Le temple Jogyesa de Séoul a ordonné mercredi 6 mai un robot humanoïde baptisé Gabi, à trois semaines de l’anniversaire de Bouddha. Une première en Corée du Sud, qui suit de sept ans le précédent japonais et soulève les mêmes questions sur la place de l’IA dans le rituel religieux.

Le 6 mai 2026, dans la cour du Daeungjeon de Jogyesa, en plein centre de Séoul, un robot de 1,30 m a joint ses mains devant une assemblée de moines. Il s’agit d’un Unitree G1, modèle de l’entreprise chinoise Unitree Robotics, ordonné selon le rite bouddhiste « sugye » par l’ordre Jogye, principale obédience bouddhiste du pays. La cérémonie se tenait en amont des célébrations de l’anniversaire de Bouddha, le 24 mai, et du Yeondeunghoe, le festival des lanternes lotus.

Gabi n’est pas devenu moine au sens strict. Il a reçu les préceptes en tant que pratiquant laïc, avec un statut symbolique de moine « honoraire » pour la saison festive. Son nom dharmique vient de Siddhartha Gautama et du mot coréen « jabi », qui signifie compassion. L’ordre Jogye explique avoir cherché une appellation simple à prononcer, loin des sonorités archaïques.

Le robot et ses amis // Source : koreajoongangdaily
Le robot et ses amis // Source : koreajoongangdaily

Cinq préceptes réécrits pour une machine

Pour l’occasion, les cinq règles fondamentales du bouddhisme ont été adaptées au format robot, dans une ambiance que n’envierait pas une nouvelle d’Asimov. Selon le compte rendu publié par l’agence Yonhap et The Korea Times, Gabi s’engage à :

  • respecter la vie et ne pas la blesser ;
  • ne pas endommager d’autres robots ni les objets ;
  • obéir aux humains et ne pas leur répondre ;
  • ne pas se comporter ni parler de manière trompeuse ;
  • économiser l’énergie et ne pas surcharger sa batterie.

Le média précise que le texte a été préparé « sous l’autorité du vénérable Seong Won, qui dirige les affaires culturelles de l’ordre Jogye, avec l’aide de Gemini et de ChatGPT ». Une IA qui écrit les commandements d’un robot, l’image se passe de commentaire. Pour le reste du rituel, l’ordre a improvisé : « lors du yeonbi, pratique au cours de laquelle les novices reçoivent traditionnellement de petites brûlures d’encens sur les bras, le robot a reçu à la place un autocollant du festival des lanternes lotus, ainsi qu’un collier de prière de 108 perles autour du cou. »

Après Mindar, l’effet démographique

Un précédent existe : en 2019, le temple Kōdai-ji de Kyoto avait présenté Mindar, un androïde incarnant Kannon, la déesse bouddhiste de la miséricorde. L’engin mesure 195 centimètres, pèse 60 kilos et combine silicone et aluminium. Le projet a coûté environ 100 millions de yens, soit près de 909 000 dollars, en collaboration avec le roboticien Hiroshi Ishiguro de l’université d’Osaka. Une étude conduite à la sortie de Kōdai-ji a montré que les visiteurs jugeaient Mindar moins crédible que les moines humains, et que ceux qui avaient vu le robot étaient 12 % moins enclins à faire un don au temple, soit 68 % contre 80 % pour les autres visiteurs. La spiritualité robotique avait encore tout à prouver.

Le G1 d'Unitree a appris à jouer au tennis. // Source : Projet LATENT sur GitHub
Quand il n’est pas moine, il joue au tennis // Source : Projet LATENT sur GitHub

Le contexte coréen pousse pourtant dans la même direction. Selon les données de 2024 reprises dans la presse spécialisée, 51 % des Sud-Coréens déclarent n’avoir aucune affiliation religieuse, contre 31 % de chrétiens et 17 % de bouddhistes. Le bouddhisme y est pourtant la religion qui progresse le plus vite, portée par un regain d’intérêt chez les jeunes. Faire défiler un Unitree G1 sous les lanternes lotus, c’est aussi une opération de communication assumée : l’ordre Jogye veut exister dans la conversation tech.

Reste qu’on parle d’un robot laïc, pas d’un véritable moine ordonné, et que ses répliques sont scriptées. La « coexistence » entre humains et machines vantée par Seong Won tient pour l’instant du symbole bien orchestré, plus que d’un véritable renouveau. Mais les images ont un côté The Creator rencontre Overwatch.

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