Elon Musk a donc abandonné l’idée de lancer 700 satellites, pour en viser 4 000 à la place, en vue de réduire les coûts grâce à de plus grandes économie d’échelle.

Il a également été question, un temps, d’un rapprochement avec OneWeb, qui n’a pas pu aboutir du fait de désaccords techniques. Il a été rapporté qu’Elon Musk s’est notamment rendu compte du gouffre financier que peut constituer le maintien d’une flotte de satellites en orbite. Il fallait donc aboutir à des satellites moins onéreux à construire, à lancer et à opérer.

Elon Musk, fondateur de SpaceX, est l’un des moteurs du projet Starlink. // Daniel Oberhaus

Les choses se sont accélérées par la suite. En 2016, on apprenait que SpaceX avait déposé une demande au sein de la commission fédérale des communications pour envoyer une flotte de satellites autour de la Terre. À l’époque, l’ensemble incluait 4 425 appareils et l’altitude envisagée était plus haute que celle qui est utilisée aujourd’hui. Il était prévu de les faire graviter entre 1 110 et 1 324 km de hauteur.

Ce n’est toutefois qu’en 2018 que les premiers satellites expérimentaux ont été envoyés et qu’ont été délivrées les premières autorisations des instances de régulation. C’est en 2019 qu’a démarré le déploiement des premiers satellites opérationnels. Le lancement du service en version bêta est survenu en 2020. Depuis, des dizaines de tirs ont eu lieu pour étoffer l’ensemble.

Comment fonctionne Starlink ?

Dans la mesure où Starlink fait appel à une constellation de satellites, c’est par l’espace que la connexion Internet circule. Cependant, l’entreprise a aussi besoin d’infrastructures au sol, de stations terrestres. Par exemple, l’entreprise a signé un accord avec Google afin d’installer des terminaux dans les centres de données du géant du net. Elle fait de même en France, non loin de certaines communes.

Il peut sembler paradoxal d’avoir besoin de stations au sol pour de l’Internet par satellite. C’est pourtant courant, rappelle l’Agence nationale des fréquences : « les satellites communiquent d’une part avec les stations passerelles, qui assurent l’interconnexion avec les réseaux terrestres et, d’autre part, avec les terminaux des utilisateurs finaux, de plus petite taille, chez les particuliers ou les entreprises ».

Et de poursuivre : «  l’ensemble des données échangées entre les utilisateurs et les satellites doivent redescendre sur Terre : les constellations […] ont besoin de nombreuses stations passerelles pour assurer ce flux ». En France, le régulateur des télécoms a donné son feu vert pour trois stations terrestres, dans le Nord (Gravelines), en Gironde (Villenave-d’Ornon) et dans La Manche (Saint-Senier-de-Beuvron).

Cela dit, le signal de l’internaute transite par l’antenne parabolique située sur son toit — ou ailleurs, tant que c’est à l’extérieur — pour communiquer avec Starlink. À la réception du signal, celui-ci transite ensuite par le routeur Wi-Fi, à l’intérieur du bâtiment. Il ne reste qu’à accrocher le signal et s’authentifier : en somme, cela a l’apparence d’une liaison Internet tout ce qu’il y a de plus normal.

Starlink
Une antenne Starlink orientée vers les étoiles (mais surtout vers les satellites). // Source : Starlink

Combien y a-t-il de satellites Starlink en orbite ?

Le nombre de satellites Starlink en orbite autour de la Terre est en hausse constante depuis 2018, date à laquelle les premiers envois ont eu lieu. Plus de 1 700 engins ont ainsi été envoyés dans l’espace au cours de ces quatre dernières années, mais ceux qui sont vraiment fonctionnels sont un peu moins nombreux, autour de 1 650, compte tenu de quelques échecs ou de désorbitations.

Actuellement, les satellites Starlink sont envoyés par grappe de soixante à chaque tir d’une fusée Falcon 9 — sauf rares exceptions. Au printemps 2021, SpaceX a affiché un rythme très soutenu, avec quatre missions Starlink en un seul mois. À (très) long terme, SpaceX souhaite disposer d’une constellation comptant des dizaines de milliers d’engins — une version maximaliste envisage jusqu’à 42 000 satellites.

Où se trouvent les satellites Starlink ?

Les satellites Starlink sont positionnés assez près de la Terre, sur une orbite basse. Cette zone s’étend jusqu’à 2 000 kilomètres d’altitude. Dans les faits, Starlink se trouve bien plus bas, aux alentours de 550 kilomètres de haut. Certains engins sont positionnés un peu au-dessus de cette orbite, d’autres en dessous. À plus long terme, Starlink a dans l’idée de placer des satellites encore plus bas, entre 330 et 350 km.

