Épisode 100 % inédit, Légendes : Pokémon Arceus tente de faire entrer la saga phare dans une nouvelle dimension. Les bases pour le futur sont là, mais certaines redites empêchent de créer une rupture totale.

Je n’aimerais pas connaître le nombre d’heures que j’ai passées sur Pokémon Rouge, Bleu et Jaune. Quand cette première génération est sortie (en 1999), j’avais un peu plus de dix ans et ma Game Boy me suivait absolument partout. Je me souviens encore de ces pauses au collège, consacrées à entraîner Pikachu plutôt qu’à m’amuser avec mes camarades de classe. Pokémon a fait partie de mon enfance et de mon adolescence — oui, je connais le générique du dessin animé original sur le bout des doigts. Mais, paradoxalement, mon histoire d’amour avec la saga s’est vite arrêtée.

Je me suis cependant désintéressé de la suite et n’ai quasiment pas joué aux épisodes Pokémon d’après (je n’ai même jamais lancé Pokémon Go). Ce désintérêt est sans nul doute lié au fait que la franchise préfère rester sur ses acquis — ce qui ne l’empêche pas de se vendre à des millions d’exemplaires. Puis Pokémon Company a officialisé Légendes : Pokémon Arceus, l’opus censé incarner le renouveau. Soit un jeu Pokémon basé sur des nouveautés marquantes. Et suffisantes pour s’y remettre ?

Légendes Pokémon : Arceus
À nous les balades ? Wait… // Source : Nintendo

Qu’est-ce qu’un Pokémon ?

Une seule version

Contrairement aux autres jeux Pokémon, Légendes : Pokémon Arceus n’est disponible qu’en une seule version. Une nouvelle stratégie commerciale ?

Qu’est-ce qu’un Pokémon ? C’est un peu la question qui vampirise l’ensemble de l’aventure Légendes : Pokémon Arceus. Pour repartir sur des bases inédites, les développeurs misent sur un prologue, articulé autour d’une bande de chercheurs un peu naïfs. Ils sont chargés de mettre au point le tout premier Pokédex, à une époque où Pokémon et humains n’ont pas encore vraiment tissé de liens. Dès lors, tout est un peu rudimentaire — y compris les Poké Balls, qu’on peut fabriquer soi-même –, jusqu’à la connaissance des créatures en elles-mêmes. C’est un changement de paradigme pour la saga : le but n’est plus devenir le meilleur dans des combats, ici, l’objectif est d’abord scientifique.

Légendes : Pokémon Arceus essaie de proposer autre chose

Pour autant, malgré la révolution qui se lit dans l’approche, Légendes : Pokémon Arceus retombe vite dans un schéma plus classique. Si Game Freak s’efforce de varier les plaisir, le cheminement global est préservé. On remarque vite qu’il faudra toujours passer par des arènes pour récolter des ersatz de badges au terme d’affrontements dantesques (les champions d’autrefois étant simplement remplacés par des Pokémon qu’il faut apaiser en raison d’un phénomène mystérieux).

Légendes : Pokémon Arceus essaie de proposer autre chose, mais certaines redites l’empêchent de créer une rupture totale avec ses prédécesseurs. L’équipe derrière ce nouveau jeu a sans doute été très attentive à ne pas froisser les fans de la première heure. Au moins Légendes : Pokémon Arceus consolide une structure un peu rafraîchie pour la suite, puisqu’on n’imagine plus Pokémon revenir en arrière.

Légendes Pokémon : Arceus
LE PREMIER POKÉDEX DE L’HISTOIRE // Source : Capture Switch

Un vrai faux monde ouvert

Pokémon Épée et Bouclier devait incarner l’ancrage de la licence au sein du genre en monde ouvert — une tâche qui s’est révélée trop ardue pour ses épaules, malgré l’arrivée sur une console plus puissante (la Nintendo Switch). Hélas, Légendes : Pokémon Arceus ne s’y épanouit pas beaucoup plus, la faute à un découpage en zones reliées par un hub vers lequel on revient souvent. On rêvait d’immenses étendues à parcourir sans jamais s’ennuyer — à la Legend of Zelda: Breath of the Wild –, il faudra se contenter de petites régions assez vides et jamais aidées par une partie visuelle décevante.

Techniquement et en termes de direction artistique (plus de réalisme), Légendes : Pokémon Arceus tient la route. Le jeu est cependant un peu chiche sur certains points. Le souffle de l’épopée se noie dans des décors trop génériques pour s’émerveiller. Hormis les quelques Pokémon sauvages qui viennent apporter un semblant de vie, tout est un peu fade dans Légendes : Pokémon Arceus. Heureusement qu’on a l’occasion de se balader sur des montures majestueuses, sachant qu’on peut en changer à l’envi en plein mouvement. Une bonne idée qui mérite d’être conservée.

