La première mission Artémis approche à grands pas et les suivantes se préparent doucement. Voici tout ce qu’il y a à savoir sur ce programme ambitieux qui a pour destination la Lune.

Les humains vont retourner sur la Lune ! C’est le mot d’ordre derrière la mission Artémis I de la Nasa qui doit décoller cet été 2022. Mais patience : si le lancement approche, ce n’est que la première étape d’un voyage bien plus long qui va occuper l’agence spatiale américaine pendant quelques années.

Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce programme censé revenir à l’exploration humaine de notre satellite, plus d’un demi-siècle après la dernière visite.

Qu’est-ce que le programme Artémis ?

C’est un ensemble de trois missions de la Nasa, dont l’objectif final est de faire atterrir des astronautes sur la Lune d’ici 2027, selon les dernières prévisions. L’objectif scientifique est de mener des analyses de roches et d’étudier la présence d’eau sur notre satellite. Mais aussi, et surtout, de préparer le terrain en vue d’une exploitation plus poussée de la Lune, voire d’un établissement permanent d’une station lunaire. Ce qui serait très utile en vue de programmes plus lointains à destination de Mars.

Où en est le programme Artémis ?

Pour l’instant, la première des trois missions est en préparation et s’apprête à décoller pendant l’été 2022, sauf incident de dernière minute. Il reste encore quelques incertitudes sur les phases préparatoires et les tests à mener. Mais la Nasa a tout prévu avec déjà 157 dates de repli au cas où.

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Le Space Launch System. // Source : Aubrey Gemignani

Pourquoi ce nom de programme ?

Artémis est une déesse grecque, la jumelle d’Apollon. Ce choix marque la volonté de la Nasa de faire le lien avec les missions Apollo, qui avaient permis le premier pas sur la Lune. Dans la mythologie, Artémis est associée à la Lune, comme son frère Apollon au Soleil. En plus, c’est une femme : cela permet donc d’insister sur le fait que des femmes seront impliquées dans la mission et marcheront sur notre satellite.

Première étape : la mission Artémis I

Artémis I est la première étape du programme Artémis de la Nasa. C’est une mission qui doit décoller en juillet ou août 2022, mais sans passager. Le vaisseau spatial Orion fonctionnera comme s’il était occupé pour préparer les prochaines étapes, mais ne fera qu’un aller-retour vers la Lune, pour une mission de 25 jours au total.

Quel est l’objectif de la mission Artémis I ?

Il n’y a pas d’objectif scientifique pur. Le principal but de la Nasa avec cette mission préparatoire est de vérifier que sa nouvelle fusée, le SLS (Space Launch System), fonctionne correctement. Il faut aussi s’assurer que les connexions avec le vaisseau Orion se déroulent comme il faut. Le vaisseau devra suivre à peu près la trajectoire de la mission Apollo 8 avec deux survols de la Lune à basse altitude, un passage vers la face cachée avant un retour sur Terre.

Quand doit être lancée Artémis I ?

Jusqu’à récemment, la Nasa avait calé le lancement pour février 2022. Mais quelques mois avant l’échéance, un problème informatique a poussé l’agence américaine à revoir ses plans. Désormais, les mois de juillet ou août sont évoqués, mais sans plus de précisions. Les derniers tests peuvent toujours révéler des défauts et provoquer un nouveau report.

Quels satellites accompagnent le vaisseau ?

Orion ne partira pas seul. Il sera accompagné d’une dizaine de satellites de petite taille qui seront disséminés autour de la Lune. Ces nano-satellites vont profiter de ce voyage si loin de la Terre pour étudier les champs magnétiques du Soleil, ou encore voir comment de la levure réagit au rayonnement spatial. Parmi les plus intéressants, OMOTENASHI, un CubeSat japonais qui doit se poser sur le sol lunaire, ce qui serait une première. À retenir aussi, le Near-Earth Asteroid Scout censé aller survoler un astéroïde grâce à sa voile solaire.

Vue d'artiste du Near Earth Asteroid Scout
Vue d’artiste du Near Earth Asteroid Scout. // Source : Nasa

Deuxième étape : la mission Artémis II

Avec Artémis II, les choses sérieuses commencent. Cette fois, Orion décollera avec à son bord quatre astronautes. Direction, la Lune ! Mais les astronautes ne vont pas se poser, ils vont se contenter de faire une orbite autour de la Lune avant de revenir au terme d’une dizaine de jours de voyage. Parmi l’équipage, il devrait y avoir au moins un ou une astronaute d’origine canadienne.

Quel est l’objectif de la mission Artémis II ?

Comme pour Artémis I, Artémis II est avant tout une mission préparatoire. L’idée générale est de tester le vaisseau Orion, ses performances, l’efficacité de son système de support de vie, mais aussi les différents systèmes de communication et de navigation. Enfin, l’équipage s’assurera que la rentrée dans l’atmosphère se déroule comme prévu.

Quand doit être lancée Artémis II ?

La date de lancement est encore un peu floue et dépendra du succès ou non d’Artémis I, mais la Nasa parie pour l’instant sur l’horizon 2024.

