Le 30 janvier 2026, le département de la Justice aux États-Unis a mis en ligne des millions de documents sur Jeffrey Epstein, accessibles depuis une simple barre de recherche. Les analyser sera long, d’autant plus qu’une grande majorité de ces documents sont des doublons ou des mentions sans intérêt, mais la publication de fichiers sur l’affaire qui fascine l’Amérique alimente logiquement de nombreux débats sur les réseaux sociaux. Jusqu’à donner une matière insoupçonnée aux amateurs de conspirations.

Depuis des années, l’affaire Epstein fascine. Aux États-Unis, le vaste scandale sexuel orchestré par Jeffrey Epstein, qui a utilisé sa fortune et son immense réseau d’influence pour organiser des fêtes et exploiter sexuellement des dizaines de jeunes filles mineures entre les années 1990 et 2010, est devenu un des sujets d’actualité les plus brûlants.

Secondé par son associée Ghislaine Maxwell, Epstein attirait ses victimes dans ses résidences de luxe, notamment à New York, en Floride ou sur son île privée des Caraïbes, avec de nombreuses célébrités parmi ses invités. L’affaire Epstein réunit tout pour intéresser : élites politiques, économiques et royales fréquentaient l’homme d’affaires. Sa mort par suicide en prison avant son procès a laissé de nombreuses questions sans réponse et l’affaire Epstein passionne autant qu’elle écœure.

Le 30 janvier 2026, après de premières publications de milliers de documents à la fin de l’année 2025, le Département de la Justice (DOJ) des États-Unis a publié plus de 3,5 millions de pages accompagnées de 2 000 fichiers vidéo et de 180 000 images. Ces documents, qui pèsent au total plus de 300 Go, mettront probablement des semaines à être analysés, ce qui explique pourquoi peu de révélations sortent pour l’instant (le travail d’investigation est long — les médias ne « cachent » pas ces révélations volontairement).

Des millions de documents publiés sur Epstein… mais beaucoup de doublons et de pages sans intérêt

La publication du 30 janvier est qualifiée par les médias anglo-saxons d’une décharge de documents (« document dump »). En cause : des millions de pages non triées, qui mélangent aussi bien des allégations sur des activités pédophiles que de simples mentions du nom « Epstein » dans des podcasts ou dans des articles de presse. Il est difficile d’y voir clair : il faudra attendre que des plateformes spécialisées, comme Jmail qui indexe et trie les documents Epstein, fassent le tri. En l’état, la présence d’un nom dans les documents, même s’il apparaît plusieurs centaines de fois, ne veut rien dire. Au contraire, une personne qui lutterait contre Epstein peut être référencée dans les documents Epstein.

La plateforme Jmail, pas encore mise à jour, permet d'accéder aux documents de Jeffrey Epstein dans une interface qui imite celle de Gmail.
La plateforme Jmail, pas encore mise à jour, permet d’accéder aux documents de Jeffrey Epstein dans une interface qui imite celle de Gmail. // Source : Capture Numerama

Le site mis en ligne par le DOJ est énormément consulté, mais les fichiers ne sont pas simples à télécharger. La plupart des internautes se contentent d’une barre de recherche sans aucun filtre, ce qui entretient la confusion et accentue le risque de mal interpréter un document. Les médias d’investigation auront besoin de plusieurs jours ou semaines pour sortir quelque chose de concret sur les documents.

Parmi les documents publiés le 30 janvier, deux catégories se distinguent :

  • Data Set 9 à 11 : Il s’agit d’archives compressées en zip qui contiennent l’essentiel des documents textuels numérisés. La majorité sont des PDF, souvent issus de scans de documents papier, comme des mails entre Jeffrey Epstein et son réseau. Il y a aussi des rapports d’interrogatoire du FBI, des mémos internes du Bureau des Prisons (BOP) et des correspondances juridiques entre les différentes cours (SDNY, SDFL). 
  • Data Set 12 : ce lot est le plus lourd et le plus sensible. Il agrège les éléments multimédias saisis lors des perquisitions au manoir de New York et à Palm Beach. On y trouve les 2 000 vidéos et 180 000 images mentionnées par le procureur adjoint Todd Blanche. Mais la plupart des images sont masquées : toute personne non identifiée est masquée.
Des millions de documents dans des fichiers ZIP : bon courage pour tout déchiffrer.
Des millions de documents dans des fichiers ZIP : bon courage pour tout déchiffrer. // Source : Capture Numerama

En l’état, Il vaut mieux être prudent avec les documents consultables en ligne. L’absence de contexte rend très difficile la moindre analyse et encourage les théories surréalistes. La plupart des noms cités par le DOJ ne sont certainement jamais allés sur l’île d’Epstein — ou n’y ont fait que des affaires tout à fait légales, ce qui ne simplifie rien.

