Il existe des smartphones compatibles 5G qui sont désormais vendus en France et des opérateurs commencent à annoncer des forfaits pour l'ultra haut débit mobile. Faut-il déjà craquer ? En 2020, la réponse est catégoriquement non.

Réponse courte : non.

Réponse longue : non, vraiment pas.

Plus exactement, si vous envisagez d’acheter un smartphone compatible 5G, ce qui pourrait ne pas être une option en fonction du modèle, vous devez le faire pour une autre raison : ses performances, la qualité de son écran, son autonomie, la sympathie que vous avez pour la marque, qu’importe. Sa compatibilité avec l’ultra haut débit mobile ne devrait occuper aucune place dans votre grille de critères, du moins à court terme. Et il y a plusieurs raisons à cela.

Il n’y a pas de réseau 5G en France

La première et la plus évidente, c’est qu’il n’y a aucun réseau commercial en France pour l’ultra haut débit mobile.

Certes, il y a sur le marché des smartphones 5G, comme le Samsung Galaxy Note 10+ 5G, le Huawei Mate 20 X 5G et le Xiaomi Mi Mix 3 5G. Bien sûr, il existe des forfaits 5G, comme ceux de Bouygues Telecom. Mais il n’y a pas d’infrastructures sur le territoire sur lesquelles les adosser, pour la simple et bonne raison que le déploiement n’a pas encore commencé en France. Le top départ est prévu en fin d’année 2020.

Les quatre opérateurs en lice (Orange, SFR, Free Mobile et Bouygues Telecom) sont en effet suspendus au calendrier fixé par le régulateur des télécoms pour l’attribution des blocs de fréquences qui leur permettront de lancer des réseaux 5G. Pour le dire vite, cette procédure s’effectue en plusieurs temps : une première phase a eu lieu ce printemps, une autre est prévue cet automne. Et ça ne s’arrête pas là : d’autres étapes sont programmées en octobre, voire novembre 2020.

5G réseau
L’apparition de ce petit indicateur risque de prendre quelques années à apparaître, selon l’endroit où vous vivez. // Source : Kārlis Dambrāns

Autrement dit, les débuts effectifs de la 5G n’auront lieu qu’au quatrième trimestre 2020. Et même à ce moment-là, l’acquisition d’un smartphone 5G parce qu’il est compatible avec la 5G n’aura pas d’intérêt : les réseaux seront embryonnaires et leur couverture réelle sera limitée à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville, les premiers mois — il suffit de se référer au précédent calendrier du régulateur des télécoms, avant la crise sanitaire, pour s’en rendre compte : il ne tablait que sur deux villes couvertes en 5G avant fin 2020.

On pourrait certes objecter que l’achat d’un smartphone 5G smartphone maintenant est un investissement pour plus tard, pour être prêt le jour où la couverture de la population et du territoire sera suffisante.

Il est vrai que les opérateurs ont l’obligation de déployer 3 000 sites 5G chacun en 2022, 8 000 en 2024 et 10 500 sites 5G en 2025 — peut-être même dépasseront-ils ces objectifs. Ces nombres peuvent sembler spectaculaires, mais ils sont à remettre en perspective : en comparaison, les opérateurs ont érigé entre 14 000 et 20 000 sites 4G chacun, et malgré ça, la couverture n’est pas parfaite, alors que cette génération est en chantier depuis une dizaine d’années. Et dans le secteur des télécoms, les échéances manquées ne sont pas inhabituelles : cela s’est produit à diverses occasions, qu’il s’agisse du plan très haut débit ou de la résorption des zones blanches en 2G et 3G.

Il n’y a pas de raison pour que la 5G y échappe, même cernée d’obligations : tout ira plus lentement que prévu.

Par ailleurs, l’idée d’un investissement pour après ignore que le cycle de renouvellement d’un smartphone tourne autour de 3 à 4 ans pour un mobinaute lambda. Celui-ci risque donc de se retrouver à changer son smartphone 5G qui ne lui a pas servi à faire de la 5G pour, on l’imagine,  un autre smartphone 5G — il n’y aura sans doute plus que ça sur le marché — au moment où, justement, la 5G atteindra un seuil de couverture intéressant. On a connu plus futé comme achat, surtout si un modèle 4G équivalent est moins cher aujourd’hui.

