La clé du voyage dans l’espace ? Ce sont les fusées à propulsion nucléaire. Telle était la position que tenait Jared Isaacman au printemps 2025, lors d’une audition au Sénat des États-Unis. Un an plus tard, cette vision se concrétise. L’intéressé, qui est devenu entretemps l’administrateur de la NASA, a dévoilé le projet Space Reactor‑1 Freedom.
« Avec le Space Reactor-1 Freedom, nous faisons enfin sortir la propulsion nucléaire des laboratoires pour l’envoyer vers l’espace lointain », a lancé Jared Isaacman le 24 mars 2026. Concrètement, il s’agit de lancer d’ici à la fin 2028 un tout premier vaisseau spatial interplanétaire à propulsion nucléaire en direction de la planète Mars.

Objectif central du projet SR-1 Freedom ? Prouver que l’option du nucléaire est bien plus intéressante que la propulsion chimique classique pour des longues traversées dans le Système solaire, mais également une meilleure option que l’énergie solaire, dont la pertinence décroît dès que l’on s’éloigne du Soleil — au-delà de Jupiter, les panneaux ne sont plus efficaces selon la NASA.
Une fois à proximité de la planète rouge, il est prévu le déploiement d’une petite charge utile à la surface : un hélicoptère du même type que le modèle déjà présent sur place (mission Ingenuity). Son nom ? Skyfall. Son rôle ? Succéder à Ingenuity, trop endommagé, dans l’exploration des environs et la perspective de transporter des échantillons.
Par ailleurs, estime l’agence spatiale américaine, le projet SR-1 Freedom sera aussi une bonne occasion de passer de la théorie à la pratique : créer le matériel nucléaire adéquat, explorer son intégration dans une telle mission, animer le tissu industriel pour produire tout le matériel nécessaire et établir toute la règlementation nucléaire adéquate.
Aller plus vite dans l’espace
En la matière, le projet SR-1 Freedom ne va pas partir d’une feuille blanche. Il s’avère que la NASA a tout un historique sur la propulsion nucléaire, sur plusieurs décennies. En somme, le nouvel administrateur n’avait qu’à sortir des cartons certains de ces programmes expérimentaux qui étaient plus ou moins en sommeil.
Si la NASA note les avantages du nucléaire pour déplacer de la masse, il y a aussi celui de la vitesse. Cette approche doit permettre d’aller plus vite et, donc, de réduire la durée du trajet. Et ça compte quand on imagine envoyer des humains sur Mars, en raison de la distance importante et fluctuante de la planète. Elle est éloignée de 55 à 400 millions de km de la Terre.

Les estimations évoquent un temps de transport ramené à trois ou quatre mois, au lieu de six à neuf avec la propulsion chimique. On voit même des calculs encore plus optimistes qui disent que le voyage pourrait durer à peine 45 jours. À titre de comparaison, un séjour standard dans la Station spatiale internationale (ISS) dure six mois.
Comme le disait la NASA en 2019, le nucléaire est une option « intéressante pour la propulsion dans l’espace pour les missions d’exploration vers Mars et au-delà ». Il offre « une densité d’énergie pratiquement illimitée et une impulsion spécifique deux fois plus élevée que celle des systèmes chimiques traditionnels les plus performants. »
En allant plus vite, on résout par ailleurs partiellement deux problématiques :
D’abord, le voyage devient bien plus supportable. Cela diminue le risque de voir un astronaute perdre pied mentalement à cause du vertige occasionné par une mission qui peut être effrayante. Ensuite, l’exposition aux radiations cosmiques est moindre, car on reste moins longtemps en transit (même si le vaisseau sera aménagé pour protéger l’équipage).
Un réacteur nucléaire classique, plutôt que des détonations nucléaires
Deux voies peuvent être explorées pour bâtir un véhicule nucléaire : il peut se baser sur la propulsion nucléaire thermique ou bien opter pour la propulsion nucléaire pulsée.
Dans le premier scénario, on se sert d’un réacteur miniature qui chauffe le fluide propulsif (liquide ou gazeux) à de très hautes températures pour qu’il soit éjecté bien plus vite de la tuyère. Le résultat ? Une poussée bien plus élevée qu’une motorisation standard. Cette piste a notamment été étudiée à travers le programme NERVA, exploré jusque dans les années 1970.

Dans le second, on déclenche des petites explosions atomiques, en dehors du véhicule. L’onde de choc touche alors une plaque (qui protège aussi le véhicule), dont l’énergie est traduite en mouvement. Ici, c’est le programme Orion qui a permis de creuser cette piste, jusqu’au début des années 1960, avant d’être délaissé.
Il est à noter que d’autres recherches (Rover, Longshot, Prometheus) ont aussi existé, avec des calendriers et des objectifs variés, mais aucun n’a fini par passer le cap de l’exploitation opérationnelle dans le cadre de vraies missions. Dernièrement, il y a eu le projet DRACO, un prototype de fusée nucléaire attendu en 2025, puis 2027.
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