Comment télécharger les documents sur Epstein ?

Pour accéder à la base de données publiée par le DOJ, rendez-vous à l’adresse justice.gov/epstein. Après avoir confirmé que vous avez plus de 18 ans, vous devriez pouvoir accéder à la barre de recherche pour fouiller dans les documents. Comme indiqué plus haut : rien n’est trié, il y a énormément de doublons et de mélanges.

Cette barre permet de faire des recherches dans la base de données Epstein.
Cette barre permet de faire des recherches dans la base de données Epstein. // Source : Numerama

Pour télécharger les documents, rendez-vous sur la section DOJ Disclosures et choisissez les « data sets » 9, 10, 11 et 12, qui correspondent aux dernières révélations. Les précédents zip, issus d’anciennes révélations, sont aussi disponibles.

Le site du DOJ n'est pas simple à comprendre et cache les documents entiers. Beaucoup de personnes passent à côté.
Le site du DOJ n’est pas simple à comprendre et cache les documents entiers. Beaucoup de personnes passent à côté. // Source : Numerama

Elon Musk et la tech : la Silicon Valley n’est pas épargnée par l’affaire Epstein

Parmi les noms qui reviennent dans les documents, celui d’Elon Musk est particulièrement scruté. Il faut dire que le milliardaire s’était illustré en dénonçant Donald Trump parmi les personnes présentes sur la liste… avant d’être à son tour cité.

Des échanges d’emails datant de 2012 et 2013 révélés dans les fichiers du DOJ montrent que le patron de Tesla et SpaceX a discuté à plusieurs reprises avec Epstein d’une possible visite sur son île privée, Little St. James. Dans l’un d’eux, Elon Musk demande explicitement : « Quel jour/soir sera la fête la plus folle sur ton île ? » Epstein répond en précisant des détails logistiques, comme le nombre de personnes pour l’hélicoptère. Personne ne sait si la visite a eu lieu : Elon Musk affirme sur X avoir « REFUSÉ » les invitations d’Epstein et s’engage à défendre les enfants. Le patron de Tesla affirme que de nombreuses figures « de gauche » figurent sur les images, mais pas lui.

Dans d’autres échanges, Elon Musk semble ne pas comprendre de quoi lui parle Jeffrey Epstein, ce qui entretient le doute sur la nature de leurs échanges. Des messages montrent qu’Elon Musk décline une invitation à une « soirée » en pensant qu’il s’agissait d’une réunion avec diplomates, ce à quoi Epstein rétorque : « Tu me prends pour un idiot ? Elles ont toutes moins de 25 ans. » Elon Musk joue sur sa naïveté pour prouver son innocence.

Elon Musk a beaucoup commenté l'affaire Epstein ce week-end.
Elon Musk a beaucoup commenté l’affaire Epstein ce week-end. // Source : X

D’autres figures de la tech sont citées dans les documents. Bill Gates, cofondateur de Microsoft, a rencontré Epstein à plusieurs reprises après sa condamnation de 2008, principalement pour des discussions philanthropiques via la fondation Gates. Les documents incluent des emails où Epstein propose des investissements ou des connexions, mais une mention d’une MST liée à Gates, sans preuve d’implication criminelle, sème le doute (il existe également des photos des deux hommes dans d’anciennes publications). Gates a exprimé des regrets publics, expliquant qu’il cherchait des fonds pour des causes globales, et indique avoir mis fin à la relation quand il a compris la toxicité d’Epstein.

Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, est aussi cité dans des échanges similaires, mais tout suggère qu’il s’agit d’opportunités d’investissement, sans lien apparent avec les fêtes (pire : Epstein l’insultait sur son physique). Tim Cook, CEO d’Apple, est aussi mentionné une fois, mais dans un contexte purement professionnel. Epstein voulait le rencontrer pour discuter d’affaires, sans suite connue.

