Dirigé par Donatien Bozon, l’ancien responsable du YouTube Space à Paris, le Snap AR Studio est le premier de son genre. Son objectif est de former les futurs spécialistes de la réalité augmentée, sans but lucratif. Il collaborera notamment avec diverses institutions culturelles pour concevoir des démonstrations grandeur nature.

En plein milieu de Station F, l’incubateur de startups de Xavier Niel, les passants apercevront prochainement le fantôme jaune de Snap. À la fin du mois de novembre 2022, il y aura derrière ce logo le « Snap AR Studio », le premier centre dédié à la réalité augmentée au monde. Pourquoi Paris ? D’abord, parce que Evan Spiegel, le patron franco-américain de Snap, l’a promis à Emmanuel Macron lors d’un sommet en juin 2021. Aussi, car l’entreprise américaine veut faire de son centre une gigantesque expérimentation dédiée à la culture et à l’éducation, sans modèle économique pour l’instant. La ville lumière semble taillée pour cette mission, d’où ce premier essai en France.

Pour diriger ce studio d’un nouveau genre, Snap a choisi Donatien Bozon, l’ancien responsable du YouTube Space français (un espace qu’avait créé Google pour ses vidéastes). Numerama l’a rencontré le 4 novembre, afin d’en savoir plus sur le rôle de son centre de réalité augmentée.

« La réalité augmentée peut être un métier »

Snap est une des premières entreprises à avoir utilisé la réalité augmentée, même s’il est probable qu’une grande partie des utilisateurs du réseau social n’en soient pas conscients. Chaque jour, 250 millions de personnes (soit 2/3 des utilisateurs) utilisent les filtres de Snapchat, qui s’appuient justement sur la réalité augmentée. Certes, ajouter des oreilles de chien à un selfie est moins futuriste que des lunettes holographiques, mais aucune entreprise n’utilise autant la réalité augmentée sur la planète. C’est ce qui a motivé la création de l’AR Studio. Snap veut préparer les créateurs à la montée en puissance de la technologie, qui s’étendra bientôt bien au-delà des écrans de nos smartphones.

Numerama a rencontré Donatien Bozon dans les locaux du futur Snap AR Studio le 4 octobre. // Source : Numerama
Numerama a rencontré Donatien Bozon dans les locaux du futur Snap AR Studio le 4 novembre. // Source : Numerama

Le Snap AR Studio a deux missions :

  • Susciter de l’intérêt pour la réalité augmentée, en formant gratuitement des créateurs à cette technologie.
  • Concevoir des expériences, en partenariat avec des institutions culturelles, pour prouver au monde que cette technologie a un potentiel. Ces expériences sont ensuite mises à disposition de tous les utilisateurs de Snapchat.

« On est leader de la réalité augmentée depuis des années et on tient à garder cette avance »

Donatien Bozon, directeur du Snap AR Studio

Pour y parvenir, Snap a embauché 14 personnes, issues de métiers différents. Creative Strategists, producer, designer 3D, concept designer, spécialiste VFX, ingénieur, responsable qualité… La liste est longue, et n’est pas tellement différente de ce que l’on pourrait retrouver dans un studio d’animation ou de jeux vidéo. Snap collabora aussi avec des entreprises spécialisées, comme Busterwood et Atomic Digital Design, pour certains projets.

L'équipe du Snap AR Studio. // Source : Image fournie par Snap
L’équipe du Snap AR Studio. // Source : Image fournie par Snap

Un musée en réalité augmentée, du sport animé… les défis de Snap

Avant même son ouverture officielle, le Snap AR Studio a déjà commencé à produire des expériences. Parmi elles, il y a notamment eu des filtres spéciaux pour l’arc de triomphe version Christo, ou la réouverture de la Bibliothèque nationale de France à Richelieu, son projet le plus ambitieux pour l’instant. En scannant un Snap Code, on peut en quelque sorte remonter le temps et voir des images de 1900 se superposer au réel. Les équipes du Snap AR Studio ont eu accès aux archives pour créer une œuvre virtuelle réaliste. Elles devraient prochainement annoncer un nouveau partenariat important, mais n’ont rien voulu dire pour l’instant.

