Alors que la bataille juridique entre Apple et Epic Games fait actuellement rage, les pièces versées au dossier nous en apprennent toujours plus sur les coulisses du milieu et permettent d’avoir un regard brut sur le secteur du jeux vidéo sur mobile.

Le procès entre Apple et Epic Games fait ressortir bon nombre de secrets industriels avec chacune des entreprises qui tentent de fragiliser la défense de la partie adverse à grand coup d’email interne et de chiffres assassins. Dans le dossier versé par Apple à l’affaire le 3 mai 2021, on trouve un graphique intéressant qui met en perspective la mode du gaming sur smartphone.

Répartition des revenus Fortnite par plateforme entre mars 2018 et juillet 2020 // Source : Apple

Comme on peut le voir ci-dessus, malgré son immense popularité, Fortnite tire une part quasiment négligeable de ses revenus des joueurs et joueuses sur smartphone. iOS compte pour 7 % des revenus entre mars 2018 et juillet 2020 tandis qu’Android ne compte que pour 0,5 % sur la même période.

C’est un fait : Android rapporte toujours moins qu’iOS

Le camembert qui provient de la déclaration liminaire d’Apple est censé prouver que le constructeur n’exerce pas une pression financière inconsidérée en bannissant Fortnite de sa plateforme, mais il met aussi en exergue les particularités du jeu sur mobile.

Malgré un focus grandissant pour le jeu sur smartphone, on peut voir que le secteur est encore très loin de bousculer le marché des consoles où s’opère encore le plus gros des ventes. Le cas Fortnite est intéressant, car le titre était l’un des jeux les plus populaires sur iOS et Android avant son bannissement.

Les chiffres concernant la plateforme de Google rappellent d’ailleurs une situation complexe : le jeux vidéo sur Android est bien moins développé qu’on pourrait le croire. À noter tout de même, Fortnite n’est arrivé officiellement sur le Play Store qu’à partir d’avril 2020 (il était auparavant disponible sur Android via un téléchargement web), ce qui met ces chiffres en perspective. Mais la tendance est plus profonde.

Peu de serious gaming sur mobile

D’après le cabinet d’analyse App Annie, au premier trimestre 2021 iOS a généré 21 milliards de revenus sur le marché de la vente d’app tandis qu’Android n’est lui « qu’à » 11 milliards de dollars. Sur le volet vidéoludique spécifiquement, les joueurs et joueuses iOS ont dépensé 13 milliards contre 9 milliards sur Android.

Cette différence s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement, l’habitude des microtransactions est plus ancrée dans le monde iOS avec des joueurs et joueuses qui ont quasiment toutes des cartes bleues enregistrées dans le système, ce qui rend les transactions plus aisées. Deuxièmement, le parc d’appareils Android en circulation est assez largement constitué de téléphone peu cher et donc acheté par des gens moins aisés ou moins disposés à mettre des sommes importantes dans son expérience numérique.

Pourtant, l’écosystème Android déploie d’importants moyens pour démocratiser le jeu vidéo sur mobile. Le marché des smartphones dédié au gaming est florissant et de nombreux constructeurs sortent des mobiles spécialement taillés pour le jeu, on peut notamment citer Xiaomi et son BlackShark 2 ou Lenovo avec son Legion Phone Duel 2. D’autres constructeurs comme Razer sortent des accessoires censés transformer votre téléphone en vraie bestiole de jeu.

Les jeux les plus populaires sont rarement des gros titres // Source : SELL

Un rapport du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) daté de mars 2021 rappelle pourtant une réalité crue, les jeux les plus téléchargés sur mobile sont loin d’être des titres très exigeants, le smartphone étant plus un appareil prévu pour des sessions de jeux rapides et qui ne nécessite pas un gros investissement. 30 % des téléchargements de jeu mobile rentrent dans la catégorie « Hyper Casual » selon le SELL.

Les débats concernant l’avenir de Fortnite sur mobile ont donc plus à voir avec une affaire de gros sous qu’autre chose, mais ils nous rappellent aussi qu’entre le marketing et les usages il existe parfois un monde.

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