Ces mentions rappellent pourquoi il vaut mieux être prudent avant de dénoncer toutes les personnes sur la « liste » : parler à Jeffrey Epstein ne fait pas d’une personne un pédocriminel. De nombreux emballements sur les réseaux sociaux considèrent que la moindre mention suggère une complicité avec le prédateur, alors que les activités d’Epstein étaient plurielles.

Epstein homme le plus puissant du monde ? Attention aux raccourcis complotistes

À en croire les réseaux sociaux, Jeffrey Epstein dirigeait un réseau mondial de chantage impliquant des élites, des agences de renseignement comme le Mossad, et même des secteurs comme la crypto (certains pensent qu’il est l’inventeur du bitcoin, parce qu’il a financé son développement). Un mélange à prendre avec des pincettes : beaucoup se servent de l’affaire Epstein pour illustrer un complot mondial.

Les documents du 30 janvier apportent quelques éléments troublants, mais rien qui confirme un complot planétaire. Parmi les révélations notables : plus de 3 000 mentions de Donald Trump, incluant des allégations non vérifiées d’agressions sexuelles compilées par le FBI en 2025, mais le DOJ insiste sur le fait que beaucoup sont « infondées et fausses », soumises juste avant l’élection de 2020.

Bill Clinton est le chef d’État qui apparaît le plus dans des journaux de vols (26 fois), mais rien ne confirme la moindre participation à des soirées problématiques. De nombreux noms connus sont dans les fichiers, mais il suffit qu’Epstein ait reçu une newsletter les mentionnant pour qu’ils apparaissent.

Donald Trump est mentionné 1712 fois dans la base de données du DOJ.
Donald Trump est mentionné 1712 fois dans la base de données du DOJ. // Source : Numerama

Dans certains cas, l’influence de Jeffrey Epstein sur le monde des affaires et la politique, qui était réelle, est confondue avec ses activités de prédateur sexuel.

En France, Dieudonné fait notamment un lien entre l’interdiction de son spectacle en 2013 et le fait qu’Epstein ait discuté de ses sorties antisémites par mails. Mais le plus probable est qu’Epstein se soit contenté de commenter l’actualité, pas qu’il a imposé au gouvernement français une censure. Plusieurs mails suggèrent qu’il s’intéressait à l’actualité internationale et que, dès que possible, il essayait de rencontrer des chefs d’État… mais cela ne signifie pas qu’il les invitait à ses orgies.

Dieudonné se demande si un complot orchestré par Epstein lui a causé des ennuis.
Dieudonné se demande si un complot orchestré par Epstein lui a causé des ennuis. // Source : X

Toutes ces théories complotistes décrédibilisent les vraies victimes et alimentent la confusion : Jeffrey Epstein a abusé de jeunes femmes et a organisé des soirées illégales pendant des années, en présence de personnalités puissantes. Aucun de ses invités n’a pour l’instant été incriminé, ce qui suggère que l’affaire est complexe, même pour la justice et les médias, qui tentent de démêler le vrai du faux. La seule conclusion que l’on peut faire des dernières révélations est que Jeffrey Epstein disposait d’un réseau immense et faisait tout pour rentrer en contact avec les puissants, mais que ses soirées n’étaient qu’une faible partie de son activité.

La « French Connection » : plusieurs personnalités françaises citées

Si la rumeur Dieudonné relève de l’interprétation, les documents confirment toutefois l’ancrage français du réseau Epstein, avec des cas de figure très différents qui illustrent la complexité du dossier. Les noms de Jack Lang ou de Bruno Le Maire, énormément cités en ligne, ne suggèrent pour l’instant rien d’illégal. Jeffrey Epstein a échangé avec eux, officiellement pour des histoires de financement, mais personne ne connaît le contenu de ces échanges.

En revanche, les documents du DOJ mettent beaucoup plus en avant Jean-Luc Brunel, agent de mannequins français et fondateur de l’agence MC2. De nouvelles photos issues du Data Set 12 le montrent notamment en compagnie du réalisateur Brett Ratner et de Jeffrey Epstein, confirmant sa proximité physique et opérationnelle avec le prédateur. Brunel est décrit comme un rouage essentiel de l’opération : il aurait attiré des jeunes femmes vers Epstein. Problème : il a emporté ses secrets en se suicidant à la prison de la Santé à Paris en février 2022.

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