Utiliser de la visio, c’est bien. Mais employer de la visio française, c’est mieux. Voilà en somme la philosophie qui a présidé à la décision de Paris de privilégier à l’avenir un outil souverain de visioconférence, plutôt que de compter sur une solution étrangère (Google Meet, Microsoft Teams, Zoom, WebEx, qui viennent toutes des États-Unis), aussi performante soit-elle.
Cette migration vers un logiciel de visioconférence 100 % hexagonal a été officialisée le 26 janvier 2026 dans une annonce du ministère chargé de la fonction publique et de la réforme de l’État. « L’objectif : mettre fin à l’utilisation de solutions extra-européennes [et] garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques. »
Une migration forcée d’ici à 2027
Mais cette bascule ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Pour que l’ensemble de l’administration opère cette transition vers Visio (le nom de l’outil développé par la direction interministérielle du Numérique — DINUM), le pays se donne un an. La généralisation de Visio devra être achevée d’ici à 2027, selon le calendrier avancé par le ministère.
Et il n’y aura pas le choix. Guillaume Rozier, qui officie comme conseiller en stratégie numérique publique auprès de la présidence de la République, a fait savoir sur X le 27 janvier que l’État prévoit la manière forte pour imposer cette solution souveraine. Tous les autres flux de visioconférence finiront par être bloqués sur les réseaux internes de l’État.

« Concernant [cette annonce], c’est une itération concrète : Visio existe déjà et est actuellement utilisée par de nombreux agents. Dans le courant de l’année, tous les flux réseau des autres services de visio seront bloqués sur le réseau interministériel de l’État (RIE) », a-t-il commenté. À ce stade, aucun calendrier particulier n’a été avancé.
Cette mesure ne concerne donc ni les internautes au sens large, ni même les agents du service public dans leur vie privée, mais bien les activités en ligne de ces derniers lorsqu’ils sont en fonction. Le RIE est le réseau informatique de l’État. Ce service, géré par la DINUM, interconnecte tous les ministères et toutes les administrations centrales.
Ainsi, en agissant directement au niveau de cette infrastructure critique, les autorités entendent s’assurer que cette nouvelle règle ne puisse pas être contournée techniquement. Les logiciels comme Teams ou Zoom ne seront en principe pas en capacité de joindre leurs serveurs depuis un poste de travail connecté à ce réseau officiel.
S’affranchir de la dépendance américaine
Le contexte politique international n’apparaît pas étranger à cette bascule vers Visio. La politique agressive de l’administration Trump envers l’Union européenne couplée à un exercice beaucoup plus débridé et assumé de la puissance (y compris militaire) ont agi comme un véritable carburant en faveur d’une plus grande indépendance du Vieux Continent.
Le mouvement d’émancipation à l’égard de la tech américaine existe depuis longtemps et de nombreuses alternatives tout à fait valables existent dans de nombreux domaines et pour de nombreux logiciels et services (ChatGPT, WhatsApp, Gmail, Google Drive, Google Translate, etc.). Mais sa vigueur est bien plus forte aujourd’hui, sous les coups de boutoir de Washington.
Ce phénomène ne touche d’ailleurs pas que les particuliers. L’administration aussi est gagnée par cette vague de souveraineté tech. Elle non plus n’est pas récente, mais était inconstante. Elle semble davantage se concrétiser depuis quelques années. En tout cas, les projets fleurissent : Visio, mais aussi Tchap et Olvid (des messageries sécurisées), ou la Suite Numérique.

La souveraineté tech a des allures de travaux herculéens, avec des chantiers qui paraissent titanesques à achever. Comment, en effet, se défaire de la domination extrême des Américains dans les paiements (Visa et Mastercard), des systèmes d’exploitation (Android, Windows, Mac, iOS) ou encore de certains matériels (les composants pour l’IA) ?
Mais il faut bien commencer quelque part, y compris sur des briques de la tech qui ont l’air anodines. Par ailleurs, d’aucuns diront que réduire la voilure reste préférable à l’inaction, même si on n’aboutit pas à une souveraineté et une autonomie totales. Au moins, les leviers de pression sur l’indépendance seront moindres.
Reste, au-delà des principes généraux, la réalité du terrain et des besoins concrets des agents. Par exemple, on peut craindre des frictions dans le cas de tentatives d’appels en visio avec des personnes extérieures au RIE (des particuliers, des agents étrangers dans le cadre d’une coopération judiciaire ou policière, etc.) ou des performances moindres.
Des enjeux de commodité et d’efficacité qui ne sont évidemment pas ignorés par la DINUM. D’ailleurs, Visio peut accueillir des réunions avec des externes, à condition de fournir les liens adéquats — ce qui a le mérite de ne pas couper les agents français du monde extérieur. C’est clé pour la réussite de Visio et l’adhésion du personnel.
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