Cette forte proximité avec la Terre, par rapport à d’autres engins qui sont placés beaucoup plus loin, est justifiée par la compagnie pour des raisons de latence. « Les satellites Starlink sont 60 fois plus près de la Terre que les satellites classiques, ce qui permet un temps de latence plus court et la capacité de prise en charge de services généralement impossible sur l’Internet par satellite classique », dit la société sur son site.

Il existe par ailleurs des services en ligne qui permettent d’avoir une idée de l’endroit où se trouvent les satellites Starlink au-dessus de la Terre. Ainsi, le site Satmap montre une carte du globe avec plusieurs options d’affichage. On note que le monde semble recouvert de satellites Starlink, même en retirant tous les autres engins en orbite — une impression qui est due à un problème d’échelle.

Satmap
Voilà à quoi ressemble la visualisation de Satmap.

Combien coûte un abonnement Starlink ?

L’offre de Starlink requiert un investissement de départ notable. L’acquisition du kit est facturée 499 euros (il inclut l’antenne satellite, le routeur Wi-Fi, le bloc d’alimentation, le trépied de montage et les câbles). À cela, il faut ajouter les frais d’envoi et de service, qui atteignent 59 euros. Montant total : 558 euros. Quant à l’accès au service, il est facturé une fois par mois, au prix de 99 euros.

En comparaison, la concurrence propose des prix allant de 30 à 60 euros par mois. C’est le cas de Nordnet : il faut aussi ajouter le prix du kit, à 299 euros (149 euros en cas d’aide de l’État). Une période d’engagement d’un an est requise. En cas de location du kit, l’engagement passe à deux ans et il faut compter +8 euros à l’abonnement. Un service pose est proposé, mais payant.

Starlink
Les éléments du kit Starlink. // Source : Starlink

Quel est le débit annoncé par Starlink ?

Sur sa page d’accueil, le service évoque des débits pouvant aller de 50 Mbit/s à 150 Mbit/s, « durant la phase bêta ». En clair, la clientèle ayant accès au service, une fois celui-ci pleinement lancé, pourra bénéficier d’une capacité de transmission de données plus élevée. De combien ? Si l’on en croit Elon Musk, les performances doivent être doublées en 2021, sous-entendant des pointes à 300 Mbit/s.

Une promesse est d’ailleurs faite sur le site : « le lancement de plus de satellites, l’installation de plus de stations terrestres et l’amélioration de nos logiciels de réseautage amélioreront remarquablement nos vitesses de transmission de données, temps de latence et temps de disponibilité ». L’opérateur prévient toutefois qu’au début, il pourra y avoir « de brèves périodes sans aucune connectivité ».

Il est difficile d’appréhender ce que représentent 50 Mbit/s, 150 Mbit/s ou bien 300 Mbit/s si l’on n’est pas familier du milieu des télécoms. Pour des éléments de comparaison, il faut se tourner vers le régulateur des télécoms en France. En début d’année, il observait que le débit descendant moyen pour une connexion mobile était de 45 Mbit/s, c’est-à-dire, en gros, ce que l’on a avec 4G.

Et dans l’Internet fixe à haut, voire très au débit ? En fonction des technologies et de leurs caractéristiques  (VDSL2, 4G fixe, Très Haut Débit Radio), les débits constatés en général vont de 30 à 100 Mbit/s. Quant à la fibre optique, qui est le Graal dans ce domaine, elle se situe au-delà de 100 Mbit/s, avec des offres pouvant grimper à 400 Mbit/s, 1 Gbit/s et plus encore, selon les circonstances (et le prix que vous acceptez de payer).

Quant à la latence, un indicateur mesurant le délai entre l’envoi d’une requête et la réception des données (plus l’écart est faible, mieux c’est). Il est annoncé, pour la phase bêta, entre 20 et 40 millisecondes (ms) « dans la plupart des endroits au cours des quelques mois à venir ». C’est assez bon. À titre de comparaison, la fibre optique peut faire aussi bien, voire mieux, jusqu’à 10, voire 5 ms.

fibre optique
Une coupe de fibre optique. À en croire Starlink, les débits de l’Internet par satellite pourraient rivaliser avec certains débits fournis par cette connexion filaire. // Source : arnybo

Quelle est la couverture ?

