Les NFT, une technologie liée à la blockchain et aux cryptomonnaies, bouleverse le monde de l'art depuis le début de l'année. Complexe en apparence, leur utilisation est pourtant simple et révolutionne déjà le principe de propriété sur Internet.

« Je suis en train de configurer mon twttr ». Le tout premier tweet jamais posté sur la plateforme a été mis en vente aux enchères par Jack Dorsey, le créateur du réseau social. Et pour l’instant, la meilleure offre est de 2,5 millions de dollars.

Cela peut paraître fou, mais pourtant, Jack Dorsey n’est pas le seul. Depuis le début du mois de mars 2021, le marché des NFT est en plein boom : le mème Deal With It s’est vendu à 22 000 dollars, une vidéo de Beeple représentant un Donald Trump nu et étalé par terre est partie pour plus de 6 millions de dollars, et de nombreux artistes se sont essayés à la vente d’œuvres d’art virtuelle. Que sont les NFT ? Comment peut-on mettre en vente un tweet ? Pourquoi acheter un tweet pour plusieurs millions de dollars ?

Un extrait de la vidéo Crossroad, de Beeple // Source : Beeple

Que sont les NFT ?

Les NFT, Non-Fungible token en anglais et jeton non fongibles (non échangeables) en français, fonctionnent sur le même principe que les cryptomonnaies. Ils sont basés sur la blockchain de l’Ethereum, mais la cryptomonnaie TRON essaie également d’investir le secteur.

Ces jetons servent à authentifier des images, ou quelconque objet sur Internet. Pour reprendre l’exemple utilisé dans l’article de The Verge, vous pouvez télécharger en toute liberté des images de la toile La Promenade de Monet, mais il n’y a qu’un seul original. Un NFT permet de certifier que vous possédez bel et bien l’original de Monet, ou dans notre cas, le tout premier tweet au monde.

C’est ce mécanisme qui permet à des mèmes, des tweets, ou des vidéos de devenir semblables à des œuvres d’art.

Concrètement, à quoi ça sert ?

Les NFT vous permettent d’authentifier potentiellement tout ce que vous créez sur Internet. Pour l’instant, les internautes se sont surtout servis de cette technologie pour vendre leurs créations certifiées, et donc pour créer une sorte de marché de l’art virtuel. C’est ce marché qui a fait les gros titres récemment, et qui a immédiatement créé une bulle spéculative.

C’est également l’émergence de ce marché qui pousse de plus en plus d’artistes et de créateurs à mettre en vente leurs œuvres grâce aux NFT : la perspective qu’ils soient achetés des milliers de dollars par des collectionneurs est alléchante, d’autant plus que le processus est relativement simple, et gratuit. Vous pouvez notamment le faire sur le site NiftyGateway en remplissant quelques questions et en mettant un lien vers votre portfolio de créations.

Notez cependant que tout le monde n’est pas accepté : les équipes de Nifty Gateway ne permettent pas à tout le monde de faire de leurs tweets des œuvres d’art. Il faut tout d’abord qu’il y ait «  une accroche » pour qu’un membre de l’équipe vous contacte. « À cause du nombre élevé de demandes, nous ne pouvons pas garantir que nous serons capables de vous répondre », prévient NiftyGateway. Mais, concrètement, rien ne vous empêche de mettre en vente votre plus beau gif tecktonik.

L’art dans sa forme la plus pure : un gif tecktonik // Source : Blingee

Mais, qu’est-ce qui pourrait motiver quelqu’un à payer plusieurs dizaines de milliers de dollars pour un gif Dogecoin Nyancat ? Peu ou prou les mêmes raisons que certaines personnes s’intéressent au marché de l’art et sont prêtes à payer des fortunes pour des toiles : la spéculation, et pouvoir dire que l’on possède une pièce unique. Dans le cas d’un mème, on vous l’accorde, l’intérêt artistique peut paraître obscur. Mais après tout, qu’est-ce que l’art ? Vous avez quatre heures.

Quel impact les NFT ont-ils sur Internet ?

Bien sûr, le monde de l’art n’est qu’une toute petite partie de ce que les NFT pourraient changer à Internet. Le mécanisme d’authentification des NFT va globalement impacter la notion de propriété digitale, comme le note le site d’Ethereum.

Les NTF pourraient être utilisés pour prouver la propriété de noms de domaines, pour des items de jeux vidéos, mais aussi d’objets physiques. Une édition limitée de sneakers utilise d’ores et déjà les NFT afin de prouver leur authenticité, et le groupe Kings of Leon vend une collection d’items « NFT Yourself », payables en Ethereum. Les créateurs de la cryptomonnaie insistent également sur le fait que ces jetons pourraient, à l’avenir, être utilisés comme garantie pour des prêts bancaires. Si, comme l’imaginent les équipes d’Ethereum, la propriété des NFT est recensée et facilement consultable dans le futur, il y aurait peu de limites à leurs utilisations.

Dans toute cette histoire, il faut également se soucier des conséquences sur la nature. Les cryptomonnaies ont un impact réel en terme d’empreinte carbone :  leur création (mining, en anglais) requiert beaucoup d’énergie et émet beaucoup de chaleur. Les créateurs d’Ethereum veulent cependant rassurer les potentiels artistes ou acquéreurs de gifs tecktonik : les NFT n’augmentent pas l’empreinte carbone de la cryptomonnaie. Vous pourrez acheter la conscience tranquille.

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que le marché des NFT est en expansion. En France, le site Sorare propose déjà des cartes à collectionner de footballeurs. Comme des autocollants Panini, mais basés sur la technologie NFT. Au mois de février, la carte de Diego Maradna était estimée à plus de 290 000 euros.

Article publié initialement le 08 mars 2021 et mis à jour le 16 juin 2021

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