L’Europe spatiale va lancer l’une de ses missions les plus importantes de son histoire : une sonde va partir en direction de Jupiter. Mais, ce sera une très longue odyssée

Ce doit être l’ultime décollage de la fusée Ariane 5. Et, quel vol ! Le vénérable lanceur, qui doit ensuite céder sa place à Ariane 6, doit donner le top départ à JUICE (JUpiter ICy moons Explorer), une mission spatiale à destination de la plus grosse planète du système solaire : la gazeuse Jupiter. Assurément, le départ de JUICE est l’un des grands évènements dans la conquête spatiale de 2023.

C’est aussi un moment historique pour l’Agence spatiale européenne (ESA), car c’est la toute première fois qu’une sonde européenne va explorer une planète au-delà de Mars, dans la partie extérieure du système solaire. Par le passé, il y a déjà eu la mission Cassini-Huygens, mais c’était une coopération avec la Nasa (le transport jusqu’à Saturne était assuré par les Américains).

Cassini-Huygens survolant Encelade, vue d'artiste. // Source : Flickr/CC/Kevin Gill
Cassini-Huygens survolant Encelade, vue d’artiste. // Source : Kevin Gill

Mais, comme son nom l’indique, cette mission ne vise pas directement Jupiter : ce sont ses lunes glacées qui intéressent l’ESA — en l’espèce, Ganymède, Europe et Callisto. Elle a été retenue en 2012 comme grande mission spatiale européenne, devant deux projets rivaux : NGO (un observatoire des ondes gravitationnelles) et ATHENA (un télescope pour l’astrophysique à haute énergie).

C’est un long périple qui attend JUICE : voilà les principales dates à retenir.

Février 2023

Arrivée de la sonde spatiale en Guyane française. C’est depuis le centre spatial guyanais, en Amérique du Sud, que la sonde sera envoyée dans l’espace. Fabriqué par Airbus Defence and Space, l’engin sera transporté par avion depuis la métropole — elle a passé les derniers mois à Toulouse pour d’ultimes essais et réglages avant son départ sans retour.

Février-mars 2023

Les préparatifs pour le décollage s’engagent avec la mise en place de la fusée Ariane 5. Concernant l’installation de la sonde dans la coiffe du lanceur, elle surviendra quelques jours avant. Le chargement des réservoirs, lui, n’interviendra qu’au tout dernier moment. L’ESA conduira un exercice de simulation de lancement au Centre des opérations spatiales, en Allemagne.

Ariane 5 ELA-3
Le pas de tir d’Ariane 5. // Source : ESA/Stephane Corvaja

Avril 2023

C’est le mois décisif pour la mission JUICE. La fenêtre de tir s’étale du 5 au 30 avril. Une semaine avant le tir, JUICE est installée dans Ariane 5. Un jour avant, la fusée est placée sur son pas de tir. Le largage de la sonde doit survenir 28 minutes après le décollage, l’acquisition du signal à 33 minutes et le déploiement des panneaux solaires à 50 minutes.

Août 2024

Première assistance gravitationnelle au niveau de la Terre. La sonde ne va pas filer en ligne droite vers Jupiter au début : elle va au contraire rester plusieurs années dans le système solaire intérieur avant d’entamer vraiment son voyage vers Jupiter. Ces « flybys » utilisent la gravité des planètes pour propulser la sonde comme on lance une pierre avec une fronde, en la faisant tournoyer.

Août 2025

Deuxième assistance gravitationnelle, cette fois au niveau de Vénus. La sonde va utiliser la gravité de cette planète, bien qu’elle soit plus éloignée de Jupiter que la Terre — ce qui peut sembler paradoxal, puisqu’elle revient vers l’intérieur du système solaire.

Vénus. // Source : Wikimedia/CC/Pablo Carlos Budassi (image recadrée et modifiée)
JUICE passe non loin de Vénus, mais aucun arrêt n’est prévu. // Source : Pablo Carlos Budassi

Septembre 2026

Retour de JUICE dans les environs de la Terre pour une troisième assistance.

Janvier 2029

Quatrième et dernière assistance gravitationnelle, toujours au niveau de la Terre. Il faut imaginer que JUICE ne restera pas à proximité de la planète bleue pendant tout ce temps. Elle effectuera en fait de grandes boucles dans l’espace — sa trajectoire ressemblera à une sorte d’ellipse, avec la Terre se trouvant en quelque sorte en bordure — idem pour les autres « flybys », d’ailleurs.

Juillet 2031

Arrivée de la sonde JUICE dans le système jovien — c’est-à-dire la région où règne Jupiter. C’est à cette occasion que l’assistance gravitationnelle va servir cette fois à décélérer l’engin, en profitant justement des lunes qu’il devra observer plus tard. Un survol de Ganymède est notamment prévu à cette occasion. JUICE utilisera aussi sa propulsion pour ralentir.

Hubble Europe Jupiter
Jupiter, dans toute son immensité. Et juste à côté, à gauche, la lune Europe. // Source : NASA, ESA, A. Simon, M. H. Wong & the OPAL team

Juillet 2031 – novembre 2034

C’est la phase scientifique à proprement parler qui doit s’ouvrir, avec plusieurs survols des lunes de Jupiter — Europe, Callisto et Ganymède. Chacune d’entre elles a sa particularité. L’ESA table sur un total de 35 survols. C’est aussi l’occasion d’étudier le système jovien, rare référence d’une géante gazeuse qui est visitable par l’humanité, avec une sonde.

  • Callisto : lune qui posséderait un vaste océan souterrain composé d’eau salée, à 100 km de profondeur. Cet environnement serait propice à l’apparition de la vie.
  • Europe : semblable à Callisto, avec en plus des panaches de vapeur d’eau comme des geysers. L’éjection de cette eau à la surface permettrait de l’échantillonner un jour avec une mission dédiée.
  • Ganymède : la lune a un océan souterrain. Mais, c’est surtout le fait que cette lune est la seule à avoir son propre champ magnétique dans le système solaire qui la rend si intéressante.
JUICE survolant Europe, vue d'artiste. // Source : Capture d'écran YouTube ESA
JUICE survolant Europe, vue d’artiste. // Source : Capture d’écran YouTube ESA

Décembre 2034 – septembre 2035

Arrivée de la sonde JUICE en orbite autour de Ganymède, qui doit être le point final de la mission. Celle-ci doit s’étaler pendant un peu moins d’un an. Il n’est toutefois pas impossible que l’ESA prolonge la mission principale en fonction de l’état de la sonde. Mais, même sans cette prolongation, la mission initiale, si elle va au bout, sera un succès considérable pour l’Europe.


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