Les dernières nouveautés sont la parfaite illustration du décalage qui existe entre l’offre et la demande pour les véhicules électriques. Alors que la Chine trouve un équilibre et vend en masse, le marché européen continue à se chercher.

À quelques heures d’intervalle, ont été dévoilées l’Audi Q8 e-tron et le Volvo EX90, le 9 novembre 2022. Ces deux modèles illustrent à eux deux parfaitement le décalage qu’il existe entre l’offre et la demande pour les véhicules électriques. Ils sont les versions les plus haut de gamme du constructeur premium qu’ils représentent. Ils sont imposants, lourds, bardés d’équipements technologiques avec des tarifs à la hauteur de leur positionnement.

Alors que l’Union européenne presse les constructeurs européens à entamer leur transition vers le 100 % électrique, pour répondre aux enjeux climatiques, les groupes automobiles semblent surtout vouloir assurer leurs marges. Ils proposent essentiellement des modèles moyens et hauts de gamme, et abandonnent les plus petites carrosseries.

Les nouveaux fleurons électriques réservés à quelques milliers de clients

Ils s’appellent EX90 chez Volvo, Q8 e-tron chez Audi, EQS SUV chez Mercedes ou i7 chez BMW. Annoncés en 2022, ils représentent tout le savoir-faire de ces marques premium. Ils sont aussi les modèles les plus grands, les plus lourds et les plus chers de leur gamme :

LongueurMasseTaille de la batteriePrix à partir de
Volvo EX90Longueur5,03 mMasse2 818 kgTaille de la batterie111 kWhPrix à partir de107 900 €
Audi Q8 e-tronLongueur4,91 mMassencTaille de la batterie106 kWhPrix à partir de86 700€
Mercedes EQS SUVLongueur5,23 mMasse2 805 kgTaille de la batterie108,4 kWhPrix à partir de149 900 €
BMW i7Longueur5,39 mMasse2 715 kgTaille de la batterie101,7 kWhPrix à partir de139 900 €
i7 : le nouveau fleuron BMW // Source : Raphaelle Baut
i7 : le nouveau fleuron BMW. // Source : Raphaelle Baut

La fiche technique du nouveau Volvo EX90 annonce 2,8 tonnes sur la balance pour un véhicule d’un peu plus de 5 mètres, et ce n’est qu’un exemple parmi les autres cités. On se moquait des véhicules américains trop grands et trop lourds pour nos routes européennes, à l’image du Ford F-150 Lightning que nous avons essayé. Néanmoins, les constructeurs européens semblent déterminés à battre des records. Volvo avec son EX90 a réussi à proposer un modèle qui pèse 400 kg de plus que le Tesla Model X. C’est quand même une différence plus que conséquente pour un modèle de même gabarit. On peut dire que le luxe et le confort ajoutent facilement une tonne au poids des véhicules ciblés, par rapport à un véhicule électrique moyen. Cela commence à faire beaucoup.

À l’heure où l’on cherche dans le véhicule électrique une certaine sobriété énergétique, ces modèles haut de gamme paraissent complètement déconnectés de la réalité. Ils restent cependant nécessaires à l’évolution des voitures électriques. L’industrie automobile fonctionne beaucoup sur le ruissellement des technologies. D’un modèle très haut de gamme, à tarif particulièrement élevé, les équipements et les évolutions technologiques se répercutent ensuite sur des modèles plus grand public. Sans ces modèles à plus de 100 000 euros, mais à volume de vente faible, l’offre ne se développerait peut-être pas aussi vite.

Il n’en reste pas moins que pour les marques premium, comme pour les constructeurs généralistes, le passage aux véhicules électriques se fait surtout au travers de véhicules à forte valeur ajoutée. Cela crée un marché automobile de plus en plus difficile d’accès au plus grand nombre.

Prix moyen des voitures électriques // Source : Jato
Prix moyen des voitures électriques. // Source : Jato

La Chine a une autre stratégie, où l’offre correspond à la demande

En observant les données collectées par Jato Dynamics, on pourrait presque jalouser le marché chinois, qui semble avoir mieux compris les enjeux de la transition vers l’électrique :

Correspondance entre offre et demande des VE // Source : Jato
Correspondance entre offre et demande des VE. // Source : Jato

On peut observer que sur le marché chinois, les acheteurs qui souhaitent des véhicules électriques abordables (à moins de 30 000 €, par exemple), peuvent trouver un véhicule correspondant. Lorsque l’on observe les courbes pour l’Europe ou les États-Unis, on se rend bien compte que l’offre se concentre notamment sur des véhicules au-dessus de 50 000 euros, alors que la demande concerne plutôt des véhicules moins chers.

En France, les chiffres des immatriculations sont d’ailleurs parfaitement à cette image. Rares sont les modèles premium, à l’exception de Tesla, qui arrivent à intégrer le TOP 10 des ventes. À l’exception de l’Allemagne et des pays nordiques, où les niveaux de vie sont supérieurs, les autres pays européens cherchent des véhicules électriques abordables pour faire leur transition. Ce qui laisse la porte ouverte à l’importation massive de véhicules chinois sur le marché européen. MG a commencé sa croissance sur ce créneau, mais le Mondial de l’Automobile a aussi révélé que certains constructeurs chinois avaient bien l’intention de s’assurer des marges confortables en Europe, plutôt que d’y casser les prix.

Toujours peu de VE abordables sur le marché // Source : Jato
Toujours peu de VE abordables sur le marché. // Source : Jato

Il est possible que cette déconnexion entre l’offre et de la demande favorise le développement des quadricycles électriques (avec ou sans permis), comme Citroën Ami, Mobilize Duo ou Microlino. Ils seront peut-être les seules alternatives disponibles pour avoir des véhicules électriques à moins de 20 000 € avant plusieurs années.

Microlino Lite au Mondial de Paris // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Microlino Lite au Mondial de Paris. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Les constructeurs chinois misent sur des volumes de production élevés et arrivent, grâce à une politique incitative, à répondre à la demande du marché avec des véhicules qui couvrent du low cost au haut de gamme. Alors que les constructeurs européens comptent sur la rentabilité des modèles proposés et préfèrent abandonner les petits véhicules, moins profitables.

La voiture électrique européenne et abordable reste pour le moment une promesse que l’on nous annonce pour 2025, mais peut-on toujours y croire ?