C’est un scénario catastrophe classique : que se passerait-il si un astéroïde dangereux menaçait la Terre d’un impact dévastateur ? La réalité est rassurante : il y a peu de chance que l’humanité soit prise de court, étant donné notre niveau de surveillance, auquel s’ajoutent des techniques de protection en voie de développement.

On commence à en avoir l’habitude : dès qu’un astéroïde passe dans la région, les gros titres sont les mêmes, à savoir qu’un « astéroïde dangereux pourrait menacer la Terre ». En réalité, ce ne sont pas des dangers — ils passent à des dizaines ou centaines de milliers de kilomètres de notre planète. Mais, admettons : si un astéroïde s’avérait réellement menaçant, que se passerait-il ? Comment l’alerte serait-elle gérée par une agence telle que la Nasa ?

C’est la question que Business Insider a posée le 17 février 2023 à Lindley Johnson, directeur du Planetary Defense Coordination Office de la Nasa — le bureau de l’agence spatiale américaine dédié à la question des objets géocroiseurs (astéroïdes, comètes). Réponse : une procédure établie, très stricte, est suivie au moindre doute.

« Je n’ai pas de téléphone rouge »

« Je n’ai pas de téléphone rouge sur mon bureau ou quoi que ce soit de ce genre », s’amuse Lindley Johnson. « Mais nous disposons de procédures formelles permettant de notifier un impact grave. »

Vue d'artiste de la mission DART. // Source : Capture d'écran YouTube Nasa
Vue d’artiste de la mission DART. // Source : Capture d’écran YouTube Nasa

À l’origine de l’alerte initiale, ce serait l’International Asteroid Warning Network (ou IAWN). Cette organisation, créée en 2013 après une recommandation des Nations Unies, rassemble des astronomes du monde entier. Si certains d’entre eux viennent à détecter un risque, les autres membres doivent vérifier : cela permet d’évacuer une erreur ou une mauvaise interprétation. Ce serait seulement si la détection venait à être confirmée par ce processus collégial que l’alerte serait donnée par la Nasa.

Un astéroïde est considéré comme un danger potentiellement grave s’il dépasse 140 mètres de diamètre (à partir de 500 mètres, il pourrait raser une ville comme Paris), et qu’il passe à 0,5 unité astronomique de la Terre, soit la moitié de la distance Terre-Soleil. À ce jour, quelque 34 000 astéroïdes sont identifiés à proximité de notre planète, dont 2 700 auraient un potentiel à risque. Il est toutefois possible de prédire leur orbite jusqu’à cent ans à l’avance, et aucun n’est menaçant à l’heure actuelle (il n’y a qu’une chance sur 2 700 que l’astéroïde Bennu frappe la Terre dans 159 ans…). L’IAWN se charge par ailleurs d’en chercher et d’en recenser de nouveaux — car on sait que le recensement reste incomplet.

Que se passerait-il si un astéroïde menaçait vraiment la Terre ?

Si tant est qu’une frappe d’astéroïde soit imminente, ce serait plus probablement à l’échelle d’années, auquel cas la Nasa est préparée. Il y a deux possibilités. Si la menace est nationale (sur le sol américain), l’agence spatiale doit prévenir la Maison-Blanche. Si la menace est internationale, la Nasa doit alerter le Bureau des affaires spatiales des Nations unies.

« Cela nous laisse tout le temps d’essayer de faire quelque chose »

Pour gérer la situation, dans tous les cas, la mise en place d’un plan de défense planétaire prendrait 5 à 10 ans, selon Lindley Johnson. Un délai qui semble raisonnable, étant donné la prédictibilité d’un tel événement. Plusieurs possibilités :

  • Avec un délai de 10 ans, il serait possible de simplement détourner l’orbite de l’astéroïde. En 2022, le vaisseau DART a été volontairement crashé dans l’astéroïde Dimorphos pour dévier sa course. C’était un test, Dimorphos ne représentant aucun danger réel, réalisé avec succès. Il existe plusieurs autres pistes dans les méthodes de déviation : la traction gravitationnelle ou encore les faisceaux d’ions.
  • Avec un délai de 5 ans, la déviation serait trop difficile à mettre en œuvre, selon Johnson. La destruction serait alors l’issue : en explosant l’astéroïde alors qu’il est encore à bonne distance, cela disperserait les risques.
  • Avec un délai de 6 mois, ce serait beaucoup plus compliqué d’en faire un impact anodin ; le danger serait bien réel. Car cela prend du temps de déterminer la nature de l’astéroïde, puis de choisir une solution, puis de mettre en place cette solution. Mais ce scénario catastrophe digne de Don’t Look Up est particulièrement improbable. Encore une fois, le suivi des objets géocroiseurs à proximité de notre planète offre une avance précieuse. « Cela nous laisse tout le temps d’essayer de faire quelque chose à leur sujet pendant qu’ils sont encore dans l’espace, afin d’éviter toute catastrophe sur Terre », conclut Johnson auprès de Business Insider.
Simulateur d'impact d'astéroïde. // Source : Capture d'écran Neal Fun
Simulateur d’impact d’astéroïde. // Source : Capture d’écran Neal Fun

D’ailleurs, un satellite nommé NEO Surveyor doit être lancé courant 2027. L’objectif : repérer, grâce au spectre de l’infrarouge moyen, les astéroïdes les plus difficiles à détecter depuis la Terre. Avec ce nouvel atout dans sa manche, la Nasa s’assurera avec encore plus de certitude d’avoir tout le temps nécessaire pour gérer une situation de « défense planétaire ».

En clair, la Terre est relativement prête : si un astéroïde nous menace, nous disposerions de temps et de techniques pour nous en sortir. On est bien loin des films catastrophes ou des titrailles alarmistes.

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