Accès à « une seule 5G » au début

Et même dans le cas de figure où toutes les planètes sont bien alignées, avec par exemple l’accès à l’ultra haut débit mobile à votre domicile et à votre travail en fin d’année, ce n’est en fait qu’à « une » 5G que vous aurez droit. Certes, elle offrira des performances supérieures à la 4G, mais le saut qualitatif ne sera pas si important, parce que cette 5G ne reflétera pas le plein potentiel de cette nouvelle génération. La raison ? Il existe en fait « des » 5G, qui sont associées à différentes bandes de fréquences. Or toutes ces portions du spectre électromagnétique ne seront pas mobilisées dès 2020.

Celle qui va être utilisée en priorité se trouve dans la tranche allant de 3 400 à 3 800 MHz (elle est communément appelée bande 3,5 GHz). Cette bande offre, selon la description faite par le régulateur des télécoms, un bon équilibre entre le débit, la portée et la couverture en intérieur. Mais pour un réel bond en avant en termes de débit ou bien pour accroître la portée et la couverture en intérieur, il faudra faire appel à deux autres bandes de fréquences.

https://www.arcep.fr/actualites/les-communiques-de-presse/detail/n/5g-6.html
Chaque bande a ses avantages et ses inconvénients. L’idéal est de pouvoir les combiner. // Source : ARCEP

Ces deux autres bandes se trouvent dans le segment des 700 MHz (celle-ci sert à la 4G, et avant à la télévision numérique terrestre) et dans la tranche des 26 GHz. La première est efficace pour la portée et la couverture — on la surnomme fréquences en or pour cela. La seconde donne accès accès à d’excellents débits, que l’on dit proche de la fibre optique. Or, l’attribution et la mise en œuvre de ces deux bandes pour la 5G ne sont pas prévues à très court terme en France. La bande 26 Ghz arrivera d’ailleurs avec son lot de polémiques, fondées ou non, puisqu’elle implique une multiplication de petites antennes de proximité.

En clair, la « vraie » 5G, celle que l’on dit révolutionnaire, qui doit faire basculer la France dans la société du gigabit, mettra du temps à arriver. Car il faudra attribuer toutes ces fréquences, sortir des smartphones compatibles, déployer les infrastructures adéquates sur le territoire, agréger toutes ces bandes entre elles. Dans ces conditions, l’achat à court terme d’un smartphone 5G apparaît encore moins censé, d’autant que la 4G bénéficie de temps à autre d’améliorations, avec des débits qui progressent.

Un intérêt surtout industriel

Enfin, dernière réalité à prendre en compte : la 5G est surtout une technologie qui aura une utilité industrielle. Certes, elle profitera aussi au grand public, qui accédera à plus de débit, ce qui sera pratique pour de la vidéo en très haute définition (4K) en mobilité ou pour servir d’alternative à la fibre optique, notamment dans les zones les moins densément peuplées, là où les raccordements trainent pour des raisons économiques. Mais ce n’est pas dans ce segment que résident les plus grands enjeux.

Arcep Usages 5G
Les usages de la 5G. Nombreux sont ceux qui intéressent énormément l’industrie. // Source : Arcep

C’est ce qu’expliquait notamment le régulateur des télécoms en 2017, en listant plusieurs domaines dans lesquels l’ultra haut débit mobile sera pertinent et changera la donne : les véhicules connectés (y compris pour la sécurité et la communication entre véhicules), les infrastructures, les villes « intelligentes », les transports publics, la production industrielle, la gestion de réseaux d’eau et d’électricité, la consommation énergétique, la télémédecine, la chirurgie, la gestion des bâtiments.

Et c’est peut-être là tout le paradoxe de la 5G : le public tirera peut-être plus avantage des atouts la 5G par une utilisation indirecte, à travers des applications industrielles, urbaines ou médicales, qu’en ayant en main smartphone capable de se connecter à un réseau 5G. Même dans plusieurs années.

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