Les NFT ont battu un nouveau record, avec la vente à 69 millions de dollars d'un collage de l'artiste Beeple.

Les us et coutumes du marché de l’art sont bien souvent opaques pour quiconque le regarderait sans en connaître les arcanes : ses artistes, ses critiques qui les font, ses investissements, ses placements, sa spéculation et ses ventes sensationnelles n’ont pas attendu Internet pour exister. Ces derniers mois, la bulle du marché de l’art s’est encore obscurcie pour l’observateur moyen : la blockchain y a fait son entrée et par elle, « de l’art numérique » est se vend — ou se vole — à prix d’or. L’artiste Beeple vient, le 11 mars 2021, d’exploser tous les records en vendant un collage numérique à 69 millions de dollars (57 millions d’euros).

Ce « NFT », pour « Non Fungible Token », vendu par la prestigieuse maison Christie’s, donne droit à son propriétaire à une copie de l’image — vous pourrez par exemple imprimer votre propre copie ci-dessous — et une sorte de certificat stocké dans une blockchain, contenant le droit théorique de l’œuvre. L’artiste, qui n’avait jamais fait fortune avant l’apparition de la tendance, est l’une des figures de proue de ce mouvement : il a vendu plusieurs œuvres à plusieurs dizaines de milliers d’euros et vient de réaliser un coup historique.

Une copie non officielle du collage numérique original // Source : Beeple

À bien y réfléchir, la vente n’est pas si exceptionnelle et ne sort pas fondamentalement des habitudes du marché de l’art. Un Balloon Dog original de Jeff Koons s’est vendu 58,4 millions de dollars en 2013 dans la même maison Christie’s, quand le commun des mortels peut en acheter un pour quelques dizaines d’euros dans n’importe quel magasin de décoration. Le NFT, comme l’original d’une œuvre dont la reproductibilité à grande échelle est simple, est un bien positionnel. Il permet simplement à son propriétaire de montrer qu’il est à l’aise financièrement et qu’il possède quelque chose que les autres ne possèdent pas.

Le concept du NFT est donc une manière de tirer à l’extrême, à la valeur la plus négligeable possible (quelques instructions dans une base de données infalsifiable) l’existence matérielle d’une œuvre d’art. À bien des degrés, cet acte de possession de l’œuvre n’existe pas dans le monde réel, et un musée physique pourrait bien s’amuser, par provocation, à organiser une exposition des NFT les plus coûteuses qui ne seraient que des impressions des « œuvres vendues », qui vont aujourd’hui du mème au tweet.

Le collage de Beeple est constitué de tous ses « Un dessin par jour », débuté il y a 14 ans // Source : Beeple

Le précédent établi par Beeple et Christie’s prouve en revanche, s’il le fallait, que les collectionneurs n’ont guère de limite quand il s’agit de s’arracher des choses certifiées comme uniques, même si elles n’ont aucune garantie de durer. Et, dans le même temps, que le marketing autour de ces produits ne fait que commencer : ce 11 mars, le Paris Saint-Germain a aussi annoncé sur son compte Twitter une prochaine vente de NFT pour ses fans, pour célébrer la victoire du club contre Barcelone en Ligue des Champions. Une occasion de vendre du vide à des supporters en manque de stade ?

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo