Alors que les séjours de six mois dans la Station spatiale internationale sont courants, la Chine n'a, jusqu'à présent, pas encore réussi à égaler cette durée. Mais cela va changer avec la mission Shenzhou 13.

Elle était attendue depuis plusieurs semaines. La nouvelle mission spatiale habitée de la Chine a désormais une date de lancement et elle est imminente : ce sera le samedi 16 octobre à 00h24 (heure locale). Il s’agira de la deuxième mission spatiale habitée conduite par l’Empire du Milieu en 2021, après une longue période d’inactivité — les précédents vols sont antérieurs à 2017.

L’équipage qui s’apprête à partir dans deux jours est composé de trois personnes : Zhai Zhigang, Ye Guangfu et Wang Yaping. Deux hommes et une femme. Seul l’un d’eux n’a encore jamais quitté l’atmosphère terrestre. Il s’agit de Ye Guangfu. Les deux autres ont déjà participé à des opérations précédentes, mais de durées plutôt modestes — presque trois jours pour l’un, quatorze jours pour l’autre.

Ainsi, Wang Yaping est une taïkonaute qui a déjà eu l’occasion de faire un petit tour dans l’espace pendant un peu plus de 14 jours avec le vol Shenzhou 10. À l’époque, il s’agissait d’occuper la toute première station spatiale chinoise, Tiangong-1, aujourd’hui disparue. De son côté, Zhai Zhigang a mené en 2008 une mission de près de trois jours, durant lesquels il a pu effectuer une sortie spatiale.

Un record de durée dans l’espace pour la Chine

La mission qui s’ouvre pour cet équipage est toutefois très différente, ne serait-ce que par sa durée. Il s’agit de maintenir dans l’espace, à l’intérieur de la station spatiale Tiangong-3, trois taïkonautes pour une mission de six mois. C’est une durée considérable, que la Chine n’a jamais encore pu tester. Si elle y arrive, elle s’alignera sur la durée des séjours courants à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

Il s’avère que l’Empire du Milieu a déjà préparé le terrain avec la mission Shenzhou 12. Durant ce périple, trois taïkonautes sont restés dans Tiangong-3 pendant trois mois, ce qui a permis d’accumuler une première expérience d’une présence durable dans l’espace. Il s’agit d’un bond considérable pour le programme spatial chinois, car toutes les autres missions Shenzhou n’ont jamais dépassé les deux semaines.

Durant les six mois dans l’espace, les trois membres de l’équipage Shenzhou 13 seront amenés à effectuer des expériences scientifiques, mais aussi à poursuivre l’assemblage de la station spatiale. Quelques moments forts sont à prévoir, avec la sortie extravéhiculaire autour de Tiangong-3. Leur retour sur Terre est prévu pour le début de l’année 2022, au mois d’avril.

Rendu à l’échelle de la grande station spatiale modulaire chinoise. // Source : Wikimedia/CC/Saggittarius A

Actuellement, la station Tiangong-3 connaît des périodes d’inoccupation, car il n’y a pas toujours un équipage à bord — alors que dans le cas de l’ISS, les rotations sont menées de façon à ce qu’il y ait toujours du monde, parfois trop d’ailleurs. Cependant, la station reste sous le contrôle de l’agence spatiale chinoise et dispose de fonctions automatiques.

En amont de Shenzhou 13, la Chine a fait décoller le 20 septembre une fusée Longue Marche 7 depuis la base de lancement de Wenchang située sur l’île de Hainan, tout au sud du pays. Cette mission, appelée Tianzhou-3, consiste à ravitailler Tiangong-3 au profit des trois taïkonautes qui arrivent. C’était un vol inhabité contenant plusieurs tonnes de vivres et de matériels.

L’achèvement de la station spatiale est prévu pour 2022. En tout, onze rotations sont au programme. Il reste encore deux missions Tianzhou au printemps et à l’automne 2022 et deux missions habitées Shenzhou. Le planning suit un schéma précis : d’abord l’envoi d’un cargo sans équipage pour équiper la station puis un vol habité, environ un mois plus tard.

Tiangong n’a pour l’instant qu’un seul module, mais deux autres doivent être acheminés en 2022. Les deux autres parties, appelées Wentian et Mengtian, seront des laboratoires pour mener des recherches dans un environnement de micropesanteur, ce que la Chine ne peut pas faire dans l’ISS, faute de pouvoir y accéder — des raisons géopolitiques expliquent cette mise à l’écart.

Tiangong peut accueillir normalement trois personnes, là où l’ISS a déjà pu faire de la place à plus de dix individus. Il s’agit de la troisième station spatiale chinoise, après deux premiers essais de plus petite taille. Ils ont été opérationnels entre 2011 et 2018 pour l’un et entre 2016 et 2019 pour l’autre. Une fois achevée, Tiangong affichera une dimension semblable à l’ex-station soviétique Mir. Elle servira pendant 15 ans.

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