Sophie Adenot va rejoindre le club restreint des femmes parties dans l’espace. Si le métier d’astronaute se féminise peu à peu, il reste encore essentiellement exercé par des hommes, même aujourd’hui. Pourtant, des figures féminines ont marqué l’histoire du spatial, et leur travail mérite d’être mis en avant au même titre que celui de leurs homologues masculins.

Sophie Adenot sera la 11ème astronaute française à s’envoler pour l’espace, mais seulement la deuxième femme astronaute française à le faire. Un écart qui montre à quel point le secteur spatial reste encore, en 2026, un domaine extrêmement dominé par les hommes, qui représentent plus des trois quarts des personnes ayant fait un séjour hors de l’atmosphère terrestre. 

Malgré tout, de nombreuses femmes font partie intégrante de l’histoire de la conquête spatiale, et elles sont tout de même 93 à avoir eu accès à l’espace, sans même compter les touristes spatiaux. Cet article ne prétend donc pas être exhaustif, mais présente plusieurs personnalités marquantes de cette histoire spatiale au féminin.

Valentina Terechkova

Commençons par le commencement : Valentina Terechkova, la toute première femme à avoir voyagé dans l’espace. C’était en 1963 durant la mission soviétique Vostok 6, et la jeune femme de 27 ans avait alors passé près de trois jours dans l’espace.

Valentina Terechkovaauxcôtés de Nikita Khroutchev. CC V. Malyshev
Valentina Terechkova aux côtés de Nikita Khrouchtchev. // Source : CC V. Malyshev

A l’époque, ce vol était un véritable catalogue de records, dans un contexte de course à l’espace face aux États-Unis. Non seulement Valentina Terechkova était la seule femme à avoir jamais volé, mais en plus, elle cumula en une seule mission plus de temps dans l’espace que tous les astronautes américains réunis.

Le pouvoir soviétique en fit alors une héroïne nationale et l’astronaute passa plusieurs années après son retour à rencontrer tous les grands de ce monde, de Fidel Castro à Elizabeth II. Aujourd’hui âgée de 88 ans, elle a poursuivi une longue carrière politique en tant que députée, et s’est depuis rangée aux côtés de Vladimir Poutine, le soutenant dans l’invasion de l’Ukraine, ce qui lui a valu des sanctions côté américain.

Sally Ride

Vingt ans après les soviétiques, et après toute une flopée de missions lunaires entièrement masculines, les Américains envoient enfin une femme dans l’espace. En 1983, Sally Ride va passer six jours dans l’espace à bord de la navette Challenger pour la mission STS-7. En plus d’être la seule femme de la mission, il s’agit également de la plus jeune astronaute américaine de l’histoire à ce moment-là, puisqu’elle part alors qu’elle n’a seulement 32 ans.

Sally Ride. // Source : Flickr/CC/SDASM Archives (photo recadrée)
Sally Ride. // Source : Flickr/CC/SDASM Archives (photo recadrée)

Après deux missions spatiales, elle restera dans le domaine en tant que chercheuse, renouant avec ses études de physique menées avant sa sélection d’astronaute. Elle mourra d’un cancer en 2012, à l’âge de 61 ans. Ce n’est qu’après qu’il fut publiquement révélé qu’elle était en couple avec une femme, Tam O’Shaughnessy, ce qui fait d’elle la première personnalité officiellement homosexuelle à être allée dans l’espace.

Shannon Lucid

Son nom est peut-être moins connu que celui des deux précédentes astronautes, mais Shannon Lucid est pourtant une figure essentielle du spatial américain. Elle vole pour la première fois en 1985 à bord de la navette Discovery. Puis à nouveau en 1989, puis en 1991, 1993 et 1996, soit un nombre de vols inédit pour une femme astronaute à l’époque.

Shannon Lucid à bord de la station MIR.
Shannon Lucid à bord de la station MIR. // Source : Nasa

Lors de son dernier séjour, elle est également la première Américaine à monter à bord de la station russe Mir, où elle passa 179 jours, notamment avec des collègues russes qui ne parlaient pas anglais.

Aujourd’hui retraitée, elle reste populaire et a même publié un livre en 2020, non traduit en français, Tumbleweed. Six months living on Mir, dans lequel elle raconte son expérience sur la station russe. Et aussi un détail important : elle est la première femme née en Chine à avoir été dans l’espace.

Helen Sharman

Comme on le voit à travers les exemples précédents, la conquête spatiale de cette époque reste très américano-soviétique. Mais les choses changent (doucement) avec Helen Sharman. Cette chimiste est la première femme britannique (et d’ailleurs la première européenne non-russe) à se rendre dans l’espace en 1991. C’était à bord d’un vaisseau Soyouz pour rejoindre la station Mir, ce qui en fait après Shannon Lucid la deuxième femme à y séjourner.

Helen Sharman.
Helen Sharman. // Source : Anne-Katrin Purkiss/Wikimedia Commons

Sa sélection a eu lieu grâce au projet Juno, une campagne britannique privée pour louer un siège à bord d’un vaisseau Soyouz. 13 000 personnes y ont postulé et c’est Helen Sharman qui a décroché la place. Non entraînée avant sa sélection, elle a passé 18 mois de préparation intense avant son départ.

Sélectionnée en 1992 avec l’ESA, elle n’a finalement jamais volé à nouveau, mais a énormément travaillé dans le secteur de la vulgarisation, multipliant les conférences, les livres, les émissions télévisées et même les ouvrages pour enfants dans lesquels elle parle de l’espace.

Mae Jemison

Autre preuve que le monde du spatial s’ouvre très lentement, c’est en 1992 que la première femme afro-américaine part faire un séjour dans l’espace. Mae Jemison décolle à bord de la navette Endeavour pour un voyage de quasiment neuf jours.

Mae Jemison lors de sa mission.
Mae Jemison lors de sa mission. // Source : Nasa

Cette chercheuse diplômée de Stanford s’est dite très inspirée par les carrières de Sally Ride, mais aussi de Guion Bluford, le premier homme afro-américain astronaute. Son départ se fit avec un équipage composé d’Américains et de Japonais dans le cadre d’une mission conjointe. Elle a alors mené de nombreuses expériences scientifiques. Mais sa carrière d’astronaute s’arrêta là, car elle démissionna quelques mois après son retour.

Depuis, Mae Jemison a mené une carrière de cheffe d’entreprise, de chercheuse, et d’autrice. Elle est même apparue dans quelques épisodes de la série Star Trek, dont elle est fan. Elle a également beaucoup milité pour davantage inclure les femmes et les minorités dans les sciences et technologies.

Claudie Haigneré

On y arrive enfin : pour la première fois, une Française part dans l’espace ! C’était en 1996, avec Claudie Haigneré. Alors âgée de 39 ans, cette rhumatologue responsable des programmes de médecine spatiale au CNES est partie pour un vol de 16 jours à bord de la station Mir, durant lequel elle mène de nombreuses expériences physiologiques.

Claudie Haigneré n'a jamais cessé son travail de transmission des savoirs. // Source : Wikimédias/Pierre-Yves Beaudouin
Claudie Haigneré n’a jamais cessé son travail de transmission des savoirs. // Source : Wikimédias/Pierre-Yves Beaudouin

En 2001, elle retourne en mission, cette fois à bord de la Station spatiale internationale (ISS) pour la mission Andromède qui dure dix jours. Après cela, elle se dirige vers la politique et devient ministre déléguée à la Recherche puis ministre déléguée aux Affaires européennes, sous les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin.

Depuis, elle est retournée à des affaires plus scientifiques, d’abord chez Universcience qui regroupe deux lieux scientifiques parisiens emblématiques : le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie. Avant de retourner à l’Agence spatiale européenne.

Peggy Whitson

Elle est souvent désignée comme l’astronaute de tous les records… Et effectivement, Peggy Whitson est plutôt incontournable dans ce domaine. Née en 1960, l’américaine a participé à cinq missions spatiales entre 2002 et 2025, ce qui correspond au total à 675 jours dans l’espace, un record parmi les femmes ayant cette profession.