Si l’on se fie à la carte de Satmap, on peut imaginer que la couverture est déjà globale, ou presque. En réalité, le service a une disponibilité plus modeste : Selon Elon Musk, qui s’était exprimé sur le sujet en février 2021, la majorité du globe sera couverte d’ici la fin de l’année. Il faudra attendre l’année suivante pour servir toute la Terre. Ensuite, ce sera une question de densification du maillage.

Starlink est-il disponible en France ?

Starlink est disponible en France. Dans un message publié sur Twitter le 23 août 2021, Elon Musk citait l’Hexagone parmi les pays éligibles. Les autres nations sont le Canada, l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays de l’Europe de l’Ouest : l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, la Belgique, le Danemark et le Portugal. Mais la disponibilité du service est en fait un peu plus ancienne.

En février 2021, nous rapportions que l’autorité de régulation des télécoms a autorisé Starlink à fonctionner en France. Des fréquences ont été attribuées au service américain pour pouvoir établir des liaisons entre le territoire français et l’espace, où se trouvent ses satellites. Par ailleurs, en mai, nous relevions la sortie d’une version française du site web. Enfin, il est possible de précommander le kit.

Combien de clients revendique Starlink ?

À la fin du mois d’août, Elon Musk a revendiqué plus de 100 000 clients à Starlink, mais sans préciser la distribution parmi les quatorze pays éligibles. En février 2021, SpaceX avait annoncé le nombre de 10 000 clients. Par le passé, SpaceX affirmait que 700 000 Américains seraient intéressés par un abonnement à son service d’accès à Internet par satellite, selon un document transmis à la commission fédérale des communications .

Est-ce que Starlink en vaut la peine ?

On peut se demander pourquoi Starlink se lance en France, alors que le pays est déjà doté d’infrastructures filaires et sans fil globalement satisfaisantes. En général, on peut douter de la compétitivité de l’offre face à la généralisation de la fibre optique et des technologies similaires dans l’Internet fixe, et de la progression des réseaux 4G et demain 5G. Mais au cas par cas, peut-être que Starlink est une opportunité.

Le marché français parait difficile à conquérir. Les prix affichés par Starlink ne sont pas forcément donnés — comme pour le reste de l’offre satellitaire — en comparaison de ce que proposent les opérateurs mobiles et les fournisseurs d’accès à Internet. Sous ce prisme, la formule de l’Américain ne se montre pas compétitive. Mais pour qui se trouve dans une zone blanche, alors la donne n’est pas la même.

Les zones montagneuses, très rurales ou très isolées sont des cas de figure que l’on peut envisager. Même chose du côté de la France d’outre-mer. Ces régions sont toujours en décalage par rapport à la métropole — cela se voit par exemple avec la 5G. Mais à long terme, avec le plan France Très Haut Débit de couvrir tout le pays en fibre optique d’ici 2025, l’horizon parait compliqué pour Starlink en France.

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Avec la 4G, la 5G, la fibre optique… est-ce que Starlink est assez pertinent pour la France ? // Source : Melvyn Dadure pour Numerama

Starlink est-il une bonne idée ?

Il y a depuis quelques mois un mouvement de contestation de plus en plus grand contre le projet de Starlink, qui prend notamment racine parmi les astronomes. Ces derniers sont remontés contre la pollution visuelle que le passage des satellites occasionne sur des observations faites depuis le sol. Après l’avoir nié, Elon Musk a admis un problème et lancé un plan de réduction de l’éclat. Mais ça ne semble pas suffire.

D’aucuns considèrent que tout ce trafic tout autour de la Terre augmente gravement le risque de collision, ce qui occasionnerait une catastrophe, qui pourrait, dans un scénario sombre, causer une réaction en chaîne avec d’autres satellites, ou même l’ISS. Cela menacerait les activités spatiales de l’humanité — et les activités de l’humanité tout court, tant les satellites sont devenus indispensables.

Face à ce péril, des accords sont en cours pour gérer un tel trafic tout autour de la Terre, avec la Nasa notamment.

En France, ces inquiétudes ont donné lieu à des échanges au niveau politique. La France Insoumise avait déposé des amendements pour tenter de s’opposer à Starlink, mais sans succès. Un moratoire a aussi été demandé. Le gouvernement avait aussi été interpellé à ce sujet, mais la question écrite rédigée par un parlementaire n’a pas reçu de réponse à cette date.

Cette photo est la superposition de 17 images. Le train de satellites Starlink est passé devant la comète NEOWISE. // Source : Daniel Lopez

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