Dernière grosse exclusivité à paraître sur PS4, Ghost of Tsushima laisse un goût amer en bouche. Comme Days Gone avant lui, il prouve que Sony peut connaître des faux pas dans son catalogue d'exclusivités.

Sony avait choisi la Paris Games Week pour officialiser Ghost of Tsushima, ultime exclusivité de poids à paraître sur PS4 avant de passer à l’ère PS5. Aux manettes, on retrouve Sucker Punch Productions, studio talentueux à qui l’on doit les jeux Sly et inFamous. Il a avait d’ailleurs offert à la PS4 une première production maison marquante, à savoir inFamous : Second Son (sorti en mars 2014). Compte tenu du passif du développeur, on attendait ce Ghost of Tsushima avec impatience.

Bizarrement, Sony aura longtemps été silencieux avec Ghost of Tsushima, très peu évoqué jusqu’à bénéficier d’une vidéo State of Play de plusieurs minutes avant son lancement calé au 17 juillet. La présentation avait rassuré sur les ambitions du titre, qui prend la forme d’un dérivé d’Assassin’s Creed se déroulant dans un Japon féodal. Soit un énième jeu d’action/aventure qui mise sur son ambiance pour faire la différence. Alors qu’on s’attendait à vivre un ultime frisson sur PS4, Ghost of Tsushima s’apparente à un coup de sabre dans l’eau — et pas seulement parce qu’il sort après The Last of Us Part II.

Un héros sans charisme

L’histoire de Ghost of Tsushima commence par une entrée en matière maladroite car trop vite expédiée : voilà le joueur balancé en pleine bataille, alors que l’armée mongole envahit les îles de Tsushima, non sans éradiquer les samouraïs censés protéger leurs terres. Dans ce contexte de défaite, Jin Sakai est l’un des rares survivants et représente l’ultime espoir de son peuple. Devenu un ronin par la force des choses, un samourai sans seigneur à servir, il ne va pas hésiter à épouser des préceptes qui lui sont interdits pour défier les Mongols et libérer le seigneur Shimura — son oncle capturé par Khotun Khan (antagoniste fictif).

Inspiré de faits historiques et des films d’Akira Kurosawa, Ghost of Tsushima ne laisse pas un souvenir impérissable malgré une intrigue prometteuse. Pour expliquer cette déception, on peut autant pointer du doigt la narration quelconque, qui mise sur des dialogues à rallonge soporifiques, que le charisme inexistant du héros. Avec ses airs de loser ayant tendance à subir les événements, Jin Sakai ne donne pas envie d’être suivi dans sa révolte. Un paradoxe quand on sait qu’il doit réunir des alliés pour triompher. Il ne reste que son ambivalence pour donner un peu de corps au récit, Jin étant sans cesse tiraillé entre son ex-statut de samouraï et les nouvelles méthodes qu’il doit employer pour parvenir à ses fins.

Ghost of Tsushima ne laisse pas un souvenir impérissable

Après 15/20 heures passées à arpenter les nombreux décors servis par Tsushima, on ne saurait dire si Ghost of Tsushima est beau… ou non. La réalisation ne cesse de souffler le chaud et le froid : d’une séquence à l’autre, on peut déplorer une modélisation médiocre (les visages par exemple) ou s’extasier devant la direction artistique somptueuse (merci l’ambiance nippone et le HDR). Heureusement qu’il y a un côté poétique qui sauve la mise et donne envie de se balader au milieu des feuilles d’érable, en quête d’un petit renard qui nous montrera un endroit caché. Sinon, on navigue constamment entre l’effet waouh et le sentiment que la PS4 (Pro) méritait mieux avant de tirer sa révérence.

La bande-son composée par Sucker Punch renforce l’emphase sur cette balade reposante, quand on ne passe pas son temps à décimer les rangs mongols dans des gerbes de sang. Sur ce point, le studio a parfaitement su s’imprégner de ce que l’on connaît du folklore nippon. Pour donner vie aux décors, il n’y a rien de mieux que des morceaux apaisants, qui cèdent parfois leur place aux bruits du vent agitant les hautes herbes. À noter que Ghost of Tsushima dispose d’un mode d’affichage Kurosawa. Une fois enclenché, il offre un rendu en noir & blanc très granuleux. Les amateurs de la filmographie du cinéaste, à qui l’on doit notamment Les Sept Samouraïs, apprécieront ce bel hommage. Après, il faut aimer sacrifier les couleurs et la propreté au profit d’un peu plus de cachet.

Ghost of Tsushima // Source : Sony

Au diable cette caméra

Ghost of Tsushima prend donc la forme d’une expérience inspirée d’Assassin’s Creed, c’est-à-dire un jeu d’action/aventure se déroulant dans un monde ouvert. Le joueur dispose d’une liberté totale dans sa manière de prendre part aux différentes quêtes proposées du début à la fin. On peut déjà mettre en avant cette manière très naturelle de découvrir de nouveaux objectifs, en étant attentif aux environnements et/ou en discutant avec certaines personnages croisés. On pourrait carrément croire que Sucker Punch s’est inspiré de The Legend of Zelda : Breath of the Wild tant l’exploration apparaît moins générique qu’ailleurs, malgré la répétition de certaines tâches annexes. Parfois, vous découvrirez un point d’intérêt en vous dirigeant vers de la fumée ou en suivant la direction du vent. Cette navigation par les éléments est une vraie bonne idée et redonne beaucoup de souffle aux déplacements de prime abord fastidieux.

