Elon Musk se félicitait début décembre du succès de sa politique en matière de modération. Mais, de nombreux signaux vont à l’encontre de cette assertion.

La haine est de retour sur Twitter. Ou, plus exactement, elle s’y exprime avec beaucoup plus de facilités qu’auparavant. Voilà la conclusion de travaux menés aux États-Unis, et dont le New York Times s’est fait l’écho le 2 décembre 2022. Une conclusion contre laquelle Elon Musk, le nouveau propriétaire de Twitter, s’est insurgé, la qualifiant de « totalement fausse ».

Les observations faites par plusieurs organisations, depuis la prise de contrôle du réseau social par l’homme d’affaires américain, soulignent une forte hausse des messages antisémites (un bond de plus de 60 % deux semaines après l’acquisition de Twitter). Du côté des contenus homophobes, leur apparition quotidienne a progressé de plus de 58 %.

Elon Musk / Twitter // Source : Numerama
Elon Musk, nouveau propriétaire de Twitter. // Source : Numerama

Même sur le terrain de la lutte anti-terroriste, des travaux suggèrent un très net relâchement du site communautaire. Durant les douze premiers jours qui ont suivi la prise de fonction d’Elon Musk, 450 comptes contrôlés par l’organisation État islamique ont été détectés. C’est une hausse de 69 % par rapport aux douze jours précédents.

Ces différentes analyses ont été fournies par le Center for Countering Digital Hate, l’Anti-Defamation League ou encore l’Institute for Strategic Dialogue. « Elon Musk a envoyé un Bat Signal à tous les racistes, misogynes et homophobes que Twitter était accessible. Ils ont réagi en conséquence », a commenté Imran Ahmed, le patron du Center for Countering Digital Hate.

Elon Musk est satisfait de sa politique de modération sur Twitter

L’augmentation des propos illicites est également favorisée par la politique d’Elon Musk. Il a trouvé pertinent de gracier un très grand nombre de comptes bannis, en se fondant sur un sondage en ligne — au lieu d’utiliser le conseil de modération qu’il avait promis de mettre en place. Plus de 12 000 profils ont été réactivés, dont des néonazis et des antisémites.

Le jour même de la publication de l’article du New York Times, Elon Musk diffusait ses propres résultats, suggérant son impact décisif en matière de modération. Dans un graphique allant du 17 octobre au 30 novembre 2022, l’affichage des contenus haineux, après un pic spectaculaire, serait retombé à un seuil plus bas que celui constaté précédemment.

« Le nombre d’impressions de discours haineux (nombre de fois où le tweet a été vu) continue de baisser, malgré une augmentation significative du nombre d’utilisateurs ! […] La liberté d’expression ne signifie pas la liberté d’accès. La négativité devrait et obtiendra moins de portée que la positivité », a-t-il dit. Selon lui, les contenus haineux pèsent moins de 0,1 % des impressions totales. On peut néanmoins s’étonner du fait que, alors que la quantité de contenus haineux est en hausse, les impressions de ces discours baissent. Elon Musk ne donne pas plus de détails.

Les limites de la stratégie d’Elon Musk ont été manifestes avec la séquence autour du rappeur Kanye West. Celui-ci s’est livré à plusieurs messages antisémites, poussant Elon Musk à sévir, alors même qu’il se présentait quelques mois plus tôt comme un « absolutiste de la liberté d’expression ». Ce n’est pas la première fois que le chanteur se fait éjecter de la plateforme.

Twitter réagit moins vite aux signalements

Les insuffisances de la modération sur Twitter ont également été mises en lumière du côté de la Commission européenne. Si Bruxelles observe une baisse globale de la mobilisation parmi les plateformes signataires du Code de bonne conduite de l’UE (YouTube, Facebook, Instagram…), c’est Twitter qui « enregistre la plus forte baisse sur un an ».

Dans le cadre de ce code de bonne conduite, il est demandé aux plateformes qu’elles traitent sous 24 heures les signalements de messages haineux. En 2020, les sites partenaires parvenaient à traiter 90,4 % des notifications dans les temps. Cette statistique est tombée à 81 % en 2021 et à 64,4 % en 2022. Seul TikTok se maintient sur une courbe positive.

L’effondrement de la modération sur Twitter est causé pour partie par une chute brutale des capacités du réseau social à avoir des effectifs en nombre suffisant pour traiter les signalements. Mi-novembre, on apprenait que les contrats avec des milliers de prestataires ont été arrêtés, privant la plateforme de plusieurs milliers de modérateurs.

Le 30 novembre, Twitter a tenu pourtant un discours bien différent : son équipe promet ainsi de poursuivre « son travail assidu pour préserver la plateforme des comportements haineux, des abus et de toute violation des règles de Twitter. L’équipe reste forte et bien dotée en ressources ». Cependant, il était aussi précisé que le service va de plus en plus s’appuyer sur de la détection automatisée pour gérer la modération. Manifestement, les résultats ne sont pas encore là.


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