Troisième et dernière étape : la mission Artémis III

Artémis III ira beaucoup plus loin, puisque l’idée est cette fois d’emmener quatre astronautes, dont deux qui poseront le pied sur la Lune. Le site d’atterrissage a été défini vers le Pôle Sud où des traces d’eau ont été découvertes, ce qui pourrait être bien pratique pour y installer un camp de base.

Ils vont y passer une petite semaine avec, au programme, des sorties extra-véhiculaires et des prélèvements de roches lunaires. Puis ils reviendront sur Terre au terme d’une mission qui aura duré 25 jours.

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Le lancement en direction de la Lune. // Source : Capture d’écran YouTube Nasa

Quel est l’objectif de la mission Artémis III ?

L’objectif primaire est de réussir toutes les étapes, depuis le décollage jusqu’à l’atterrissage sur la Lune afin de s’assurer que la méthode est au point en vue des futures missions. Ensuite, l’équipage devra effectuer des analyses pour préparer les séjours de plus longues durées à la surface de la Lune.

Cela implique des aspects technologies avec l’utilisation de l’atterrisseur, mais aussi des travaux purement scientifiques pour mieux connaître les ressources disponibles sur place, notamment sur la présence d’eau.

Enfin, Artémis III comporte aussi quelques objectifs scientifiques, mais ils restent assez généraux à propos de la compréhension des processus planétaires et de l’histoire du couple Terre-Lune.

Quand doit-être lancée Artémis III ?

Pour le moment, l’objectif est de décoller en 2027, mais il reste énormément d’incertitudes dues en grande partie à la réussite des missions précédentes.

SLS, HLS, Orion… De quoi parle-t-on ?

Qui dit programme spatial ambitieux, dit fusée à sa hauteur. Et pour Artémis, la Nasa a vu les choses en grand. Les trois missions quitteront la Terre à bord du Space Launch System, ou SLS. Une fusée gigantesque d’un peu plus de 100 mètres de haut qui est en développement depuis déjà une dizaine d’années. Sa première version, qui fera son premier vol avec Artémis I, est capable de mettre 27 tonnes de charge utile en orbite lunaire. Et elle sera enrichie pour les vols suivants avec des capacités augmentées.

Sa charge utile principale, c’est Orion. Un vaisseau spatial capable d’accueillir quatre passagers qui n’a volé pour l’instant qu’une seule fois, en 2014 et sans personne à l’intérieur. Un test à vide, mais Artémis devrait lui donner l’occasion de briller.

Pour Artémis III, un nouveau challenger entre dans la partie : HLS. Le Humain Landing System développé par SpaceX doit permettre aux astronautes de relier le vaisseau Orion à la surface de la Lune.

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Représentation de la mission Artémis. // Source : Wikimedia/CC/Nasa

Dans le scénario actuel, l’idée est de mettre le HLS autour de la Lune, puis d’attendre Orion avec ses passagers. Les astronautes passent d’Orion au HLS pour descendre jusqu’à la surface, puis remontent et rentrent chez eux. Si Orion est le navire qui traverse les océans, HLS est la petite barque qui fait les derniers mètres jusqu’à la terre ferme.

Et après ?

HLS n’est pas censé attendre seul en orbite lunaire. Si tout se passe comme prévu, le vaisseau doit être amarré au premier module de la station Lunar Getaway.

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Vue d’artiste du Lunar Gateway. // Source : Wikimedia/CC/NASA

Cette station en orbite autour de la Lune sera nécessaire dans un second temps pour faciliter l’accès à notre satellite. Comme la Station spatiale internationale, elle sera composée de plusieurs modules qui rejoindront le tout petit à petit. Ce projet très ambitieux n’en est qu’à ses balbutiements, mais il devrait être central une fois les missions Artémis terminées.

Et les astronautes, dans tout ça ?

Il est encore bien trop tôt pour connaître les équipages qui auront la chance de partir pour la Lune, mais quelques données sont déjà connues. Pour commencer, il s’agit d’une mission avant tout américaine, il faut donc s’attendre évidemment à une surreprésentation de la bannière étoilée sur les combinaisons.

Cela dit, il a déjà été établi qu’un ou une astronaute du Canada fera partie de la mission Artémis II. Pour Artémis III, c’est un peu plus flou, mais la NASA devrait ouvrir la participation aux autres États. Comme l’Europe est une des principales contributrices du programme Lunar Gateway, cela devrait lui donner droit à au moins un siège dans la mission.

De là à dire que Thomas Pesquet s’envolera pour la Lune, il y a un gouffre, mais on peut toujours rêver !

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10 astronautes de la « génération Artémis ». // Source : Nasa

En tout cas, la Nasa a annoncé que les deux personnes à poser le pied sur la Lune seraient un homme et une femme. L’agence a aussi insisté sur sa volonté d’ouvrir la sélection aux personnes issues des minorités, encore très sous-représentées dans le spatial.

Ah, et au fait, vous pouvez partir vers la Lune vous aussi (presque)

Si vous aussi, vous voulez être du voyage, rendez-vous sur le site de la Nasa pour vous inscrire ! Pour cela, il suffit d’inscrire son nom et de créer une carte d’embarquement virtuelle. Elle sera chargée sur une clé USB qui partira avec Orion. Ainsi, vous serez (un tout petit peu) sur la Lune, vous aussi.