Dans Don’t Look Up : Déni cosmique de Netflix, le scénario est basé sur les conséquences de la découverte d’une comète qui fonce droit vers la Terre. Mais quelle est la part de fiction et de réalité ? Cela pourrait-il arriver ? Ce film est-il réaliste d’un point de vue scientifique ? Décryptage.

Attention ! Cet article parle du film Don’t Look Up : Déni cosmique. Il nous sera nécessaire de révéler certaines parties pour en discuter d’un point de vue scientifique. Il ne sera pas question ici de spoiler le film entier, mais certains éléments de l’intrigue risquent tout de même d’être dévoilés. Nous ne saurions que trop vous conseiller, si vous ne l’avez pas encore vu et ne voulez pas vous gâcher la surprise, de le regarder avant de lire la suite.

Et si le ciel nous tombait sur la tête ?

Au cours d’une prise de données astronomiques au télescope Subaru, sur le mont Mauna Kea (Hawaï), Kate Dibiaski (Jennifer Lawrence) découvre par hasard l’existence d’une comète qui, après quelques calculs de son directeur de thèse Randall Mindy (Leonardo DiCaprio), semble foncer droit vers la planète Terre.

Magnifique séquence où l’on voit le télescope Subaru le plus grand télescope du NAOJ (Observatoire Astronomique National du Japon), utiliser son laser pour s’affranchir de la turbulence atmosphérique afin d’obtenir des images presque aussi nettes que les meilleurs télescopes spatiaux.

Une comète surprise pourrait-elle frapper la planète comme dans Don’t Look Up sur Netflix ?
Le télescope Subaru au sommet du Mauna Kea (Hawaï) – ©NAOJ

L’objet céleste qui sera au cœur de l’intrigue est une comète, un immense bloc de glace et de poussière, plus gros que le Mont Everest, qui parcourt le Système solaire depuis ses régions les plus éloignées jusqu’aux abords du Soleil. Cette comète provient du nuage de Oort, un réservoir de corps glacés qui entoure le Système solaire, et dont certains blocs, à la suite d’une collision ou d’une perturbation de leur trajectoire, vont plonger vers le Soleil.

Plus elle se rapproche de notre étoile, plus une comète va chauffer, jusqu’à libérer ses éléments volatiles en deux immenses queues (l’une de gaz, l’autre de poussière), que les astronomes observent et étudient pendant des semaines ou même des mois.

Une telle comète, Leonard, est d’ailleurs passée « près » (aux échelles astronomiques) de la Terre le 12 décembre dernier. Actuellement, elle continue de s’approcher du Soleil et sa queue se développe de manière spectaculaire (elle est actuellement visible depuis l’hémisphère Sud).

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La comète C/2021 A1 (Leonard) photographiée par Mickael Jäger

La taille de l’astéroïde qui a mis fin à l’ère des dinosaures

Avançons un peu dans le film.

Après la découverte de la possible collision entre cette montagne de matière (à peu près équivalente en taille à l’astéroïde qui a mis fin à l’ère des dinosaures — et d’autres espèces — il y a 66 millions d’années), on appelle en urgence Teddy Oglethorpe, à la tête du Bureau de Coordination de la Défense Planétaire.

Cet organisme existent réellement (et son logo aussi), et a la tâche d’assurer la détection précoce des objets célestes potentiellement dangereux (astéroïdes et comètes), étudier des stratégies et des technologies pour en atténuer les impacts et aider à la coopération internationales avec les autres agences spatiales pour répondre à une hypothétique menace d’impact réelle.

À ce titre, tous les deux ans depuis 2013, un serious game international est organisé entre les plus grands acteurs du domaine spatial, industriel et politique, pour tester les capacités de gestion, de coordination et de réponse à un risque d’impact imminent. Lors de la Planetary Defense Conference 2021, les experts en gestion des catastrophes, les gouvernements locaux, les planificateurs de missions et les experts en politiques n’ont pu empêcher l’astéroïde virtuel de détruire une région d’environ 100 km de large près de la frontière entre l’Allemagne et la République Tchèque.

Les précédents résultats de cet exercice n’ont pu, eux non plus, empêcher la disparition de la Côte d’Azur en 2013, de Dacca en 2015, et de New York en 2019.
Seule Tokyo a été sauvée en 2017.

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Deux personnes qui n’auraient pas laissé la Côte d’Azur disparaître ! (enfin, peut-être) // Source : Netflix

Une comète peut-elle contenir des éléments rares, très chers ?

Passons à une partie plus discutable, au milieu du film. Les instances gouvernementales ont (enfin !) pris conscience de la dangerosité du phénomène (et encore, uniquement parce que l’annonce de cette catastrophe fera une diversion idéale dans un agenda politique bien malmené).