Légendes : Pokémon Arceus assume par ailleurs un peu plus son statut de RPG, dans la mesure où les quêtes principales s’entremêlent avec des objectifs secondaires qu’on peut terminer quand on le souhaite. Tout est prétexte à l’exploration de l’île Hisui. Et il y a matière à empiler les heures, au-delà du remplissage du Pokédex qui réunit des Pokémon plus ou moins connus (on ne vous dira pas s’il y a Pikachu ou… Moumouton, notre chouchou).

Légendes Pokémon : Arceus
Le héros explose de joie quand il passe au niveau supérieur // Source : Capture Switch

Un gameplay plus dynamique, mais une progression frustrante

Une chose est sûre : Game Freak a cherché à rendre le gameplay plus dynamique. Le processus de capture a été significativement amélioré. Il n’est plus nécessaire de combattre un Pokémon sauvage pour lui envoyer une Poké Ball. À tel point que, parfois, Légendes : Pokémon Arceus a des allures de jeu d’infiltration. Où il est nécessaire de se dissimuler dans des hautes herbes pour surprendre une créature qui n’a pas encore été alertée de votre présence, éventuellement en faisant appel à un appât. Rassurez-vous, la visée est simple comme bonjour, d’autant qu’on peut cibler pour ne pas lancer sa Poké Ball dans le vide.

Vous n’arrivez pas à attraper un Pokémon sauvage ? Un combat pourra alors se déclencher… en temps réel ! Vous aurez alors tout le loisir de diriger votre personnage sur le champ de bataille, tout en donnant des ordres aux membres de votre équipe. Le gain en immersion est indéniable et sert un gameplay plus réaliste, au rythme moins haché. Revers de la médaille : les Pokémon que vous croisez peuvent vous attaquer directement, en particulier les plus énervés d’entre eux (ils sont symbolisés par des yeux rouges et une taille plus imposante). Heureusement qu’il est assez aisé de prendre la fuite.

Légendes Pokémon : Arceus
Nouvelle mise en scène pour les combats // Source : Nintendo

En revanche, la progression demeure assez frustrante. D’un côté, il est toujours primordial de faire évoluer ses Pokémon dans le but de créer une team capable de répondre à toutes les situations (lire : bien gérer les différents types, qui ont leurs forces et leurs faiblesses). De l’autre, il faut agrémenter le Pokédex pour devenir un chercheur de plus en plus expert. Sur ce point, Légendes : Pokémon Arceus repose sur l’accumulation de tâches basiques (exemple : attraper x fois le même Pokémon) qui plairont aux collectionneurs mais forcent à enchaîner les séquences répétitives. Car, hélas, votre rang permet de débloquer des nouveaux chapitres de l’histoire — ce qui implique des coupures dans le bon déroulé de l’aventure.

On déplore en outre que Légendes : Pokémon Arceus prépare assez mal aux combats, ce qui parait logique au regard du postulat de départ (on ne doit pas devenir un champion). Il n’empêche, un jeu Pokémon reste un jeu Pokémon dans le sens action du terme. À trop s’axer sur la capture pure et dure, Légendes : Pokémon Arceus plonge parfois la joueuse ou le joueur dans des batailles difficiles à remporter. Ce défaut occasionne des pics de difficulté indésirables, au sein d’une expérience globalement paisible et pleine de bons sentiments.

Le verdict

Légendes Pokémon : Arceus // Source : Nintendo
7/10

Légendes Pokémon : Arceus

Légendes Pokémon : Arceus entend amorcer une révolution pour la saga phare, exclusive aux consoles de Nintendo. Malgré un réel changement de paradigme (on ne cherche plus à devenir le meilleur dresseur, mais le meilleur chercheur), il faut reconnaître que la formule demeure un peu trop similaire. On comprend vite que l’idée ne sera jamais de bousculer les fans de la première heure.
Armé d’un gameplay bien plus dynamique, voire réaliste, Légendes Pokémon : Arceus manque malgré tout de ce souffle épique propre aux expériences en monde ouvert. Certainement parce qu’il n’en est pas vraiment un, en raison d’un manque d’ambition sur la structure. Les développeurs n’ont pas voulu pousser la Nintendo Switch dans ses retranchements et on se retrouve alors plongé dans des environnements vides, à peine peuplés par des créatures plus ou moins mignonnes à capturer. Bref, la force de l’habitude.