Équipé de la puce A13 Bionic de l’iPhone 11, l’écran Studio Display est, sur le papier, capable de proposer des choses qu’aucun autre écran ne peut faire. Malheureusement, et malgré son prix minimum de 1 749 euros, il ne tente pas vraiment de surclasser la concurrence.

Après des années d’absence, Apple est de retour sur le marché des moniteurs. La marque californienne, qui n’a plus rien lancé depuis le Thunderbolt Display en 2011 (à l’exception du Pro Display XDR en 2019, exclusivement réservé aux professionnels avec un tarif d’appel de 5 499 euros), lance le Studio Display, un écran grand public avec des caractéristiques suffisamment prestigieuses pour satisfaire les professionnels. À 1 749 euros (ou 2 209 euros pour le modèle que nous avons testé, avec un pied ajustable), le Studio Display reste toutefois un écran très haut de gamme. Il est compatible avec tous les Mac, mais n’est sans doute pas le compagnon au meilleur rapport qualité-prix pour le propriétaire d’un MacBook Air.

Le Studio Display est-il l’écran d’exception promis par Apple ? Nous l’avons testé pendant plus d’une semaine, connecté au tout nouveau Mac Studio (notre test est aussi disponible).

Une qualité d’affichage irréprochable

Commençons par le plus important : que vaut le Studio Display en tant qu’écran ? Sans surprise, Apple fait du Apple. Sa qualité d’affichage est irréprochable, tout comme ses angles de vision. Nous sommes clairement sur du haut de gamme, avec une définition 5K délicieuse pour les yeux (elle est réservée aux appareils branchés en Thunderbolt, on descend plus bas en fonction du câble et de l’appareil utilisé). La luminosité maximale du Studio Display, de 600 nits selon Apple, est aussi excellente. L’écran d’Apple est clairement parfaitement calibré pour répondre aux utilisateurs les plus exigeants.

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Le Studio Display avec le nouveau Mac Studio. // Source : Louise Audry pour Numerama

En ce qui concerne son pied, Apple fait, là aussi, du Apple. Par défaut, le Studio Display est livré avec un pied très classique qui ne permet que de l’incliner en avant et en arrière. Pour avoir le vrai pied, celui qui permet de régler la hauteur du Studio Display, il faut ajouter 460 euros supplémentaires. On remarque au passage qu’il ne faut pas se tromper à la commande, il n’est pas possible de changer soi-même le pied. Apple vous le livre déjà monté, avec un câble d’alimentation indissociable de l’écran. Une troisième option est proposée, avec un support VESA pour l’accrocher au mur ou à un support compatible.

Même si son prix de 460 euros nous désole forcément, nous ne pouvons que reconnaître que le pied d’Apple est de très grande qualité. L’ajustement est très simple (pas besoin de forcer), l’écran est parfaitement maintenu et un trou permet de faire passer les câbles pour les cacher. Apple sait ce qu’il fait, mais abuse légèrement sur les prix. On pourra aussi regretter de ne pas pouvoir tourner l’écran verticalement, comme le Pro Display XDR le permet.

Le Studio Display en bas. Le Studio Display en haut.

Seul reproche que nous pourrions faire au Studio Display : ses bordures d’écran. Beaucoup plus épaisses que celles que l’on trouve sur certains produits concurrents, comme le splendide Huawei MateView (15 mm contre 4 mm), elles ne font pas honneur au prestige de la marque californienne. Après 11 ans d’attente, les fans des moniteurs Apple étaient en droit d’espérer un design plus proche de l’iPhone 13 que de l’iPhone SE. Nous pouvons aussi regretter l’utilisation d’une dalle LCD plutôt que mini-LED, ou la limitation de son taux de rafraîchissement à 60 Hz. Mais bon, Apple doit bien laisser quelques avantages à son écran Pro Display XDR.

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Les bordures du Studio Display. // Source : Louise Audry pour Numerama

Un manque d’ambition étonnant

Ce qui a le plus retenu notre attention lors de l’annonce du Studio Display est la puce cachée sous ses entrailles. Pour la première fois, Apple met un micro-processeur dans un de ses écrans, en l’occurrence la puce A13 Bionic de l’iPhone 11.

Techniquement, le Studio Display est un appareil plus puissant qu’une Apple TV 4K (A12 Bionic) ou un HomePod mini. Grâce à sa puce, il est parfaitement capable de faire tourner un système d’exploitation comme iOS ou tvOS, de répondre à des commandes vocales, d’exécuter des vidéos ou de lancer des appels FaceTime, sans que l’on ait à connecter un appareil. Pourtant, il ne fait rien de tout ça. Vraiment rien. En mars 2022, sa puce A13 ne sert qu’à deux choses :

  • La webcam du Studio Display dispose de la fonction « Cadre centré » des iPad, ce qui lui permet de suivre vos déplacements. Quand la fonction est utilisée, c’est la puce A13 de l’écran qui vous suit, pas celle du Mac.
  • Quand un Mac est branché, le Studio Display peut détecter le mot-clé « Dis Siri » pour déclencher l’assistant vocal. Si rien n’est branché, ça ne marche pas.
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Le Studio Display de dos. // Source : Louise Audry pour Numerama

Nous sommes vraiment confus. Comment se fait-il que le Studio Display ne puisse pas accéder à Apple Music ou à Apple TV+ avec Siri, même sans Mac ? Autre chose que l’on ne comprend pas, à l’heure où Apple pousse AirPlay de partout (Apple TV, Mac, téléviseurs de Samsung, LG, Sony…), pourquoi le Studio Display n’est-il pas un récepteur AirPlay indépendant ? On aimerait pouvoir y transférer l’écran de notre iPhone ou iPad sans aucun fil, pour montrer des photos à nos amis ou streamer une vidéo sur YouTube ou un match sur myCANAL. Le Studio Display, sans doute l’écran le plus intelligent au monde, se comporte comme un écran traditionnel.

