Boeing va pouvoir déployer sa propre constellation de satellites pour apporter Internet depuis l'espace, au grand dam de SpaceX, qui va devoir composer avec un rival de plus.

Décidément, c’est à croire que tout le monde désire disposer de sa propre constellation de satellites de télécommunications pour apporter Internet depuis l’espace. Alors que le nombre de candidats dans ce segment est déjà conséquent, voilà qu’un autre challenger est en train de descendre dans l’arène : Boeing. Le géant de l’aéronautique entend lui aussi disposer de son propre service.

Il ne s’agit pas tout à fait d’une surprise : déjà en 2017, on connaissait le désir de l’industriel américain de se lancer dans ce marché. La société avait déposé une demande auprès de la FCC en ce sens, suivant le mouvement d’autres sociétés comme SpaceX qui a, dès 2014, confirmé un projet semblable avec Starlink. Depuis, ce réseau est partiellement actif dans plusieurs régions du monde, dont la France.

Ce qui change aujourd’hui, c’est la décision des autorités fédérales américaines d’autoriser Boeing à concrétiser son projet. Le régulateur des télécommunications aux USA a en effet donné son feu vert le 3 novembre pour la construction, le déploiement et l’emploi de son réseau satellitaire. En clair, l’entreprise va devenir dans les prochaines années un fournisseur d’accès à Internet.

SpaceX a déposé une réclamation, en vain

Cela aurait pu tourner très différemment : près d’un an après le dépôt de la demande de Boeing, SpaceX et Elon Musk sont allés protester auprès du gendarme des télécoms, officiellement parce que les plaignants estimaient que le plan de Boeing provoquerait des interférences avec le leur. En effet, les ondes que doit utiliser Boeing sont proches de celles sollicitées par SpaceX avec Starlink.

Ces réclamations n’ont rien donné. Les arguments avancés par SpaceX — outre le sujet des ondes, il y avait aussi celui de l’encombrement de l’orbite terrestre et du risque accru de collision, du fait de la relative proximité de ces futures constellations — ont été écartés par la FCC. D’aucuns considéraient d’ailleurs que la manœuvre de SpaceX était surtout une tentative de contrarier l’émergence d’un concurrent.

Boeing, à la différence d’autres opérateurs, entend exploiter un réseau modeste, du moins dans un premier temps. Il n’est en effet question « que » de 147 satellites, là où un Starlink entend en avoir des dizaines de milliers en orbite autour de la Terre. La quasi-totalité de ces engins (132) sera positionnée sur une orbite terrestre basse, à 156 kilomètres d’altitude, tandis que le reste (15) sera entre 27 355 et 44 221 km.

Starlink SpaceX Falcon 9
SpaceX cravache pour déployer son réseau de satellites destinés à apporter Internet depuis l’espace. Et les projets semblables de Boeing n’ont pas vraiment enthousiasmé l’entreprise, qui devra composer avec un concurrent de plus. // Source : SpaceX

À titre de comparaison, les satellites de Starlink évoluent essentiellement aux alentours de 550 à 570 km de haut, ce qui en principe réduit les risques de collision, en étageant bien les différentes constellations pour éviter qu’elles ne se croisent. La proximité avec le sol est un fort enjeu pour les opérateurs apportant Internet par l’espace : plus la distance est courte, meilleure est la latence et, donc, le service rendu aux particuliers.

Du fait de la taille très modeste du réseau de Boeing, du moins à court et moyen terme, la couverture du service devrait se limiter aux États-Unis. À plus long terme toutefois, le groupe pourrait vouloir étendre sa disponibilité à d’autres pays, que ce soit en Amérique ou ailleurs. Il faudra alors pour cela étoffer et densifier grandement son maillage de l’orbite pour offrir une liaison constante et performante.

Avec Boeing, c’est donc un nouveau challenger qui s’insère sur un marché déjà bien encombré — au moins, sur le papier. Outre Starlink, plusieurs autres projets sont en cours ou envisagés : le plus significatif d’entre eux est Kuiper d’Amazon, qui doit compter à terme plusieurs milliers de satellites, au grand dam des astronomes. Les premiers lancements sont prévus fin 2022.

D’autres acteurs existent sur ce créneau, à l’image de OneWeb, dont le réseau doit compter à terme près de 650 satellites — quelques centaines ont déjà été déployés en orbite. Sont également dans la course des entreprises comme Orbcomm, Iridium, Inmarsat ou bien SES, mais leurs prétentions sont nettement moindres, avec des constellations qui ne sont composées que de quelques dizaines d’appareils.

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