Le Seigneur des anneaux : les Anneaux de pouvoir a un générique fort intriguant. Des théories fascinantes existent pour interpréter ce que l’on voit.

Les premiers épisodes des Anneaux de pouvoir sont sortis le 2 septembre. Et, comme pour n’importe quelle série, le spin-off du Seigneur des anneaux a un générique. Un très beau générique, d’ailleurs, dont la qualité n’a rien à voir avec le faux grossier qui a tourné sur les réseaux sociaux avant la sortie de Rings of power en SVOD sur le site de streaming de Prime Video.

S’il est somptueux, le générique des Anneaux de pouvoir est énigmatique. Comme celui de Game of Thrones ou de House of the Dragon, il ne montre pas directement la série, mais joue sur la symbolique et l’allusion. Celles et ceux qui connaissent ces univers sur le bout des doigts n’auront pas de mal à tout décrypter. Mais pour les autres, des précisions s’imposent.

Il n’existe pas encore, à notre connaissance, d’explication officielle de ce que montre le générique. Cependant, les fans ont d’ores et déjà une piste assez convaincante du sens caché de cet opening. Quelques symboles cachés font aussi l’objet de débats sur les forums spécialisés, notamment sur Reddit. Mais avant d’aller plus loin, nous vous mettons en garde : ça va spoiler.

Spoiler Anneaux de pouvoir
Ne faites pas comme Galadriel : ne regardez pas les spoilers. // Source : Amazon Prime Video / Montage Numerama

La symbolique du générique des Anneaux de pouvoir

L’opening s’ouvre sur un cor d’harmonie et un ensemble d’autres instruments classiques, du violon à la grosse caisse. On entend un chœur s’élever avec un chant féérique. Et à mesure que la symphonie se déroule, on voit à l’image des grains de sable dispersés sur une surface s’animer et s’ordonner en diverses formes. Des anneaux, bien sûr, mais pas que.

Tout paraît harmonieux pendant les deux tiers du générique, puis l’ambiance change. Le thème musical prend tout à coup une teinte plus grave, presque discordante. On le ressent à la 54e seconde (voyez dans la vidéo ci-dessous). Et un flot de grains de sable noirs apparaît alors, se mêlant aux autres, comme s’il suivait sa propre mélodie. Et tout semble plus agité.

Une première hypothèse qui peut être envisagée est de dire que le générique peut raconter en avance et de manière subliminale ce que la série va raconter : la création des anneaux de pouvoir, dont l’Anneau Unique, et la façon dont Sauron va se servir de son pouvoir maléfique pour les corrompre. Après tout, des anneaux sont visibles et les grains de sable noirs soutiennent cette lecture.

Le chant primordial du monde : Ainulindalë

Mais une autre piste a actuellement beaucoup de succès parmi les fans, comme en témoignent des publications sur Reddit (comme « About that title sequence », « The show’s intro sequence is a clever visual representation of Ainulindalë: Creation through music » et « The Rings of Power opening intro »). Il s’agirait d’une référence à Ainulindalë.

Ainulindalë
Ainulindalë ? // Source : Amazon Prime Video

Pour qui a lu Le Silmarillion, c’est un nom qui doit parler : il s’agit du tout premier chapitre du roman, qui raconte la genèse de l’univers sous les auspices de l’être suprême, Eru, qu’on appelle aussi Ilúvatar. C’est le créateur de toute chose et c’est lui qui a donné naissance aux premières divinités, les Ainur, qui regroupent à la fois les Valar et leurs serviteurs, les Maiar.

Ainulindalë est le nom donné au chant primordial qu’ont interprété Eru et les Ainur. C’est la Grande Musique, décrite ainsi dans le roman de J.R.R. Tolkien : « Alors les voix des Ainur, tels des harpes, des luths, des flûtes et des trompettes, des violes et des orgues, tels des chœurs aux voix innombrables, commencèrent à tisser le thème d’Ilúvatar dans une harmonie grandiose. »

C’est en somme le chant qui a précédé le temps et la matière. Le chef-d’œuvre des divinités. « Jamais plus les Ainur ne composèrent une telle musique », dit d’ailleurs Le Silmarillion, même si un thème plus somptueux encore est attendu après la fin des temps. Mais alors, pourquoi le générique, s’il évoque le chant de la perfection, montrerait-il des grains de la discorde ?

sable noir melkor
L’arrivée du sable noir… Melkor ? // Source : Amazon Prime Video

C’est parce que pendant cet hymne, qui a précédé l’univers, un certain Melkor, aussi appelé Morgoth, a commencé à mettre de la zizanie. Il a apporté à la composition ses propres songes, qui vinrent perturber la musique d’Eru. Melkor, qui sera plus tard le maître de Sauron, voulait « augmenter la puissance et la gloire de sa propre partie ». Ce serait donc ce fameux sable noir.

