Interpellé sur Twitter au sujet de l'éclat plus intense des satellites Starlink, Elon Musk a expliqué que c'était un problème d'angle du panneau solaire. Il assure que le souci est en train d'être réglé.

420. Telle est aujourd’hui l’envergure de la constellation de satellites Starlink qui gravitent autour de la Terre. Ce nombre, communiqué le 22 avril par Elon Musk en réponse à une question sur Twitter, n’est toutefois qu’une infime fraction du futur réseau orbital que le milliardaire américain entend constituer : au moins 12 000 satellites dans un premier temps, et peut-être plus à long terme.

Starlink SpaceX Falcon 9
Un décollage d’une fusée Falcon 9, avec à son bord des satellites Starlink. Mars 2020. // Source : SpaceX

Et c’est aussi sur Twitter que le fondateur de SpaceX a rappelé que son entreprise fait attention à ne pas accentuer la pollution visuelle.

Réagissant à la remarque d’un internaute sur l’éclat plus intense des satellites Starlink, du fait de leur réflexion des rayons du Soleil, Elon Musk a précisé que cette brillance accrue vient de l’angle particulier du panneau solaire lors de la phase ascensionnelle pour atteindre l’orbite adéquate. « Nous corrigeons ça dès à présent », a assuré l’entrepreneur. Ce phénomène ne doit donc pas durer.

Cet échange, anodin de prime abord, est toutefois révélateur du problème qui se trouve devant SpaceX et qui continuera à enfler, à mesure que la constellation de satellites prendra de l’ampleur. Pour les astronomes, amateurs comme professionnels, les ambitions du milliardaire américain dans les télécoms mettent en péril l’observation de l’espace depuis le plancher des vaches, puisque le ciel sera de plus en plus strié par le passage de ces engins.

Le sujet n’agite pas que les cénacles scientifiques aux États-Unis : dans le reste du monde, la préoccupation est similaire, car ce réseau survolera d’autres pays. En France, le député Cédric Villani s’est saisi de l’affaire en alertant Paris sur les conséquences néfastes de ces projets (SpaceX n’est pas le seul à aller dans cette direction : OneWeb, LeoSat, Kuiper et Telesat ont des plans similaires) sur la recherche et l’intérêt de certains investissements.

« Cette constellation empêchera l’observation de nombreux phénomènes astrophysiques d’intérêt », met ainsi en garde le parlementaire, en rappelant que la France a investi 70 millions d’euros sur cinq ans pour de très grandes infrastructures de recherche d’astrophysique et d’astronomie. Or, ces observatoires risquent de devenir inutilisables si le ciel devient trop encombré, ce qui occasionnerait un gâchis d’argent public.

« Les appareils des astronomes sont conçus pour prendre des photos de choses vraiment discrètes et une lumière vive pourrait ruiner les données », rappelle à la BBC Jonathan McDowell, un astronome au centre d’astrophysique rattaché l’université de Harvard. Selon Cédric Villani, l’éclat d’un satellite Starlink équivaut à celui de l’étoile Polaire, qui est l’un des astres les plus lumineux.

Les interférences causées par le passage des satellites Starlink, qui ne sont pourtant pas encore extrêmement nombreux au regard de la taille finale que doit atteindre ce projet, se multiplient : lors d’un suivi de la galaxie NGC 5353/4 en mai 2019 avec un télescope de l’observatoire Lowell en Arizona, pas moins de 25 satellites sont passés dans le champ du détecteur lors de la pose photographique, rendant l’image inexploitable. Même constat en novembre 2019, avec le passage de plusieurs engins devant le télescope Blanco situé au Chili. Les capteurs, qui étaient pointés vers le Grand nuage de Magellan pour chercher des galaxies naines, ont capturé aussi les traînées lumineuses des satellites Starlink. Autre exemple : l’observation de la pluie d’étoiles filantes Alpha monocérotides a été gâchée de la même façon.

Le nombre de satellites et leur trajectoire ne sont pas les seuls problèmes : le fait est que ces satellites évoluent aussi sur une orbite terrestre très basse, d’à peine quelques centaines de kilomètres d’altitude. De fait, ils sont beaucoup plus facilement repérables, contrairement à des engins positionnés beaucoup plus loin et qui se fondent davantage dans l’obscurité spatiale.

Pas question d’abandonner Starlink, mais…

En 2019, Elon Musk était intervenu dans la controverse en rappelant « qu’il y a déjà 4 900 satellites en orbite, que les gens remarquent environ 0 % du temps  ». C’est exact, mais c’est oublier qu’ils évoluent pour la plupart d’entre eux à des altitudes bien plus élevées que celles recherchées par Starlink. « Starlink ne sera vu par personne à moins de regarder très attentivement et aura un impact d’environ 0 % sur les progrès de l’astronomie », avait-il ajouté. Force est de constater qu’aujourd’hui, le problème est plus saillant qu’il ne veut bien l’admettre.

L’entrepreneur américain avait aussi suggéré de « mettre les télescopes en orbite », en suggérant que l’observation depuis la Terre n’a plus d’intérêt. Certes, les télescopes spatiaux ont l’avantage de ne pas être entravés par la turbulence de l’atmosphère, mais ils sont plus difficilement maintenables et améliorables — le dépannage de Hubble nécessitait par exemple d’importants moyens. En outre, leur taille est également limitée par les fusées qui les transportent.

Le télescope spatial Hubble. Faut-il ne plus miser que sur des engins de ce type ? Elon Musk l’a suggéré. // Source : Nasa

Cela étant, l’intéressé a promis de mobiliser son ingénierie pour essayer de trouver une façon d’aider les astronomes sans remettre en cause le bien fondé de Starlink : « Nous ferons en sorte que Starlink n’ait aucun impact [négatif] sur les découvertes en astronomie. Nous nous préoccupons beaucoup de la science ». À l’époque, il suggérait de diminuer le pouvoir réfléchissant des satellites, pour les fondre davantage dans le ciel.

Quant à l’idée d’abandonner purement et simplement le projet Starlink, il n’en est pas question : outre le fait que cela va constituer en principe une importante rentrée d’argent pour l’entreprise, Elon Musk considère « aider potentiellement des milliards de personnes économiquement désavantagées [à accéder à Internet, ndlr] est un plus grand enjeu ». ll n’y aura pas de retour en arrière.

Crédit photo de la une : György Soponyai

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