Uber est toujours à la recherche d'un nouveau PDG après la démission forcée de son créateur Travis Kalanick il y a plus d'un mois. Alors que la candidature de Meg Whitman semblait bien partie, l'ancien patron poussé vers la sortie place ses billes dans l'espoir d'un retour.

La crise chez Uber est loin d’être réglée. Après de graves accusations de sexisme et de harcèlement au travail, et en plein conflit judiciaire avec Waymo (Google) autour de la voiture autonome, la recherche d’une nouveau patron s’annonce toujours aussi compliquée pour le service de VTC.

Une situation fragile qui pourrait profiter à Travis Kalanick, fondateur de l’entreprise et ex-patron, qui tente le tout pour le tout afin de retrouver sa place au sein de sa société après en avoir été poussé vers la sortie par les actionnaires.

Depuis son départ en juin dernier, l’homme d’affaires n’a en effet jamais vraiment abandonné son entreprise et l’influence qu’il pouvait y avoir. Une enquête de Recode revient sur les dernières semaines de gestion en interne, décrivant un scénario proche des intrigues politiques de Game of Thrones.

Meg Whitman, un espoir mort né

À la recherche d’un nouveau patron, afin à la fois de relancer l’entreprise mais également pour redorer son blason après ses multiples scandales, le conseil d’administration a été approché par de nombreuses candidatures, dont celle de Meg Whitman, anciennement à la tête d’eBay et actuellement de Hewlett Packard. Une candidate sérieuse et expérimentée qui s’est confrontée à certains membres de la direction.

Si la femme politique américaine avait déjà investi et conseillé cette entreprise, sa candidature n’a pas reçu un accueil unanime, d’autant que le conseil d’administration ne lui a jamais proposé clairement le job. Whitman a pourtant essayé de rencontrer tous ces membres, mais le processus n’aurait guère plu à la femme d’affaire, qui aurait posé un ultimatum de 48 heures afin qu’ils se décident. L’ex patronne d’eBay n’ayant pas rencontré tout les décisionnaires, elle a fini par annoncer elle-même sur Twitter, le 28 juillet : « Le PDG d’Uber ne sera pas Meg Whitman.  »

Résultat : la liste des quatre autres personnes considérées par le conseil sont tous des hommes, occupant déjà un poste de CEO, ce qui ne ferait que renforcer la culture réputée machiste de l’entreprise. Profitant de l’instabilité en cours, Travis Kalanick a ébauché un plan pour revenir sur le devant de la scène.

Travis Kalanick. Crédit photo Dan Taylor/Heisenberg Media.

Vers un retour de Travis Kalanick ?

C’est en tout cas ce que rapportent les nombreuses sources citées par Recode dans son long papier quand on leur demande quel est le plus gros problèmes d’Uber en ce moment : « Travis », dit l’un d’entre eux. «  Oh, Travis », répète un second, avant qu’un troisième ne confirme ce sentiment.

Car, parmi les nombreux évènements qui ont petit à petit plongé Uber dans la crise, il y eu notamment le comportement de son patron. Après plusieurs mois difficiles, le fondateur du service de transport avait accepté un congé à durée indéterminé en pleine tempête, alors qu’il venait d’apprendre la disparition de sa mère. Une mise à l’écart qui s’est transformé en démission le 21 juin sous la pression des actionnaires, alors qu’une instance collégiale de 14 personnes l’avait remplacé à la tête de la compagnie.

Mais, depuis, il semblerait que l’homme d’affaire est resté très impliqué dans les affaires de la société qu’il a créé, à tel point que des hauts responsables ont approché le conseil d’administration afin de voir comment le réintégrer. Ce dernier a plutôt essayé de mettre en place des barrières afin d’éviter son implication, d’autant que Kalanick semble mettre des bâtons dans les roues dans leur quête d’un nouveau patron.

Travis Kalanick mise sur l’investissement du conglomérat japonais SoftBank

Sa stratégie ne semble pas s’arrêter à de l’obstruction, puisque plusieurs sources le citant directement annoncent qu’il est en train de « Steve Jobsiser » Uber, en référence à son départ d’Apple en 1985 puis à son retour à la tête de l’entreprise en 1997 — à la différence près que Steve Jobs est resté 12 ans à l’écart de sa société… et l’avait quittée dans des conditions bien différentes.

Afin de réaliser ce «  coup d’état  », Travis Kalanick espère convaincre le conglomérat japonais SoftBank d’investir massivement dans Uber — lui permettant ainsi de reprendre la main sur la direction. Le conseil d’administration est divisé sur la question, mais l’arrivée de nouveaux investisseur pourrait clairement faire pencher la balance vers l’homme d’affaires américain.

La situation est donc plus que délicate pour Uber, partagé entre l’envie de son créateur de redevenir patron — soutenu notamment par une pétition signée par 1 000 employés souhaitant son retour — et les différents scandales ayant terni son image.

Toujours d’après Recode, Kalanick ne pourrait réellement revenir sans le soutien de deux membres importants du conseil : Ryan Graves et Garett Camp. Un obstacle pas vraiment insurmontable si l’on en croit un investisseur majeur qui n’hésite pas à déclarer anonymement : « Travis devra faire complètement exploser [le conseil d’administration] pour récupérer son travail. Et peut-être qu’il est assez fou pour le faire, mais il vaudrait mieux qu’il apporte beaucoup de munitions.  »

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