Peggy Whitson, Shane Kimbrough et Thomas Pesquet dans l'ISS en 2017. // Source : Wikimedia/CC/Nasa
Peggy Whitson, Shane Kimbrough et Thomas Pesquet dans l’ISS en 2017. // Source : Wikimedia/CC/Nasa

C’est aussi elle qui a passé le plus de temps en sortie extra-véhiculaire : plus de 60 heures au total, et au cours d’une dizaine de sorties. Et elle est aussi la première femme à avoir obtenu le rôle de commandante lors de sa mission à bord de l’ISS en 2023.

Désormais retraitée de la Nasa, Peggy Whitson est impliquée chez Axiom-Space, avec qui elle a déjà volé deux fois, et rien ne dit qu’elle ne retournera pas prochainement dans l’espace.

Anousheh Ansari

Malgré les progrès, le monde du spatial demeure très blanc. Si bien qu’il faut attendre 2006 pour voir la première femme iranienne, et la première femme musulmane d’ailleurs, partir dans l’espace. Il s’agit d’Anoushed Ansari, qui a séjourné neuf jours à bord de l’ISS.

Ingénieure ayant fait fortune dans le secteur des télécommunications, Anousheh Ansari est ce qu’on pourrait appeler une « touriste spatiale », car le financement de son vol dépend de fonds privés, ce qui n’avait jamais été le cas pour une femme dans l’ISS. Cela dit, elle réprouve ce terme et se considère comme une « participante » qui travaille aux côtés des astronautes professionnels.

Anousheh Anari.
Anousheh Anari. // Source : Nasa

Effectivement, son séjour est l’occasion de réaliser également quelques expériences scientifiques, sous le contrôle de l’ESA, notamment sur le plan physiologique avec des études sur le mal de l’espace ou les conséquences des radiations. Personnalité extrêmement connue et influente dans son pays, elle a récemment soutenu les manifestations iraniennes portées par les mouvements féministes.

Samantha Cristoforetti

Si la France a eu une véritable fascination pour Thomas Pesquet, l’Italie a eu Samantha Cristoforetti. La première femme astronaute italienne s’est rendu dans l’ISS une première fois entre 2014 et 2015, puis à nouveau en 2022.

Cette ancienne pilote de l’air quitte l’armée après 19 ans de service pour candidater auprès de l’ESA. Sa popularité a explosé en Italie, et un peu partout en Europe, notamment grâce à de nombreuses photos et vidéos destinées à montrer le quotidien à bord de l’ISS. Mais aussi via de multiples contacts organisés avec les écoles pour parler de science et de spatial.

Samantha Cristoforetti dans l'ISS. // Source : Flickr/CC/Nasa Johnson (photo recadrée)
Samantha Cristoforetti dans l’ISS. // Source : Flickr/CC/Nasa Johnson (photo recadrée)

De plus, elle est aussi la première astronaute à poster une vidéo TikTok depuis l’ISS, ce qui peut paraître anecdotique, mais montre le soin apporté à la communication au sein de l’ESA ces dernières années. Elle a également participé à de multiples expériences scientifiques, notamment autour de la médecine spatiale et fut la première européenne à être nommée commandante à bord de l’ISS.

Christina Koch

Dernière de cette liste, mais non des moindres, Christina Koch devrait signer une première d’ici à peine quelques semaines, puisqu’elle sera la première femme de l’histoire à partir pour une mission lunaire. D’ailleurs, elle sera même la première à quitter l’orbite basse terrestre.

Source : NASA Johnson
Christina Koch. // Source : NASA Johnson

L’astronaute américaine sélectionnée pour Artémis II est déjà une habituée de l’ISS, puisqu’elle a battu le record féminin du plus grand nombre de jours consécutifs dans l’espace : 328 jours entre 2019 et 2020.

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Diplômée en ingénierie et en physique, elle a aussi fait partie de la première sortie extra-véhiculaire 100 % féminine aux côtés de Jessica Meir. Pour Artémis II, elle aura le rôle de spécialiste de mission, et elle a mené une préparation spécifique depuis 2023 afin d’être prête pour ce voyage exceptionnel.

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