En voulant libérer des noms d'utilisateur via la suppression des comptes inactifs, Twitter a posé la question de la sauvegarde des profils de défunts. Question à laquelle le réseau social souhaite désormais répondre de manière satisfaisante.

L’annonce a été abondamment commentée fin novembre : Twitter va commencer à libérer les noms d’utilisateur des comptes qui sont depuis trop longtemps inactifs. Le réseau social prévoit de commencer ce processus à partir du 12 décembre 2019, sur plusieurs mois. Seront concernés les comptes qui ne se sont pas manifestés depuis au moins six mois, qu’ils aient publié des messages ou non.

Ça, c’était la situation au 26 novembre. Mais le lendemain, la situation a passablement évolué. Si le site communautaire entend toujours donner accès à des pseudonymes et des noms d’utilisateur qui ne sont plus utilisés depuis longtemps, décision a été prise de suspendre ce projet pour une durée indéterminée, car une nouvelle donnée est apparue dans l’équation : les défunts.

L’idée de Twitter de libérer des noms d’utilisateur en supprimant les comptes inactifs a posé la question de la sauvegarde des profils de défunts. // Source : QuoteCatalog

En effet, les comptes inactifs n’appartiennent pas seulement à des personnes qui se sont désintéressées de Twitter. Il y a parmi eux des profils de personnes décédées, qui peuvent être visités de temps à autre par leurs proches pour se souvenir de ce qu’elles ont publié. Or, si Twitter se décide à supprimer les profils inactifs, cela aura pour effet d’effacer leur trace numérique et, par conséquent, leur mémoire.

« Nous vous avons entendu au sujet de l’impact que cela aurait sur les comptes des défunts. C’était une erreur de notre part. Nous ne supprimerons pas les comptes inactifs tant que nous n’aurons pas créé une nouvelle façon pour les gens de les commémorer », écrit Twitter. Facebook propose une telle approche avec la possibilité de faire basculer un profil en compte de commémoration.

Une prise en charge partielle

Il faut savoir que Twitter dispose depuis 2010 d’une page spéciale permettant aux internautes de contacter le service au sujet du compte d’un proche qui a perdu la vie. Attention : la procédure aboutit à la désactivation du compte. En clair, il sera supprimé. Il convient donc de bien considérer la situation et d’en parler avant aux autres membres de la famille, car il n’y a pas de retour en arrière possible.

Pour éviter les procédures abusives, il faut montrer patte blanche : le demandeur devra fournir « plus de détails sur la personne décédée », mais aussi transmettre une copie de sa carte d’identité, ainsi qu’une copie du certificat de décès. Il faudra aussi préciser la nature de la relation qui l’unit au défunt (membre de la famille ou représentant autorisé) et divers autres éléments.

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Twitter va travailler à la possibilité de transformer des comptes en profils de commémoration. // Source : Jay Baker

En 2010, Twitter indiquait qu’il peut « supprimer leur compte ou aider les membres de la famille à conserver une copie de sauvegarde des tweets publics » du défunt. Cependant, cette possibilité de récupérer une archive des messages publics n’est plus mentionnée dans les pages d’aide du site. Il faudra donc éventuellement passer par un service tiers si la conservation des tweets est souhaitée.

Par ailleurs, Twitter refusera de donner le contrôle du compte (c’est-à-dire en livrant le mot de passe et l’identifiant de connexion) ou de fournir les messages privés envoyés ou reçus par la personne disparue. Cela vaut quel que soit le lien de parenté entre le demandeur et le défunt. Ces informations relèvent de sa vie privée et n’ont pas à être communiquées, y compris dans ces circonstances.

En attendant de connaître la solution que retiendra Twitter, il est à noter qu’un projet a été lancé dès le 26 novembre pour organiser la sauvegarde du contenu public d’un compte Twitter d’une personne décédée. Il suffit de remplir un formulaire, en renseignant juste le compte en cause — sans plus de vérification.

Quel rapport au deuil ?

La gestion des morts sur les réseaux sociaux est un vrai enjeu, surtout pour les sites qui perdurent dans le temps. Une plateforme comme Facebook avait très peu de morts dans les premiers temps de son existence. Quinze ans plus tard, ce nombre a mécaniquement augmenté et continuera de progresser, au point qu’il y aura peut-être un jour plus de morts que de vivants, si le site est toujours actif.

Par ailleurs, le maintien ou la suppression des comptes de disparus entraîne une autre problématique : celle du rapport au deuil. La crainte que peuvent susciter des initiatives comme les comptes de commémoration est de ne pas aider les individus à aller de l’avant, mais à être constamment rattrapés par la perte d’un être aimé, surtout si le site commet la maladresse de rappeler son anniversaire, par exemple.

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