Spotify est en discussion avec les maisons de disques pour réserver la sortie de certains albums à ses abonnés. Quant aux utilisateurs optant pour l'offre gratuite, ils ne pourraient en profiter qu'au bout d'un certain temps d'attente.

Vous passez par Spotify pour écouter de la musique mais vous n’êtes pas abonné au service ? Soyez prévenu : la plateforme de streaming suédoise envisage de restreindre prochainement l’accès à son catalogue, de manière à forcer les auditeurs ayant opté pour l’écoute gratuite à se tourner vers son offre payante, baptisée Premium et facturée 9,99 euros par mois.

Le Financial Times rapporte l’existence d’une négociation en cours entre le service et les trois principales maisons de disques — Universal, Sony et Warner — pour limiter la disponibilité des nouveaux albums uniquement à ceux et celles qui versent chaque mois les dix euros réclamés par la formule. Les autres, qui profitent d’une écoute gratuite mais entrecoupée d’annonces publicitaires, n’y auront pas droit.

Spotify

Spotify applique déjà un régime différent entre les auditeurs payants et les auditeurs gratuits, mais cette discrimination se fait au niveau des fonctionnalités : en payant l’abonnement, la publicité disparaît pendant l’écoute, la qualité sonore est rehaussée, le mode hors connexion devient accessible et ainsi de suite. Mais jusqu’à présent, aucune restriction au niveau de la musique elle-même n’existait.

Si les discussions avec les majors aboutissent, Spotify rejoindrait alors le mouvement des services qui se servent de l’exclusivité, temporaire ou définitive, pour se démarquer soit de la concurrence (c’est ce qu’ont fait par exemple Tidal avec l’album Lemonade de Beyoncé et Apple Music avec le chanteur Drake) ou pour créer une frustration chez les mélomanes qui ne paient pas (le modèle que semble vouloir suivre Spotify).

Radio Spotify Mix

Ce n’est pas la première fois que Spotify est suspecté de vouloir suivre une telle trajectoire.

En 2015, des rumeurs prêtaient au service suédois l’intention de réserver l’accès à certains artistes uniquement aux abonnés à l’offre Premium. Cela n’a finalement pas eu lieu, mais l’on analysait cette éventualité comme une façon de tendre la main à des artistes ayant eu des positions sévères à l’égard du streaming, comme Adele, Prince, Thom Yorke et Taylor Swift, dont le modèle de l’écoute gratuite financée par la publicité ne leur convient pas.

La mise en place d’un système où certains albums seraient réservés aux clients Premium, au moins pour un temps, servirait par ailleurs un autre objectif : celui de faciliter l’entrée en bourse de Spotify, un objectif régulièrement envisagé mais jamais concrétisé. Le service semble considérer qu’une stratégie destinée à séparer encore plus nettement les usagers normaux des abonnés est à même d’envoyer le bon signal aux investisseurs.

De plus, comme le note Engadget, un accord avec Universal, Sony et Warner permettrait aussi d’alléger la note que Spotify doit aux trois majors puisque les versements de royalties concernant les nouveaux albums ne proviendraient que des abonnés, et non pas aussi des usagers classiques, dont la publicité ne suffit guère à compenser leur écoute.

Spotify

Pour une société dont le modèle économique reste fragile et qui n’a toujours pas atteint le seuil de la rentabilité, c’est peut-être inévitable. Surtout que, Spotify, en grossissant jusqu’à devenir l’un des géants du streaming musical (on dénombrait 50 millions d’abonnés début mars, auquel s’ajoute environ 50 millions d’auditeurs qui ne paient pas, selon des chiffres datant de juin 2016), a attisé les appétits des labels, qui sont de plus en plus incités à réclamer davantage de royalties.

Reste à savoir si les discussions de Spotify avec les maisons de disques au sujet des albums dont l’accès serait restreint provisoirement, de façon à baisser les droits payés par le service pour la diffusion des morceaux de musique, n’aura pas l’effet indésirable de réorienter certains internautes vers le piratage. Pour les ayants droit, ce serait en effet une catastrophe de briser la bonne dynamique de l’offre légale dans le secteur de la musique à cause de nouvelles barrières.

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