Voilà sans doute une image que l’agence spatiale russe désirait montrer depuis quelques mois : celle d’un cosmodrome de Baïkonour tout à fait opérationnel, s’apprêtant à accueillir le lancement imminent d’une fusée : le lanceur lourd Proton-M. L’engin est d’ailleurs d’ores et déjà dressé sur son pas de tir, dans la steppe hivernale du Kazakhstan.
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper. Certes, Roscosmos évoque Baïkonour ce lundi 9 février 2026 au sujet de l’envoi du satellite météo Elektro-L n°5, prévu le jeudi 12 février, avec plusieurs photos et messages envoyés sur sa chaîne Telegram. Cependant, le cœur du cosmodrome demeure une zone de chantier toujours interdite aux vols habités.

Le mirage du retour à la normale à Baïkonour
Si cette fusée Proton-M peut se présenter aujourd’hui sur son pas de tir, c’est en raison d’une petite subtilité technique : elle doit décoller du site 81, un complexe de lancement physiquement séparé du pas de tir endommagé lors de l’accident du 27 novembre 2025. Ce jour-là, le décollage du vaisseau Soyouz MS-28 avait lourdement dégradé le site 31.
Si l’équipage a pu rejoindre la Station spatiale internationale sans difficulté, il a laissé derrière lui une structure partiellement détruite, avec une cabine de service qui s’est effondrée au fond de la tranchée — là où sont dirigées les flammes de la fusée lors du décollage. Depuis, les options de repli pour les vols habités n’étaient pas formidables pour Moscou.
Derrière le silence russe, la paralysie des vols habités
Pendant des semaines, le silence de l’agence spatiale russe a nourri tous les scénarios. Mais en décembre, Roscosmos a fini par sortir de sa réserve, en confirmant à demi-mot la paralysie ponctuelle de sa capacité autonome à envoyer des équipages et du ravitaillement vers l’ISS. En clair, le départ du cargo ravitailleur Progress, prévu pour cet hiver, n’aurait pas lieu.
Aujourd’hui, Roscosmos est bien plus loquace. Outre les photos, l’agence a signalé que « la commission d’État a autorisé le transport et l’installation du Proton-M sur le complexe de lancement de Baïkonour le 9 février », ce qui a déclenché son transport sur le pas de tir. Désormais, les équipes sont affairées à préparer le départ pour le jour J.

Mais derrière cette agitation médiatique, le secteur spatial russe n’a pas encore surmonté l’accident de novembre. Preuve en est le message publié le 19 décembre par Roscosmos indiquant que le retour à la normale prendrait du temps : « remplacement de la cabine de service sur la plate-forme 31 de Baïkonour, mise en service prévue fin février 2026. »
En clair, tant que cette structure métallique monumentale, qui sert d’accès au sommet de la fusée avant le décollage, ne sera pas opérationnelle, aucun vaisseau Soyouz ne pourra s’envoler.
La préparation d’un plan B pour l’ISS
La paralysie hivernale de Baïkonour — un cosmodrome déjà fort diminué avec l’indisponibilité du pas de tir historique de Gagarine — n’affecte pas que le secteur russe. Elle a aussi des répercussions internationales. En effet, l’incapacité de la Russie à garantir ses vols vers l’ISS a forcé la Nasa et SpaceX à préparer précipitamment des solutions alternatives pour ne pas laisser la station sans relève et sans ravitaillement.
Indirectement, le décollage de la fusée Proton le 12 février sera vu aussi à travers le prisme de la crédibilité pour Moscou. Un décollage réussi depuis Baïkonour serait par ailleurs un succès médiatique sur lequel capitaliser. Mais le véritable rendez-vous pour la souveraineté spatiale russe aura lieu quand le site 31 sera pleinement de retour.
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