Melkor est celui qui a affecté ce chant primordial, poussant certains Ainur à s’arrêter de chanter. Il aura fallu trois thèmes et une intervention d’Eru pour que cesse toute cette agitation. Et c’est peut-être de là que viendrait le caractère maléfique de Melkor, nourrissant une colère secrète après avoir été couvert de honte devant toute l’assemblée des Ainur.

Ce générique serait ainsi une manière raffinée et élégante de raconter le début de l’univers et de toute chose, sans le montrer directement, ce qui pourrait bien être un exercice maladroit. Cette époque est véritablement hors du temps : elle se déroule bien avant le Deuxième Âge (période dans laquelle prend place la série) et des autres grandes périodes précédentes.

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Les deux arbres sacrés de Valinor, Telperion et Laurelin. // Source : Amazon Prime Video

Sur un plan technique, le générique donne l’impression d’être intégralement en images de synthèse — on sait toutefois que la plateforme s’est montrée astucieuse et a trompé le public. On pensait que la présentation du nom de la série était une création d’infographistes de talent. Finalement, c’est de façon plus artisanale qu’il a été conçu.

Dans le cas de l’opening, c’est fort possible que ce soit la même chose : il existe une technique appelée cymatique qui consiste à jouer avec les vibrations du son pour agir sur la matière — en l’occurrence des grains de sable. Ces petites pierres forment des motifs variés en fonction des ondes sonores, lorsqu’elles se trouvent sur une surface plane.

C’est une manière poétique de faire référence au prologue du Silmarillion avec un procédé qui joue sur les vibrations du son — ce qu’est, in fine, la musique — pour organiser en motifs des grains de sable qui sont dispersés de façon chaotique. Un procédé qui est justement au cœur de l’Ainulindalë. La création du monde par la musique. Habile.

Des motifs variés interprétés dans le générique

Reste une question : que sont précisément les motifs que l’on voit à l’écran ? De prime abord, il y a bien sûr ces cercles, qui font inévitablement penser aux anneaux de pouvoir et à l’Anneau Unique. Le générique insiste bien sur ces cercles lors de divers plans. Et le nom de la série laisse de toute manière peu de doute à cette interprétation. Mais d’autres idées existent.

Outre la corruption des anneaux magiques, d’aucuns suggèrent que les cercles pourraient faire référence aux grands Valar, à savoir Manwë, Varda, Ulmo, Yavanna, Aulë, Mandos, Nienna et Oromë. Et le cercle se trouvant au milieu ? Peut-être Melkor. Celui qui fait vaciller tout le monde. Après tout, Melkor est décrit comme le plus grand et le plus puissant des Valar.

Faenor générique
Une étoile à huit branches, qui représenterait la Maison de Faënor. // Source : Amazon Prime Video
Triskèle générique
Un triskèle en formation, avec ses trois branches. Une référence aux Silmarils ? // Source : Amazon Prime Video

D’autres formes sont interprétées comme une référence aux Silmarils, des pierres précieuses, au nombre de trois, comme les trois branches du triskèle qui est visible à un moment. Les Silmarils occupent une place centrale dans… Le Silmarillion. On voit aussi deux arbres, les fameux arbres de Valinor, c’est-à-dire Telperion et Laurelin, dont le symbole est repris par le Gondor.

Il y aurait également une référence à Faënor, l’Elfe créateur des Silmarils, car une étoile à huit branches semble se former avant de s’effondrer. C’est le visuel de l’étoile faënorienne. La musique même du générique paraît être décomposée en thèmes, justement pour reprendre cette idée des thèmes successifs perturbés par Melkor, en jouant sur les tonalités.

On ne sait pas quel sera l’accueil final du public à l’égard de cette première saison des Anneaux de pouvoir, les avis étant manifestement très contrastés pour les deux premiers épisodes. Mais pour le générique, on ne pouvait sans doute pas trouver meilleure façon d’introduire l’univers de Tolkien en allant puiser dans la mythologie de l’auteur.

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