Au sommet industriel européen à Anvers, le Président de la République française, Emmanuel Macron, a prononcé un discours en faveur de l’investissement en Europe. Son message : il faut investir dans nos entreprises et ne pas hésiter à les préférer aux solutions étrangères, comme les États-Unis le font. Rien de bien choquant jusque-là : Emmanuel Macron n’est pas le seul à plaider en faveur de la préférence européenne ces derniers mois.
Pour appuyer son propos, Emmanuel Macron a fait un choix risqué : parler d’Elon Musk. « Tout le monde est fasciné par Starlink, j’en suis très heureux, mais si on est lucide, M. Musk est probablement l’une des personnes au monde avec le plus de milliards de dollars d’argent public dans ses poches », a déclaré le président. Il n’en fallait pas plus pour énerver l’intéressé et ses fans, y compris français, qui sont nombreux à critiquer la position de la France et à défendre Elon Musk.
Elon Musk, « un gars sursubventionné par les agences fédérales aux États-Unis » selon Emmanuel Macron
Que dit exactement Emmanuel Macron dans son discours ? Le président fait peut-être une erreur, puisqu’il ne fait pas de différences entre les subventions reçues par les entreprises d’Elon Musk à leurs origines et l’argent public aujourd’hui perçu pour des commandes, comme lorsque la Nasa paye SpaceX pour des missions :
« Elon Musk est de base un gars sursubventionné par les agences fédérales aux États-Unis. Il est super innovant et il est devenu compétitif grâce à cette approche américaine. Il a été financé par de l’argent public et de l’argent privé, mais une grande partie de son argent vient du Département de la Défense. Il a été protégé par le favoritisme américain et il est devenu compétitif quand il est arrivé sur nos marchés. Si on ne fait pas la même chose pour nos propres entreprises, à savoir la préférence européenne […], on ne pourra pas être dans la course », déclare Emmanuel Macron.

En réponse à une vidéo partageant la déclaration d’Emmanuel Macron, Elon Musk a contredit publiquement la position française. « À vrai dire, ce sont nos concurrents, surtout en Europe », a-t-il d’abord déclaré, ce qui suggère que ce sont les entreprises européennes qui reçoivent des subventions.
Elon Musk ajoute : « si on additionne toutes les subventions gouvernementales reçues par Tesla et SpaceX, elles représentent 1 % de la valeur combinée des entreprises. En comparaison, si on fait la même chose avec les autres grandes entreprises aérospatiales aux États-Unis et en Europe, l’argent gouvernemental dépasse largement 100 % de leurs valorisations ». Un calcul qui peut surprendre : Emmanuel Macron n’a jamais dit que la valorisation de Tesla et de SpaceX était faussée par l’argent public. Ce qu’il suggère est que ces entreprises n’auraient pas pu exister sans aide des États-Unis. Les 1 % dont parle Elon Musk n’ont pas beaucoup de sens : évidemment que ses entreprises ont grandi.
Emmanuel Macron a-t-il raison ? Ce que disent les chiffres
Dans les faits, la frontière entre subvention directe et soutien étatique est souvent floue, ce qui donne en partie raison aux deux hommes. Tesla a bénéficié d’un prêt crucial de 465 millions de dollars du Département de l’Énergie américain (DOE) en 2010, à une époque où sa survie n’était absolument pas garantie.. À cela s’ajoutent des milliards de dollars d’allègements fiscaux accordés par différents États pour la construction de ses usines, les aides gouvernementales à l’achat dont profitent ses client et la vente très lucrative de crédits carbone à ses concurrents — un système de marché mis en place par les régulateurs. Sans ce filet de sécurité et ces incitations étatiques, Tesla n’aurait sans doute pas passé le cap des années 2010. Emmanuel Macron a donc raison : même si Tesla profite aujourd’hui d’un succès planétaire et est une des entreprises les mieux valorisées au monde.
Pour SpaceX, la nuance lexicale est encore plus forte. Elon Musk a techniquement raison de souligner que son entreprise ne vit pas de « subventions » pures, mais vend des services (lancements spatiaux, réseau Starlink) à des clients. Cependant, Emmanuel Macron met le doigt sur un mécanisme bien américain : la commande publique massive. C’est un contrat inespéré de 1,6 milliard de dollars de la NASA fin 2008 qui a littéralement sauvé SpaceX de la faillite. Aujourd’hui, la NASA et le Pentagone commandent pour des dizaines de milliards de dollars de prestations à SpaceX. Ces contrats colossaux agissent comme un formidable socle de revenus garanti par l’État américain, permettant à l’entreprise d’innover et de casser les prix sur le marché commercial.
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