À cause du réchauffement planétaire, le corps humain pourrait atteindre sa « limite thermique » dans certaines régions de la Terre. À quelle température cette limite serait-elle franchie ?

Le corps humain possède une « limite thermique » et nous ne serions pas loin de l’atteindre sur Terre à cause du changement climatique. Voilà ce qu’affirme Tom Matthews, spécialiste des sciences climatiques à l’université de Loughborough (Royaume-Uni) dans un article de The Conversation publié le 26 juillet 2019.

La vague de chaleur qui a traversé la France la semaine du 22 juillet, un mois après la canicule de juin, a rappelé que le réchauffement planétaire est aujourd’hui sans précédent. À Paris, la température est montée jusqu’à 42,6°C le jeudi 25 juillet. Cependant, le scientifique souligne que d’autres régions du monde connaissent des températures encore plus élevées : 54°C ont été relevés au Koweit et 53,9°C en Irak. D’après lui, le corps des humains est proche d’atteindre ses limites dans certaines zones du globe, comme le Golfe Persique ou l’Asie du Sud.

Des personnes se rafraichissent dans une fontaine. // Source : Pexels (photo recadrée)

Dans la revue Nature Climate Change, le chercheur explique comment de « nouvelles combinaisons de conditions climatiques extrêmes » pourraient s’avérer dangereuses pour notre santé. L’un des dangers serait que notre corps dépasse une limite à cause de la température environnante. « Quand la température de l’air excède 35°C, le corps a besoin d’évaporer de l’eau — principalement à travers la transpiration — pour maintenir la température centrale à un niveau sûr », rappelle l’auteur.

La température du thermomètre mouillé : qu’est-ce que c’est ?

Le corps peut mettre en œuvre ce processus jusqu’à une température dite du « thermomètre mouillé » de 35°C. Cette température est celle prise par un thermomètre recouvert d’un tissu gorgé d’eau. Cette méthode permet de prendre en compte « l’effet de refroidissement de l’eau qui s’évapore du thermomètre », poursuit le scientifique. Elle est habituellement moins élevée que la température habituelle, mesurée par un thermomètre à l’abri de l’humidité, utilisé pour les prévisions de températures.

Quand l’humidité relative (la quantité de vapeur dans l’air, par rapport à la capacité que l’air peut contenir, explique Futura) est à 100 %, la température du thermomètre « sec » est égale à la température du thermomètre « mouillé ». Vous pouvez utiliser un convertisseur en ligne pour savoir quelle est la température du thermomètre mouillé, en indiquant la température sèche et le pourcentage d’humidité relative : pour 35°C et 80 % d’humidité relative, la température au thermomètre mouillé est d’environ 31,8°C.

Un thermomètre sec et un thermomètre mouillé. // Source : Wikimedia/CC/reado (photo recadrée et modifiée)

Que se passe-t-il au-delà de 35°C au thermomètre mouillé ?

Mais que se passe-t-il quand la température du thermomètre mouillé atteint et dépasse 35°C ? « L’air est tellement rempli de vapeur que la transpiration ne s’évapore plus. Sans moyens de dissiper la chaleur, notre température centrale augmente, peu importe la quantité d’eau que nous buvons, l’ombre que nous recherchons ou le repos que nous prenons », explique Tom Matthews. À terme, les personnes les plus fragiles (enfants, personnes âgées) peuvent même risquer de mourir de chaud, assure le scientifique.

Or, de telles températures « commencent à se produire en Asie du Sud-est », poursuit l’auteur. Il craint que certaines régions densément peuplées finissent par dépasser cette limite de température, avant la fin du siècle. La climatisation peut être envisagée comme une solution, mais elle n’est pas idéale sur le plan environnemental. Il faudrait aussi pourvoir à la demande en électricité pour alimenter ces systèmes de refroidissement : en cas de panne, Tom Matthews anticipe que la situation « pourrait être catastrophique ».

Les vagues de chaleur comme celles que la France a déjà connues à deux reprises cette année risquent d’être bien plus fréquentes d’ici la fin du siècle. Face à l’urgence de la situation, la réponse politique laisse à désirer : les pays ne respectent pas les accords de Paris adoptés en 2015.

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