Une période de chaleur particulièrement intense s’installe sur la France en cette mi-juillet 2022. Les températures peuvent atteindre 40°C sur une bonne partie du territoire. Pour l’organisme, des températures si élevées ne sont pas anodines. Que se passe-t-il dans le corps lors d’un coup de chaud ? Pourquoi peut-on mourir de chaud ?

Il n’aura échappé à aucun Français ou Française qu’il fait actuellement très chaud dans l’hexagone. Les températures devraient s’élever à 40°C dans un très grand nombre de villes les 18 et 19 juillet 2022.

En juin dernier, c’est une « plume de chaleur » qui s’abattait sur la France. La météo de cet été 2022 en France ressemble à la prédiction dystopique du faux bulletin météo qui avait été présenté par Évelyne Dhéliat en 2015, pour sensibiliser au changement climatique. Désormais, il faut s’habituer à parler de canicule, de dôme, de plume ou de vague de chaleur de plus en plus fréquemment — ainsi qu’à constater des pics de pollution de l’air à l’ozone. En raison du changement climatique, la France devrait connaître des bouleversements dans les décennies à venir, dont des vagues de chaleur qui risquent bien de se multiplier.

De telles hausses des températures rappellent aussi à notre souvenir l’épisode de canicule survenu entre juin et août 2003 en Europe. Selon l’Inserm, 15 000 décès ont été causés par cette vague de chaleur hors du commun en France, par rapport à la mortalité habituellement enregistrée à cette période de l’année.

Si l’on comprend sans mal qu’une chaleur excessive est néfaste pour le corps humain — passer quelques minutes dans un open space non climatisé en plein été permet de s’en apercevoir –, les effets exacts de ce « coup de chaud » sur l’organisme sont moins connus. Sans prétendre à l’exhaustivité, il est en tout cas possible de lister certaines réactions corporelles liées à une exposition à la chaleur.

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Il faut boire davantage lors des périodes de forte chaleur. // Source : Pexels/Karolina Grabowska (photo recadrée)

Il y a deux types de « coups de chaud »

En 2012, le Dr Pierre Hausfater, spécialiste en médecine interne, et Bruno Riou, chef du service de réanimation de l’Hôpital Pitié-Salpétrière, expliquaient comment survient « le coup de chaleur », qui est « une pathologie rare voire exceptionnelle en France en condition climatique habituelle ».

Les spécialistes différencient deux types de coups de chaleur : le coup de chaleur environnemental, qui se produit lors d’ « une vague de chaleur exceptionnelle » et touche surtout « la population âgée », et « le coup de chaleur d’exercice » qui touche une population jeune, et survient lors d’épreuves physiques réalisées dans des conditions de forte chaleur.

L’équilibre entre la production et la perte de chaleur par le corps influence directement la température corporelle. Comme l’expliquent Pierre Hausfater et Bruno Riou, le corps évacue la chaleur par la peau, à travers différents processus (comme l’évaporation ou la conduction). Pour réguler sa température centrale, le corps possède des neurones thermosensitifs, qui se trouvent dans l’hypothalamus. Il s’appuie aussi sur des « récepteurs thermosensibles » situés dans la peau et dans les muscles.

Comment se traduit le coup de chaud sur cette régulation ? Lorsque le corps accumule de la chaleur exogène, il peut se retrouver en hyperthermie : sa température s’élève au-dessus de sa valeur normale, de 37 à 37,5 ° Celsius — au-delà de 41,5 ° C, le risque de décès est possible, car des problèmes irréversibles peuvent atteindre le cerveau.

Pourquoi le corps ne parvient-il plus à se réguler en cas de canicule ?

Lors de cette hyperthermie, les spécialistes notent que la chaleur a pour effet de faire dilater les vaisseaux cutanés, qui se trouvent sous la peau — ceux qui sont responsables de sa vascularisation. Le débit sanguin devient plus élevé, afin de favoriser encore plus les échanges de chaleur dans le processus de la sudation. Pour le corps, ce processus est gourmand en énergie, et se passe au détriment d’autres zones : le corps se concentre alors moins sur la circulation sanguine au niveau des reins et des organes digestifs. Par ailleurs, l’hyperthermie amène le corps a transpirer davantage, et à chercher à diminuer sa production de chaleur.