À la BnF, la caméra Snapchat permet de revoir le bâtiment il y a plusieurs années. // Source : Numerama
À la BnF, la caméra Snapchat permet de revoir le bâtiment dans son ancienne version. // Source : Numerama

En 2023, son objectif sera de proposer 1 projet par mois. Le domaine culturel devrait être le plus souvent mis à l’honneur, avec notamment des jeux, l’accès à des œuvres inaccessibles des visiteurs ou des filtres spéciaux (parce que Snapchat reste Snapchat). Mais, l’entreprise a beaucoup d’autres idées dans plein d’autres domaines. Parmi eux, il y a notamment le sport. Snap donne l’exemple des écrans dans les stades, qui pourraient servir à créer des expériences animées (ou l’affichage des statistiques sur le terrain, à travers la réalité augmentée). L’éducation, l’art, le divertissement… « Tout peut être augmenté », selon Donatien Bozon.

La particularité de ces partenariats est qu’ils sont gratuits, ce qui est rare dans le milieu. « L’AR, ce n’est pas juste pour vendre des chaussures et des lunettes », explique le directeur de l’AR Studio. En démarchant des institutions pour proposer des expériences d’intérêt public, Snap veut faire la promotion de la technologie et mise sur le long terme. « Nous sommes un centre de coût, pas de profit. »

À titre anecdotique, le Snap AR Studio est lui-même est une expérimentation. Avec l’application Snapchat, on pourra transformer son plafond en un arc-en-ciel géant et faire apparaître des œuvres d’art imaginaires sur les murs.

Un des travaux des équipes Snap permet aux passants de voir les différents projets de Christo en filmant l'Arc de triomphe. // Source : Snapchat
Un des travaux des équipes Snap permet aux passants de voir les différents projets de Christo en filmant l’arc de triomphe. // Source : Snapchat

Au Studio, Snap va donner des cours de réalité augmentée

La deuxième mission de l’AR Studio sera la formation, toujours gratuite, mais réservée aux personnes qui souhaitent travailler dans le secteur (elles pourront s’inscrire à des cours en ligne). L’idée est de faire réfléchir les créateurs aux interactions de demain, sur smartphone ou avec des lunettes, puisque ces concepts « n’existent pas vraiment » pour l’instant. Snap compte aussi organiser des rencontres entre les développeurs pour favoriser les recrutements, créer des vocations ou présenter à la presse et à ses partenaires certaines de ses prouesses. « Il faut que les gens se disent que la réalité augmentée, c’est plus que des filtres ! » Donatien Bozon prend notamment l’exemple de Lynx, la startup française spécialisée dans la réalité mixte, qu’avait rencontré Numerama.

Sur son site, Snap aura à sa disposition une dizaine d’exemplaires des Spectacles AR, ses lunettes expérimentales dédiées à la réalité augmentée.

« Il faut que les gens se disent que la réalité augmentée, c’est plus que des filtres ! »

Snap prépare les lunettes du futur

Parce que oui, l’objectif ultime du Snap AR Studio n’est pas de concevoir des filtres plus rigolos pour le visage. D’ici « 5 à 7 ans », l’entreprise pense que les lunettes de réalité augmentée commenceront d’émerger (d’autres marques, comme Apple ou Meta, pensent pareil). Snap veut avoir de l’avance et ne croit pas réellement aux casques de réalité virtuelle, comme le Meta Quest Pro. « Pour nous, la VR enferme l’utilisateur. » Sa vision est plus patiente et utilise le smartphone comme objet de transition, avant l’explosion du vrai support pour lequel l’AR est conçue.

Snapchat fournit déjà aux créateurs intéressés son prototype de lunettes AR. // Source : Snap
Snapchat fournit déjà aux créateurs intéressés son prototype de lunettes. : les Spectacles AR. // Source : Snap

« La réalité augmentée aura tout changé dans 10 ans, c’est bien d’être là au début. » Le Snap AR Studio peut-il donner envie aux utilisateurs français de Snapchat d’expérimenter de nouvelles choses ? Les chiffres des premières expériences dépasseraient les attentes de l’entreprise. Effectivement, un très grand nombre de visiteurs se serait pris au jeu en scannant le Snap Code pour essayer la réalité augmentée.