Le patron de SpaceX a opéré un virage stratégique spectaculaire ce week-end. Sauf que ce soudain « réalisme » lunaire contredit frontalement ses propres déclarations de 2025. Décryptage d’un rétropédalage justifié par l’urgence d’une « sauvegarde » de la conscience.

L’histoire de la conquête spatiale retiendra peut-être que le destin de SpaceX a basculé entre un tweet de janvier 2025 et une série de messages partagés en février 2026.

Il y a tout juste un an, le 3 janvier 2025, Elon Musk balayait d’un revers de main les ambitions lunaires de sa société. Sa position était alors sans appel sur X, son réseau social : « Non, nous allons directement sur Mars. La Lune est une distraction. »

Douze mois plus tard, pourtant, cette « distraction » est devenue la nouvelle pierre angulaire de la stratégie de SpaceX. Depuis l’annonce du 8 février, où il a confirmé que la Lune était désormais la priorité pour les dix prochaines années, le milliardaire a passé les deux jours suivants à justifier ce qui a tout l’air d’un spectaculaire virage à 180 degrés.

L’urgence de sauvegarder la civilisation

Comment a-t-on pu passer d’une lecture présentant la Lune comme une perte de temps et de ressources à celle d’une étape indispensable pour la suite des événements ? Dans sa prise de parole de février 2026, Elon Musk a introduit une nouvelle variable dans son équation : le risque existentiel immédiat. Et celle-ci change tout, à l’entendre.

L’objectif n’est donc plus seulement l’exploration spatiale, mais la création d’une « sauvegarde » de l’humanité le plus vite possible, avant la survenue d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine. Et l’option la plus proche, la plus simple et la mieux maîtrisée s’appelle la Lune, qui n’est éloignée « que » de 380 000 km de la Terre.

« Ce changement de priorité s’explique par ma crainte qu’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine empêche les vaisseaux de ravitaillement provenant de la Terre d’arriver, entraînant ainsi la disparition de la colonie », a ainsi justifié Elon Musk sur X. Et la réalité de l’éloignement de Mars ainsi que la dynamique orbitale ont fait le reste.

Vue d'artiste du Starship de SpaceX posant des astronautes sur la Lune. // Source : SpaceX
Vue d’artiste du Starship de SpaceX posant des astronautes sur la Lune. // Source : SpaceX

Pour atteindre Mars dans des conditions idéales, la fenêtre de tir s’ouvre tous les vingt-six mois et implique un voyage de six mois. Pour rallier le satellite naturel de la Terre, la fenêtre de tir est disponible tous les dix jours, et ne nécessite que deux ou trois jours.

Le calcul est donc vite fait : « Nous pouvons rendre la cité lunaire autonome en moins de 10 ans, alors que Mars prendra plus de 20 ans », assène le fondateur de SpaceX. La Lune, cette « distraction », permet finalement d’itérer, d’échouer et de recommencer (la marque de fabrique de la société) à une cadence bien plus élevée.

Le changement de paradigme est majeur : la Lune n’est plus vue comme un obstacle, mais au contraire, comme un accélérateur. C’est surtout le « canot de sauvetage » le plus immédiatement accessible, si l’on adhère à la crainte existentielle d’Elon Musk.

Changer les conditions de la victoire

Ce pragmatisme s’accompagne d’une humilité inhabituelle chez Elon Musk, sans doute dictée par un contexte concurrentiel qui s’est vivement durci. Ces dernières années, le programme spatial chinois a fortement progressé, tout particulièrement son volet habité. Quant à Blue Origin, son grand rival côté américain, il a aussi fait de récents bonds de géant.

« Ils pourraient réussir à poser quelque chose sur la Lune avant SpaceX, et cela ne me dérange pas. Je serai l’un des premiers à les féliciter », a-t-il ainsi admis. En somme, l’enjeu n’est pas tant de planter en premier un drapeau que de changer d’échelle et de raisonner non pas au niveau national, mais au niveau civilisationnel.

« Ils pourraient réussir à poser quelque chose sur la Lune avant SpaceX, et cela ne me dérange pas. Je serai l’un des premiers à les féliciter. »

Elon Musk

SpaceX accepte donc d’être « plus proche de la tortue que du lièvre », mais parce que la société change en fait les conditions de la victoire. Dans la tête d’Elon Musk, la course ne se joue plus sur la rapidité du premier arrivé, mais sur sa capacité industrielle à acheminer « des millions de tonnes de matériel et de personnel sur la Lune afin d’y construire une ville autonome. »

Pour défendre la colonisation de la Lune et la viabilité d’un tel projet, Elon Musk s’est fait planétologue le temps de quelques tweets, en affirmant qu’il y avait « assez de carbone et d’hydrogène sur la Lune » pour y vivre en autarcie. Il n’a cependant pas approfondi le sujet en expliquant comment les trouver, les extraire, les stocker ou les utiliser.

Mars n’est pas totalement abandonnée

Et Mars, dans tout ça ? Les ambitions de conquête de la planète rouge sont-elles vraiment enterrées chez SpaceX ? À court terme, oui, en raison de la priorisation donnée à la Lune. Mais ce qui est enterré peut être ensuite sorti du tombeau. D’ailleurs, Elon Musk s’est efforcé sur X d’expliquer que cette réorganisation ne signe pas du tout la fin de ce rêve.

Selon ses derniers tweets, publiés entre le 8 et 10 février, le projet martien démarrera « en parallèle » dans 5 à 6 ans. Mais attention, la stratégie logistique, elle, reste inchangée : la Lune ne sera pas une station-service ou une étape-relais. « Nous continuerons de lancer directement de la Terre vers Mars », a affirmé l’entrepreneur. La raison ? Le carburant récupérable sur la Lune est trop rare pour servir à ça.

Elon Musk Mars Starship
Mars est mise de côté, pour l’instant. // Source : Montage Numerama

D’ailleurs, si la cité lunaire pourrait commencer à sortir de terre d’ici une dizaine d’années, selon les prévisions d’Elon Musk, une ville autonome martienne pourrait voir le jour d’ici vingt à trente ans. Et peut-être même plus vite, si « les revenus générés par les activités lunaires accélèrent le projet martien », avance l’entrepreneur.

Il reste évidemment à voir si ce calendrier est réaliste, car Elon Musk ne s’est pas distingué historiquement par le respect des échéances données.

Reste cependant une inconnue dans l’équation, dont les facteurs ont évolué : l’intelligence artificielle. Le milliardaire a en effet glissé une référence à l’IA au détour d’une réponse, évoquant un « atout supplémentaire lié à l’IA », sans donner le moindre détail, mais qui laisse entendre qu’elle jouerait un rôle clé dans ce plan. Reste à savoir lequel.

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