Dans une conférence de presse annoncée au dernier moment, la Nasa a fait le point sur les déboires de Starliner, plus d’un an et demi après. Des ratés avaient perturbé lourdement la mission, forçant même les astronautes à rester bien plus longtemps que prévu à bord de l’ISS. L’analyse finale de l’agence spatiale américaine est très dure à l’égard de Boeing, le fabricant de la capsule, mais aussi envers elle-même.

Un incident de Type A, le rang le plus élevée dans le modèle de classement des incidents.

Dans la soirée du 19 février 2026, la Nasa fut particulièrement sévère lors de sa conférence de presse dédiée à la mission Starliner, menée par le constructeur Boeing. Pour l’agence spatiale américaine, les ratés observés durant ce vol ont transformé l’évènement en un problème majeur. Au point même qu’il a été placé au même niveau que les drames qui avaient eu lieu à bord des navettes spatiales Challenger et Columbia.

Il faut remonter à juin 2024 pour saisir de quoi il est question ici. À l’époque, le véhicule CST-100 Starliner s’envolait en direction de la Station spatiale internationale (ISS), avec à son bord les deux astronautes américains Barry Wilmore et Sunita Williams. À la base, ils auraient dû ne faire qu’un court séjour en orbite. Hélas suite à des dysfonctionnements observés sur le vaisseau, la Nasa a préféré ne pas les faire rentrer avec le même véhicule. Et surtout, pas tout de suite.

Un vaisseau Starliner mal conçu depuis le départ

Résultat, ils ne sont revenus sur Terre que huit mois plus tard, à bord d’une capsule Crew Dragon de SpaceX, tandis que la capsule de Boeing a fait le chemin du retour, à vide.

Depuis, de nombreuses investigations ont eu lieu pour savoir ce qui avait conduit à une telle crise. Jared Isaacman, tout récent administrateur de la Nasa, a résumé les choses ainsi : « Ce qu’il y a de plus troublant dans cette enquête n’est pas le matériel lui-même, mais la prise de décision et le leadership qui, si on le laisse sans surveillance, peut créer une culture incompatible avec le vol spatial habité. »

Le premier problème concernait le vaisseau lui-même, mal conçu par Boeing qui a connu de nombreuses difficultés au cours des années. Cela n’était pas tout à fait une surprise, puisque le premier vol était prévu pour 2017, avant d’être repoussé à de nombreuses reprises en raison d’une succession d’échecs lors des tests.

Les détails techniques ne sont pas encore connus, mais il semble que la conception même du vaisseau partait sur de mauvais rails, dès la mise en place du design du véhicule et de son système de propulsion. De mauvaises orientations qui ont mené par la suite à des problèmes sur les moteurs lors du vol.

De mauvaises décisions sous le contrôle de la Nasa

Mais surtout, la Nasa revient sur les mauvaises décisions prises au sein de Boeing, qui ont conduit à cette crise, sans épargner par ailleurs sa propre agence.

Dans une note envoyée aux employés et rendue publique, Jared Isaacman précise : « La volonté de la Nasa de maintenir deux moyens d’accès à l’espace a influencé les discussions techniques et opérationnelles sur les risques. C’est dans cette optique que nous avons examiné les décisions prises à travers les différentes phases de la mission. »

Source : Joel Kowsky
Barry Wilmore et Sunita Williams. Source : Joel Kowsky

Ainsi, dans son désir d’avoir à tout prix une alternative à SpaceX, la Nasa n’aurait pas bien conduit les corrections adéquates suite aux premiers soucis des moteurs. Par ailleurs, elle aurait priorisé la continuité du programme Starliner et la réputation de Boeing au moment de décider des options possibles pour l’équipage. Même après le retour à vide, elle aurait décidé de ne pas déclarer l’affaire comme un incident pour ne pas porter atteinte à l’ensemble du programme.

Loin de ménager Boeing, Jared Isaacman ne retient pas ses critiques dans sa conclusion, avec des formules inhabituelles pour un administrateur de la Nasa : « Ces décisions ne correspondent pas à la culture de la sécurité de la Nasa. Une enquête indépendante a été mise en place, et tout cela est maintenant corrigé. »

Pour l’agence, le niveau de risque acceptable a été largement dépassé dans cette affaire et « cela ne doit plus jamais se produire. »

Boeing dans la tourmente, mais toujours là

Ce rapport sans concession a surpris parmi les observateurs du secteur, surtout alors que la mission Starliner s’était terminée sans réelle perte et que tout aurait pu en rester là. Eric Berger, journaliste spécialisé pour Ars Technica, s’en est étonné sur X : « La chose la plus facile à faire, ce qui était attendu à vrai dire, aurait été pour la Nasa de glisser le rapport sous le tapis, déclarer que Starliner-CFT était une source d’apprentissage, et dire que tout allait bien. La Nasa n’a pas pris le chemin facile. »

Starliner lors de son retour sur terre // Source : Twitter Nasa
Starliner lors de son retour sur terre // Source : Twitter Nasa

Et maintenant, que va-t-il se passer ? D’après Eric Berger dans Ars Technica, tout n’est pas fini pour Boeing puisque des astronautes seraient en plein entraînement pour une future mission Starliner-2 d’ici 2027. Mais la Nasa a bien précisé qu’aucun autre vol habité sur Starliner n’aurait lieu tant que toutes les causes du problème n’auraient pas été comprises et corrigées. Malgré tout, la Nasa ne fait pas une croix sur toute collaboration future avec Boeing.

D’ailleurs, l’entreprise est en charge de nombreux systèmes autour de la fusée SLS qui est en train de mener ses derniers tests avant son premier vol habité vers la Lune dans le cadre d’Artémis II. Jared Isaacman a assuré que les déboires autour de Starliner n’auraient aucune incidence sur cette autre mission capitale et historique pour l’agence.

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