On prépare donc un ensemble de frappes nucléaires pour faire exploser la comète en mille morceaux (ce genre de solution, parmi d’autres, est actuellement sérieusement envisagée et étudiée). Mais au dernier moment, cette frappe préventive est abandonnée suite à la découverte de milliards de dollars d’éléments, rares sur Terre, mais de plus en plus indispensables pour nos technologies, appelés à juste titre « terres rares ».

On préfère donc (ô ironie) laisser tomber sur Terre une richesse incroyable au risque qu’elle nous détruise tous.

Cette partie est plus discutable car, comme nous l’avons signalé plus tôt, une comète est un résidu du Système solaire primitif composé de poussières primordiales piégées dans une gangue de glace d’eau, de monoxyde de carbone, d’ammoniac et d’autres éléments volatiles. Les fameuses « terres rares », dont il existe, en effet, des ressources gigantesques dans l’espace, ne se trouvent pas vraiment dans les comètes, mais beaucoup plus dans certains astéroïdes, qui sont, eux, d’immenses blocs de roches et de métal, et dont certains sont effectivement (et presque littéralement) des mines d’or.

Certains astéroïdes, par exemple, contiennent plus de Platine que tout ce qui a jamais été miné sur Terre, dans toute l’histoire humaine.

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Les ressources disponibles dans certains astéroïdes – ©Planetary Ressource

Il est probable que le scénario ait choisi, comme antagoniste principal du film, une comète plutôt qu’un astéroïde, pour d’évidentes raisons esthétiques (en témoignent les magnifiques images nocturnes vers la fin du film, lorsque la comète est suffisamment proche de la Terre pour être visible à l’œil nu).

Il est dommage, pour le coup, qu’on confonde, pour des raisons de scénario, la composition des comètes et des astéroïdes en tentant d’exploiter l’un à la place de l’autre.

Un risque du passé ou du futur ?

Nous ne parlerons pas de la fin du film. Mais nous aborderons toutefois la dernière question : « Tout ceci peut-il nous arriver ? »

La réponse est oui, clairement.

Ce genre de rencontre entre un corps céleste plus ou moins gros et la Terre est arrivé maintes et maintes fois depuis de début de l’histoire de notre planète, il y a un peu plus de 4,5 milliards d’années.

La collision connue la plus énorme est sans conteste celle qui a été à l’origine de la création de notre satellite naturel : la Lune. Cet évènement est survenu voici 4,5 milliards d’années, juste quelques dizaines de millions d’années après le début de la formation du Système solaire. Les analyses chimiques de la surface lunaire (depuis les missions Apollo) et les modèles numériques s’accordent sur une collision gigantesque entre Théia, une protoplanète de la taille de Mars et la toute jeune Terre. Cet impact monstrueux a projeté en orbite suffisamment de matière pour former notre Lune actuelle.

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Collision entre Théia et la jeune Terre qui a donné naissance à la Lune. Image d’artiste – ©Ron Miller

Mais revenons au film. A-t-on des preuves de la chute de comètes sur Terre ?

Ce dont on dispose, ce sont des cratères d’impacts d’âges plus ou moins vieux qui montrent que la Terre a été, à toutes les époques, sujette à des chutes de différents corps sur sa surface (bien moins important que pour la naissance de la Lune, heureusement).

Savoir si ces corps sont des astéroïdes (roche et métal) ou de comète (glace) est plus compliqué. Parfois, des résidus rocheux de l’impacteur peuvent être retrouvés autour du cratère et permettent d’identifier le corps initial. Les choses sont effectivement plus compliquées pour une comète car, étant composée de glace, il est tout à fait possible qu’elle se vaporise entièrement avant d’avoir touché le sol, ou au moment de l’impact, sans laisser de fragments solides.

L’une des hypothèses toujours en cours pour l’énorme explosion qui a couché des forêts entières sur des milliers de kilomètre-carré au-dessus de la rivière Tunguska (Russie) le 30 Juin 1908 est celle de la vaporisation explosive d’une comète, entre 5 et 10 kilomètres d’altitude ce jour-là. Cette explosion a été estimés à 1 000 fois l’énergie de la bombe d’Hiroshima.

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30 juin 1908, Tunguska, Russie. Des dizaines de millions d’arbres sont couchés par une énorme onde de choc – ©Leonid Kulik

Les dinosaures n’avaient pas les moyens de prévoir et d’anticiper la chute de l’astéroïde qui a causé l’une des extinctions les plus massive de l’histoire de la Vie sur Terre. L’humanité, elle, le peut.

Pour l’heure, aucun des millions de corps du Système solaire qui sont recensés et suivis dans le Système solaire n’ont de chances significatives d’impacter la Terre dans les 2 siècles à venir.

À condition que les baisses de budget ne fassent pas fermer, les uns après les autres, les observatoires qui surveillent le ciel en permanence pour découvrir, lister et suivre la trajectoire de tous ces corps qui croisent l’orbite de la terre, il se peut toutefois que nous ayons, un jour, un peu plus de chance que les dinosaures et que nous puissions prendre le destin de notre espèce en main.

Source : Montage Numerama

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