En temps normal, ces trois mécanismes sont suffisants pour maintenir une température qui ne dépasse pas sa limite physiologique (c’est-à-dire les fonctions et les réactions normales de l’organisme). Selon les deux spécialistes cités, il faut convoquer deux mécanismes pour comprendre pourquoi la température du corps peut alors continuer de s’élever, et pourquoi le corps ne parvient plus à se réguler.

Le premier concerne l’hypothalamus : cette structure du système nerveux central risque de subir des lésions directes liées à la température ambiante élevée. En effet, l’hypothalamus « perd alors la capacité de thermostat et celle de déclencher une thermolyse par sudation » — la thermolyse étant justement les systèmes mis en œuvre par l’organisme pour stabiliser sa température interne. Or, cet équilibre est principalement atteint par la sudation.

Le deuxième mécanisme concerne le système cardiovasculaire : il se trouve lui aussi en situation de défaillance, car il n’arrive pas non plus à favoriser cet équilibre de la température interne du corps. Pour atteindre la thermolyse, le corps a besoin d’accroitre son rythme cardiaque (de 12 à 14 litres par minute). Il lui faut également augmenter le flux de sang dans les vaisseaux cutanés (pour atteindre 8 litres par minute) : en faisant cela, les vaisseaux sanguins qui assurent la vascularisation de l’appareil digestif subissent une vasoconstriction. Cela signifie que leur diamètre diminue, l’objectif étant de réguler pression artérielle.

Autrement dit, le cœur diminue la part de travail qu’il accorde habituellement à d’autres organes, puisqu’il se concentre sur son travail dédié à la peau, et qu’il doit dans le même temps conserver un débit le plus stable possible. Pierre Hausfater et Bruno Riou notent ici que la défaillance du système cardiovasculaire est le mécanisme qui se produit le plus couramment dans la population la plus âgée, en raison « des  modifications physiologiques […] liées à l’âge ».

« Lorsqu’on est déshydraté, il y a moins de liquide dans les vaisseaux, et cela atteint l’ensemble du système cardiovasculaire, c’est-à-dire le circuit d’alimentation des organes du corps humain », explique à Numerama Agnès Ricard-Hibon, médecin urgentiste.

La chaleur provoque des lésions à l’intérieur des cellules

Au niveau des cellules de l’organisme, « la chaleur provoque des lésions directes » dont l’intensité peut varier en fonction de la température atteinte, et de la durée de cette hausse de température. Une température de 41,6 °C ou plus, atteinte pendant une durée de 45 minutes à 8 heures, peut provoquer des lésions cellulaires.

Dans le cas du coup de chaleur environnemental, les spécialistes rappellent qu’il est souvent lié à une vague de chaleur, c’est-à-dire « au moins trois jours successifs de température ambiante supérieure à 32 °C ». C’est ce qui leur fait dire qu’ « une vague de chaleur se définit moins météorologiquement que médicalement », puisqu’il s’agit du premier élément prédictif d’un coup de chaleur.

Néanmoins, toutes les personnes ne sont pas égales face à cette « charge thermique » : en fonction de facteurs génétiques, des cas où les personnes voient leurs capacités diminuées (par exemple, en état d’ébriété), et de l’âge, les situations peuvent varier.

En cas de canicule, le gouvernement rappelle que les personnes âgées de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les enfants de moins de quatre ans, les personnes malades, en situation de précarité, les sportifs et travailleurs de plein air, sont particulièrement vulnérables aux coups de chaleur. Pour l’éviter, quelques précautions s’imposent, comme boire régulièrement de l’eau, se rafraichir le corps et éviter de sortir aux heures les plus chaudes de la journée.