L’administration américaine plancherait sur un portail web, appelé freedom.gov, qui agirait comme un VPN d’État. Le but ? Permettre aux internautes du monde entier d’accéder aux contenus bannis dans leur pays. Le projet, présenté comme un outil anti-censure qui profiterait aux citoyens situés dans des pays répressifs, pourrait aussi être tourné contre l’Europe et ses efforts de régulation du net.

C’est une initiative qui risque de provoquer des étincelles entre les deux rives de l’Atlantique, s’il s’agit d’un stratagème américain destiné à entraver la bonne application des règles européennes sur Internet.

Selon des informations révélées par Reuters le 18 février 2026, les États-Unis ont le projet de développer un portail en ligne censé permettre aux internautes en Europe et ailleurs dans le monde de contourner les mesures de blocage sur des sites et des contenus. Des restrictions d’accès que l’administration Trump ne voit pas toujours d’un très bon œil.

C’est particulièrement criant dans le cas de l’Europe. Washington analyse de plus en plus les dispositions que prend le Vieux Continent pour lui-même comme de la censure et une atteinte à la liberté d’expression. Plusieurs textes récents ont ainsi été décriés outre-Atlantique, parce qu’ils font peser des contraintes accrues sur des plateformes américaines.

Un VPN d’État anti-régulation européenne ?

Pour contrecarrer ce qui est perçu comme une dérive liberticide, les USA ont donc en tête une parade technique, accessible via l’adresse freedom.gov. Le nom de domaine, qui embarque le domaine (.gov) réservé au gouvernement américain, est explicite avec sa référence à la liberté. Tourné à l’international, le projet est porté par le département d’État.

Les détails techniques manquent, mais freedom.gov fonctionnerait a priori à l’image d’un réseau privé virtuel (VPN). Le principe : faire transiter le trafic de l’internaute pour qu’il semble provenir des États-Unis, lui redonnant ainsi accès aux publications et aux sites inaccessibles dans son pays d’origine. En somme, il s’agirait de singer ce que font déjà les VPN commerciaux.

Selon une source interrogée par Reuters, promesse est faite de ne pas pister l’activité des internautes utilisant freedom.gov. Un engagement qui, à coup sûr, devrait faire lever quelques sourcils de perplexité, au regard de la trajectoire politique suivie par l’administration Trump depuis son entrée en fonction, début 2025.

freedom gov
La page d’accueil. // Source : Capture d’écran

L’ombre d’Elon Musk et des opposants au DSA

En coulisses, le projet implique Sarah B. Rogers, une sous-secrétaire à la diplomatie publique et farouche opposante aux politiques européennes de modération. C’est elle qui a officialisé les sanctions américaines sur Thierry Breton, ex-commissaire européen qui a porté deux des textes qui irritent le plus Washington : le DMA et le DSA.

« Il a publié une lettre utilisant le DSA pour menacer Elon Musk […]. Thierry Breton a rappelé à Elon Musk, de manière inquiétante, les obligations légales de X et les ‘procédures formelles’ en cours pour non-respect présumé des exigences relatives aux ‘contenus illicites’ et à la ‘désinformation’ en vertu du DSA », justifiait-elle alors.

On y retrouve également un proche d’Elon Musk : Edward Coristine, ancien membre du Department of Government Efficiency (DOGE) du milliardaire, qui participe au design du site. Un rapprochement qui n’a rien d’anodin quand on sait que le réseau social X a écopé en décembre d’une amende de 120 millions d’euros par Bruxelles.

Un parfum d’ingérence inédit

La perspective de voir les USA cibler directement des alliés démocratiques de cette manière semble inédite. Ce portail place de facto Washington dans la position d’encourager des Européens à contourner les lois de leur propre pays, ce qui risque de tendre encore un peu plus les relations avec Bruxelles et toutes les capitales du Vieux Continent.

Une démarche qui s’apparente à une ingérence directe dans la manière dont l’Europe choisit de se réguler, par la voie démocratique et judiciaire. C’est d’ailleurs l’analyse de Kenneth Propp, ancien diplomate américain cité par Reuters : freedom.gov « sera perçu en Europe comme un effort des États-Unis pour contrecarrer les dispositions des lois nationales. »

Il reste à voir si le projet sera lancé, quand et, surtout, avec quel périmètre. Le projet apparaît en tout cas sensible : prévu au départ pour être dévoilé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité mi-février, le lancement officiel a été retardé. Et selon Reuters, des juristes du département d’État ont exprimé des craintes.

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