Quelques heures après la perquisition des bureaux français de X par la justice française, Elon Musk et son entourage ont vigoureusement pris à partie la France et l’Europe, qu’ils accusent de basculer dans un régime totalitaire. Le compte French Response, rattaché au ministère des affaires étrangères, n’a pas hésité à répliquer en attaquant le milliardaire.

Le 3 février 2026, la section de lutte contre la cybercriminalité (C3N) et Europol ont perquisitionné les bureaux français de X, le réseau social d’Elon Musk. Le milliardaire et Linda Yaccarino, ex-dirigeante du réseau social, ont dans la foulée été convoqués par le parquet de Paris à une audition libre le 20 avril dans le cadre d’une enquête sur l’algorithme de X, sur la pédopornographie et sur les discours extrêmes véhiculés sur la plateforme.

Sans surprise, Elon Musk n’a pas tardé à répliquer. Le milliardaire, déjà en froid avec l’Europe à qui il reproche sa politique d’immigration et son virage « anti-liberté d’expression », a qualifié la perquisition française d’ « attaque politique ». Plusieurs comptes associés à Elon Musk ont répandu diverses informations sur la France et sur l’Europe dans l’objectif de décrédibiliser l’opération.

https://twitter.com/elonmusk/status/2018785481308438907?s=20

X dénonce une opération ultra-médiatisée, Elon Musk parle d’une opération politique

Sur son compte en charge des affaires gouvernementales, le réseau social X a d’abord publié un long communiqué sur la perquisition de ses bureaux :

« Les autorités judiciaires françaises ont perquisitionné ce jour les bureaux parisiens de X dans le cadre d’une enquête pénale reposant sur des motivations politiques et faisant suite à des allégations de manipulation d’algorithmes et de prétendues extractions frauduleuses de données. Nous sommes déçus par ce développement mais il ne nous surprend pas. Le parquet de Paris a donné un large écho médiatique à cette mesure, démontrant ainsi qu’elle constitue un acte judiciaire abusif visant à atteindre des objectifs politiques illégitimes plutôt qu’à favoriser la plus juste application de la loi dans le respect d’une administration loyale et impartiale de la justice », peut-on notamment lire.

Le ton ne laisse aucun doute : X veut décrédibiliser l’action de la justice française, en suggérant qu’il s’agit d’un règlement de compte contre son fondateur et sa vision de la liberté d’expression. « Le parquet de Paris tente manifestement d’exercer une pression sur la direction générale de X aux États-Unis en visant notre entité française », ajoute X. « X réfute catégoriquement avoir commis la moindre infraction. Cette mise en scène ne fait que renforcer sa conviction que cette enquête viole le droit français, constitue un détournement de procédure et porte atteinte à la liberté d’expression. »

Le réseau social peut être défendu sur un point : les bureaux français ne sont pas en charge des algorithmes, mais opèrent seulement des activités de communication et de marketing. La perquisition avait donc un objectif communicationnel : la justice voulait frapper fort. Toujours est-il que la justice enquête bel et bien sur les agissements de X depuis plusieurs mois et qu’il ne s’agit pas d’un simple moyen de censurer la plateforme, contrairement à ce que X déclare. D’autres pays d’Europe, ainsi que la Commission européenne elle-même, se penchent sur les mêmes dossiers, alors qu’Elon Musk n’est pas très ouvert au débat et accuse de dérive autoritaire toute personne qui le critique.

S’appuyant sur le soutien d’autres personnalités de son bord politique, dont Pavel Durov, le fondateur de Telegram qui accuse la France de « ne pas être un pays libre », Elon Musk a simplement partagé le communiqué de X en ajoutant : « C’est une attaque politique ». Le milliardaire détourne aussi l’attention en relayant des faits divers : selon lui, les autorités françaises devraient se concentrer sur les viols d’enfants. Il oublie que la justice n’est pas monotâche et qu’il existe divers départements.

La France attaque Elon Musk et répond aux critiques de son entourage dans une opération médiatique inédite

Comment empêcher Elon Musk de déverser sa révision des faits sans contradiction ? La France a opté pour des réponses directes, dans son style, avec son compte French Response, qui s’est illustré récemment en moquant Donald Trump.

« Enquêter sur les contenus pédopornographiques n’est pas controversé. En faire un enjeu politique relève de la manipulation. Cette logique est peut-être valable sur certaines îles, mais pas en France », tweete French Response en citant la réponse d’Elon Musk. Le compte du ministère des Affaires étrangères fait référence aux discussions entre Elon Musk et Jeffrey Epstein, avec une pique très osée pour un compte gouvernemental.

https://twitter.com/FrenchResponse/status/2018818868706509238?s=20

En plus de cette réponse directe à Elon Musk, le compte French Response a répondu à de nombreux proches d’Elon Musk, qui utilisent le réseau social X pour diffuser de fausses informations sur la France.

Le très controversé Ian Miles Cheong écrit, par exemple : « L’Espagne, la France et le Royaume-Uni ont donc lancé une attaque sans précédent contre X, la plateforme d’Elon Musk. Ils le craignent, lui et sa plateforme, car il offre la liberté d’expression aux Européens, autrement réduits au silence et censurés ». Le compte de la France répond :« L’enquête menée par la justice fera ce que les tribunaux font de mieux : séparer les récits des faits et offrir à X la possibilité d’étayer ses prétentions de supériorité morale en démontrant que la plateforme ne facilite pas les quatre infractions énumérées. » Il liste ensuite divers faits, comme la diffusion d’images pédopornographiques, la création de deepfakes avec Grok, les contenus haineux et antisémites ou le vol de données personnelles.

https://twitter.com/FrenchResponse/status/2018966509519851750?s=20

French Response s’en est aussi pris à Mario Nawfal, autre personnage de l’empire Musk, qui semble faire de l’action française une initiative européenne afin de décrédibiliser l’Europe « totalitaire ». La France écrit : « Il s’agit d’une procédure judiciaire française, et non d’une action réglementaire de l’UE. Les tribunaux agissent en toute indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. L’indépendance judiciaire est inscrite dans la Constitution. »

https://twitter.com/FrenchResponse/status/2018695371245928628?s=20

Elon Musk viendra-t-il en France le 20 avril pour répondre aux questions de la Justice ? Au vu des relations actuelles, cela semble difficilement imaginable. Elon Musk, qui utilise son compte depuis plusieurs mois pour se mêler de la politique européenne, pourrait rester remonté contre l’Hexagone.

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