On ne sera pas aussi dithyrambique en ce qui concerne les combats, paralysés dès les premières secondes par un défaut qui saute aux yeux et ne disparaît jamais : la caméra qui n’en fait qu’à sa tête. Comme Sucker Punch a oublié d’intégrer la possibilité de cibler un ennemi, on s’y perd très souvent parmi les vagues adverses — et c’est encore pire dans les espaces confinés. En oubliant cet élément primordial pour assurer un confort lors des affrontements au corps-à-corps, le studio s’est fait harakiri et transforme les rixes de Ghost de Tsushima en épreuves pour les nerfs. En prime, la difficulté est mal dosée : en raison du réalisme à outrance (quelques coups de sabre suffisent pour tout le monde), on peut tout à la fois triompher en deux temps trois mouvements qu’enchaîner les game over.

Ghost of Tsushima peine à se frayer un chemin dans un genre déjà établi

On retrouve autrement la panoplie de coups attendus : parade, contre-attaque, esquive, ainsi que quatre postures pour lutter contre les différents types ennemis (on pense aux deux Nioh pour l’inspiration). À mi-chemin entre le beat them all sans réelle profondeur et le RPG d’action à la Dark Souls, Ghost of Tsushima peine à se frayer un chemin dans un genre déjà établi. Et ce n’est pas la partie infiltration qui viendra rassurer : souvent imposée en fonction des missions, elle n’est pas suffisamment élaborée pour devenir une alternative crédible.

En termes de progression, Jin Sakai ne gagne pas des niveaux comme dans un RPG classique mais augmente sa réputation au sein de Tsushima. Chaque palier permet de remporter des points à dépenser pour débloquer des compétences de samouraï ou de Fantôme. Le héros peut également apprendre des aptitudes liées à l’exploration (se laisser guider par le vent) ou légendaires (lire : très puissantes). En avançant dans le jeu, on forge sans réelle difficulté la légende de Jin.

Ghost of Tsushima // Source : Sony

Objectif libération

L’histoire de Ghost of Tsushima est divisée en trois actes, qui se déroulent dans autant de territoires de la carte (un chacun). En ligne droite, il faut compter une bonne quinzaine d’heures pour voir le bout, sachant qu’il est vivement encouragé de faire un peu évoluer Jin pour se faciliter la vie jusqu’au dénouement final (astuce : récupérez les pouvoirs légendaires). Ainsi, les quelques combats de boss, au passage bien mis en scène, sont susceptibles de donner un peu de fil à retordre (surtout en difficile).

Les amateurs de personnalisation auront tout le loisir d’habiller Jin à leur convenance, que ce soit avec des tenues ayant une influence sur certaines caractéristiques clés en combat ou avec des objets cosmétiques beaucoup moins utiles. Ce qu’il faut retenir : Jin peut ressembler à un vrai samouraï, comme dans sa vie d’avant, ou enfiler le costume d’un ninja, au grand dam de son oncle. Au moins, il y a l’embarras du choix pour améliorer le look discutable du personnage principal. Il y a enfin des charmes qui confèrent des bonus passifs.

Puisque Jin doit libérer Tsushima, il y a beaucoup de choses à faire. De nombreux lieux sont occupés par les Mongols et il faut s’en débarrasser — que ce soit dans un simple camp de fortune ou un château beaucoup plus dur à attaquer. En parallèle, Ghost of Tsushima propose des quêtes plus mineures qui permettent d’améliorer les statistiques de Jin. Bien évidemment, il n’est pas nécessaire d’atteindre les 100 % avant de terminer l’histoire : une fois la quête principale terminée, vous pourrez arpenter l’île afin de prolonger le plaisir.

En bref

Ghost of Tsushima

Note indicative : 3/5

Passant après l’excellent The Last of Us Part II, Ghost of Tsushima devait clôturer l’ère PS4 avec brio. La tâche était peut-être un peu trop lourde pour les épaules de Sucker Punch. Car Ghost of Tsushima n’a que sa direction artistique et ses multiples inspirations le transformant en un Assassin’s Creed nippon pour le sauver. C’est peu pour une production exclusive censée justifier l’acquisition d’une console.

D’autant que le catalogue de la PS4 a beaucoup trop habitué à l’excellence pour pardonner les défauts de Ghost of Tsushima, cette caméra pénible en tête. À l’instar de Days Gone, épinglé pour d’autres raisons, il ne parvient pas à se hisser à la hauteur de la console de Sony (voire des derniers Assassin’s Creed). Et s’il voulait rejoindre une armée de samouraïs, il ne restera finalement qu’un ronin condamné à l’exil. Comme son héros.

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  • Le côté apaisant et poétique des balades
  • L'exploration bien pensée
  • C'est parfois très joli...

Bof

  • ... mais parfois plus vilain
  • La caméra pose problème
  • Héros sans charisme, histoire sans saveur

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