Apple peut-il encore améliorer tout ça ? Tout est possible. Apple indique que son écran peut être mis à jour lorsqu’il se connecte à un Mac, ce qui veut dire qu’il pourrait techniquement débloquer de nouvelles fonctions (peut-être en même temps qu’une future version du Pro Display XDR, qu’Apple n’aurait pas souhaité désavantager ?). En attendant, on ne peut s’empêcher de penser que le Studio Display est une occasion manquée. Apple aurait pu ringardiser tous les constructeurs d’écrans, mais a finalement décidé de proposer un produit comme les autres, au moment même où les autres (Samsung, Huawei, TCL…) lancent des moniteurs connectés. Cela ne lui ressemble pas.

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Sans Mac, le Studio Display ne sait rien faire. // Source : Louise Audry pour Numerama

Le reste est convaincant

Revenons rapidement sur la qualité de la webcam du Studio Display. Il s’agit de la même chose que sur iPad, à savoir un capteur de 12 Mpix (f/2.4) relié à un module ultra grand-angle, ce qui lui offre un champ de vision plus large que les autres Mac.

Grâce à la fonction « Centre cadré », vos correspondants ne voient jamais la vue de la webcam dans sa totalité. L’écran réalise un zoom sur vous et vous suit à chaque mouvement, pour donner l’impression que vous êtes filmé par un professionnel. C’est très cool, et on imagine que c’est au programme de tous les autres Mac de 2022 (la qualité de la webcam est satisfaisante, sans plus).

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La webcam du Studio Display est une caméra ultra grand-angle rattachée à un capteur de 12 Mpix. // Source : Louise Audry pour Numerama

Le Studio Display embarque aussi de puissants haut-parleurs, qu’Apple met fièrement en avant comme compatibles avec sa technologie audio spatial. Ici, nous sommes plus partagés. Dans la rédaction de Numerama, certains les adorent, d’autres les détestent. Les haut-parleurs manquent notamment de basse, ce qui étouffe très souvent le son. Si vous cherchez de la puissance, ils vous conviendront parfaitement. Il y a peu d’écrans sur le marché avec une aussi grosse portée. Si vous avez besoin de justesse, des haut-parleurs externes restent recommandés (comme des HomePod mini). Le miracle espéré n’est pas là.

Enfin, quid de la connectique du Studio Display ? Là aussi, nous pouvions espérer un peu mieux. L’écran dispose d’un port Thunderbolt surtout conçu pour le relier à un Mac (il délivre une puissance de 96W et recharge en même temps un MacBook) et de trois ports USB Type-C. Celles et ceux qui espéraient un port HDMI pour connecter leur PlayStation ou leur Xbox risquent d’être déçus, ce n’est pas possible. Certains adaptateurs devraient faire l’affaire, mais notre adaptateur USB-C n’a pas fonctionné.

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Les quatre ports du Studio Display. Il y a un port Thunderbolt/USB-C, trois ports USB-C. // Source : Louise Audry pour Numerama

Dernière chose : comment se comporte le Studio Display avec un ordinateur qui n’est pas un Mac ? Avec un iPad, il permet de répliquer l’écran ou de l’étendre dans les applications compatibles (mais pas toujours en 5K). Avec un PC sous Windows, la qualité est inférieure et l’on perd certaines fonctions comme « Cadre centré ». Sinon, il fonctionne convenablement.

Maintenant que vous savez tout sur le Studio Display, nous vous invitons à lire notre test du Mac Studio et de sa puce M1 Ultra. Vous verrez que le dernier ordinateur d’Apple s’avère beaucoup plus satisfaisant que son écran !

Le verdict

11 ans après le Thunderbolt Display, Apple se relance enfin sur le marché des moniteurs « grand-public ». Si à 1749 euros, le Studio Display n’est pas conçu pour tous, il est tout de même beaucoup plus abordable que le Pro Display XDR, lancé en 2019 à partir de 5499 euros. À ce prix, Apple offre ce qu’il sait faire de mieux. À savoir une splendide dalle 5K de 27 pouces, parfaitement calibrée et digne du haut de gamme (elle est semblable à celle de l’iMac 27 pouces, aujourd’hui retiré de la vente).

Cependant, on ne peut s’empêcher de penser qu’Apple aurait pu faire mieux. Avec sa puce A13 Bionic, le Studio Display est quasiment un ordinateur à lui tout seul. Pourtant, il ne sait rien faire sans Mac. Quel dommage. Si nous recommandons sans problème le Studio Display à quiconque en aurait les moyens, nous ne pouvons qu’espérer qu’Apple améliore le produit grâce à des mises à jour. Autrement, le Studio Display peinerait vraiment à justifier son prix.