Des analyses faites par le Washington Post et Le Monde suggèrent une évolution politique sur Twitter. Des comptes républicains gagnent des abonnés, des comptes démocrates en perdent. L’influence d’Elon Musk est en question.

L’arrivée récente d’Elon Musk à la tête de Twitter est-elle en train de bousculer la démographie politique du réseau social ? Le Washington Post a en tout cas fait un constat le 28 novembre 2022, aujourd’hui inexpliqué, concernant la dynamique des abonnés chez certains membres très en vue du Congrès aux États-Unis. Il apparait que les Démocrates en perdent, tandis que les Républicains en gagnent.

En se basant sur les données de l’outil Represent de ProPublica, qui suit l’activité Twitter des membres du Congrès, le journal américain a noté qu’en moyenne, les élus républicains ont gagné 8 000 nouveaux abonnés. Leurs collègues démocrates en ont eux perdu environ 4 000. Schématiquement, les Républicains sont classés à droite, les Démocrates à gauche.

Ce graphique montre que les sénateurs démocrates les plus populaires ont perdu beaucoup d'abonnés, tandis que les républicains en ont beaucoup gagnés. Avant, la marge de gain n'était pas aussi marquée. // Source : Le Washington Post
Ce graphique montre que les sénateurs démocrates les plus populaires ont perdu beaucoup d’abonnés, tandis que les républicains en ont beaucoup gagnés. Avant, la marge de gain n’était pas aussi marquée. // Source : Le Washington Post

Dans quelques cas, les hausses et les baisses sont encore plus marquées. Pour des célébrités comme Elizabeth Warren et Bernie Sanders, deux Démocrates, la chute est d’environ 100 000 abonnés. Du côté des Républicains, des personnalités comme Marjorie Taylor Greene et Jim Jordan, qui sont également plutôt médiatisés, en ont gagné 300 000.

Ces écarts sont notables, mais ils doivent être remis en perspective avec le nombre global d’abonnés des uns et des autres. Bernie Sanders a plus de 15 millions de followers, Elizabeth Warren 7 millions, Marjorie Taylor Greene 1,5 million et Jim Jordan plus de 3 millions. Statistiquement, cela ne représente qu’une infime fraction du total, de quelques dixièmes de pourcent.

Une évolution politique causée par Elon Musk ?

Cette double dynamique est d’autant plus intrigante qu’elle coïncide avec l’arrivée d’Elon Musk à la direction du site communautaire, selon le quotidien américain. Les données partagées fin novembre couvrent les trois premières semaines de règne du milliardaire, ce qui peut laisser penser que la plateforme tire davantage vers la droite, en tout cas aux USA.

Sur Twitter, suivre un politique ne signifie pas toujours que l’on épouse ses idées. En outre, le réseau est touché par la présence de bots — des comptes automatiques qui ne sont pas authentiquement contrôlés par des personnes. Twitter s’efforce de les exclure de son service, ce qui peut se refléter dans les statistiques d’abonnement des uns et des autres.

Il n’en demeure pas moins que la hausse observée du côté des Républicains couplée à la baisse chez les Démocrates tend à écarter la piste du simple hasard. Ces deux constats pourraient traduire une remontée ou une montée en puissance des conservateurs sur le réseau social, enhardis par les prises de position d’Elon Musk, tandis que les libéraux tendent à prendre le large.

Cette hypothèse est confortée par une autre analyse, effectuée par Le Monde fin novembre. Celle-ci montre que l’homme d’affaires échange plus volontiers avec des personnalités de droite et d’extrême droite. Simultanément, il multiplie les critiques les plus vives à la gauche de l’échiquier politique, ainsi que contre un certain nombre de médias qui ont différentes vues par rapport à lui.

Une récente prise de position d’Elon Musk a d’ailleurs montré que ce dernier était prêt à soutenir Ron DeSantis pour l’élection présidentielle de 2024. Ron DeSantis, un Républicain, est parfois considéré comme l’héritier indirect de Donald Trump, et son futur rival pour la Maison-Blanche. Il est classé chez les ultraconservateurs et est une star montante du parti de droite.

L’évolution de la démographie politique sur Twitter, aux USA, pourrait aussi être liée à la relation d’Elon Musk aux « faits alternatifs », ainsi que sa perméabilité aux théories conspirationnistes. On a déjà vu l’Américain reprendre à son compte un mème complotiste, mais également partager dans un tweet un article du même acabit, avant de le supprimer.

Les décisions les plus récentes d’Elon Musk, d’ailleurs, s’inscrivent d’ailleurs dans les constatations faites par le Washington Post et Le Monde : ses followers ont voté en faveur d’un rétablissement du compte de Donald Trump, ce qui a été fait, tandis que de nombreux comptes autrefois bannis vont être graciés, ce qui pourrait notamment profiter à l’extrême droite.


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