La cérémonie des Game Awards a lieu cette semaine : elle couronnera le jeu de l'année 2020. Notre choix se porte sur Hades, petite pépite addictive disponible sur PC et Switch.

Jeudi 10 décembre, on connaîtra le lauréat des The Game Awards, édition 2020. Cette cérémonie est l’équivalent des Oscars pour les jeux vidéo, une vaste fête qui récompense les productions ayant marqué les esprits ces derniers mois. Cette année, un favori se dégage : The Last of Us Part II, parce qu’il n’a pas déçu malgré les attentes placées en lui. La logique voudrait qu’il triomphe d’Animal Crossing : New HorizonsDoom EternalFinal Fantasy 7 RemakeGhost of Tsushima et Hades pour succéder à Sekiro : Shadows Die Twice.

The Last of Us Part II n’aurait rien d’un roi illégitime, puisque personne ne s’étonnerait de son sacre. Il viendrait clôturer le chapitre PS4, marqué par l’accumulation de jeux exclusifs de poids. En 2018, God of War, autre jeu PlayStation, avait battu Red Dead Redemption 2, à qui toutes les louanges étaient adressées. Une preuve qu’il n’y a pas besoin de sortir sur un maximum de plateformes pour être élu. Une preuve, aussi, qu’il ne suffit pas toujours d’être le favori pour obtenir la récompense la plus prestigieuse. Voilà pourquoi on entrevoit une petite ouverture pour Hades, le chouchou dont les qualités méritent d’être saluées par l’obtention d’une statuette.

Hades // Source : Supergiant Games

Hades mérite d’être GOTY

Dix nominations pour The Last of Us Part II, huit pour Hades : voir la petite production indépendante titiller le blockbuster édité par Sony est déjà une victoire en soi pour le studio Supergiant Games. Les précédents jeux des développeurs — Bastion, Transistor et Pyre — n’étaient pas passés inaperçus, mais auprès d’un public plus restreint. Avec Hades, ils pourraient franchir un cap supplémentaire, celui de la consécration aux yeux de tous — une récompense méritée qui leur permettrait, sans doute, de revoir leurs ambitions à la hausse.

Bien sûr, recevoir un prix n’est pas une fin en soi, et les perdants d’une cérémonie ne deviennent pas instantanément des échecs. Hades pourrait néanmoins devenir le premier jeu indépendant à être élu dans la catégorie reine, sachant qu’il est le favori de sa propre division (le meilleur jeu indépendant, donc).

Le palmarès des The Game Awards :

  • 2014 : Dragon Age Inquisition
  • 2015 : The Witcher 3 : Wild Hunt
  • 2016 : Overwatch
  • 2017 : The Legend of Zelda : Breath of the Wild
  • 2018 : God of War
  • 2019 : Sekiro : Shadows Die Twice
  • 2020 : ?

Il y a aussi un enjeu important en termes d’exposition. Si Hades s’est écoulé à un million d’exemplaires (dont 700 000 en accès anticipé), les ventes pourraient nettement augmenter en cas de victoire. Une aide dont n’a pas besoin The Last of Us Part II, qui s’est écoulé à quatre millions d’exemplaires en quelques jours. La carrière commerciale du chef-d’œuvre narratif de Naughty Dog était déjà toute tracée, alors que rien n’était gagné d’avance pour Hades. 

Supergiant Games

Hades est notre GOTY

Hades est le projet le plus ambitieux de Supergiant Games, qui a d’abord proposé son jeu en accès anticipé pour intégrer le retour des joueurs et aboutir au résultat que l’on connaît aujourd’hui sur Switch et PC. Pour l’anecdote, il a accompagné le lancement de la plateforme Epic Games Store en décembre 2018. Après un peu moins de deux ans en early acces, Hades est passé en version 1.0 au mois de septembre. Des portages sur les consoles PlayStation et Xbox ne sont pas à exclure.

Il serait bien entendu réducteur de privilégier Hades à The Last of Us Part II simplement parce qu’il s’agit d’un face-à-face entre David et Goliath. Hades a suffisamment d’arguments vidéoludiques en réserve pour ne pas voler un statut de GOTY (Game Of The Year). Artistiquement, déjà, le titre de Supergiant Games est magnifique. Le mélange entre 2D et 3D, que le studio maîtrise à la perfection, est d’une générosité débordante. Hades est un bijou visuel qui offre une relecture bariolée de la mythologie grecque. Où les Dieux et Déesses seraient tous des gravures de mode dont le physique avantageux ne pardonne pas les comportements et autres mœurs douteuse. En prime, Hades est une expérience qui a beaucoup plus à raconter qu’on pourrait le croire. Chaque phrase, chaque mot a été intelligemment choisi dans un but précis : renforcer un univers bien construit, articulé autour de la fuite du fils d’Hades. On s’attache d’abord à Hades parce qu’on a envie d’en savoir davantage sur les motivations du casting (n’oubliez pas de caresser Cerbère, le toutou, certes effrayant, des Enfers).

Au-delà de sa narration maîtrisée et de sa direction artistique de haute volée, Hades est un jeu vidéo au gameplay grisant et accrocheur. Le but est simple : traverser des arènes aléatoires pour échapper à son paternel, non sans occire quelques sbires au passage. Le challenge est de taille et il faut accepter de mourir — beaucoup — pour triompher. On pourrait penser qu’Hades repose sur des mécaniques décourageantes qui récompenseraient les joueurs les plus doués. En réalité, chaque vaine tentative permet d’apprendre et de faire ce petit pas supplémentaire vers la victoire finale. La courbe de progression est immense, tout comme les possibilités d’affiner son style de jeu. Pour cela, on peut compter sur le soutien des Dieux, présents pour nous accorder quelques pouvoirs plus ou moins puissants. La clef de la réussite passe par une association astucieuse des bénédictions et la maîtrise de l’arme choisie au début de chaque parcours (on en débloque au fur et à mesure).

Les premières heures peuvent ressembler à un chemin de croix, mais il y a ce on-ne-sait-quoi qui pousse à tenter sa chance jusqu’à triompher. C’est ce qui rend Hades si addictif, nourri par l’envie de se dépasser sans tomber dans la frustration. C’est d’autant plus vrai que Supergiant Games a pensé la narration pour permettre aux joueurs et joueuses de prendre le temps de se balader dans le hub. En plus d’y faire une pause bien méritée, ils auront la possibilité de percer le secret des personnages croisés. Le studio ne voulait pas que Hades soit un jeu simplement hardcore, plutôt une vraie aventure remplie de sous-intrigues bien écrites. On y revient toujours avec plaisir, sans se rendre compte que les heures défilent.

Hades ne sera peut-être pas le jeu de l’année selon les The Game Awards 2020. Mais il le sera assurément dans le cœur de nombreux joueurs et joueuses ayant succombé à son appel. Qu’importe le résultat, on vous le conseille les yeux fermés.

Crédit photo de la une : Supergiant Games

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