Reed Hastings a dit qu'il « tirait son chapeau » à Disney+ pour son lancement réussi. Mais dans le fond, Netflix reste le leader incontestable en matière de SVOD et n'a quasiment rien à craindre de cette nouvelle plateforme.

« Je suis vraiment impressionné par la manière dont Disney+ a été lancé », a affirmé Reed Hastings, le CEO de Netflix, au cours de la présentation des résultats financiers au premier trimestre 2020, mardi 21 avril. Sa plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) a ajouté un nombre record de nouveaux abonnés payants (près de 16 millions au lieu des 7 millions anticipés) en trois mois en raison du confinement que la moitié de la population mondiale est contrainte de respecter afin d’aider à maîtriser la pandémie de coronavirus.

Interrogé sur les autres offres concurrentes, Reed Hastings a suivi sa ligne de conduite habituelle : ne jamais dire du mal de ses adversaires. « Cela fait 20 ans que j’observe les entreprises en place comme Blockbuster ou Walmart, mais je n’avais jamais vu une telle exécution de la part d’un acteur déjà bien en place, qui apprend les nouvelles ficelles et les maîtrise si bien  », a-t-il concédé le sourire aux lèvres.

Disney+ est le grand projet de la fin des années 2010 de Disney : la plateforme de SVOD a été lancée le 12 novembre aux États-Unis et dans quelques autres pays, avant d’être étendue en Europe fin mars. En France, Disney+ est accessible depuis le 7 avril 2020 ; on y trouve environ 500 films et 150 séries, avec peu d’exclusivités.

Disney Plus versus Netflix

Disney+ n’a pas de raison d’inquiéter Netflix

« Les voir atteindre 50 millions [d’abonnés] en six mois, c’est bluffant », a-t-il également souligné. « Je leur tire mon chapeau. » Il est vrai que Disney+ a annoncé, le 9 avril, avoir atteint cette barre symbolique très impressionnante. La prouesse est notable, car l’offre n’est pas disponible dans autant de pays que Netflix, et depuis beaucoup moins longtemps.

Il convient toutefois, comme nous l’avions montré, d’ajouter du contexte à ces données pour comprendre pourquoi Netflix et Disney ne jouent pas dans la même cour : Disney+ a beaucoup moins de contenus, une ligne éditoriale rigide basée uniquement sur les productions « familiales », très peu d’exclusivités et encore moins de nouveautés. De plus, l’offre est moins chère (6,99 euros par mois donnent accès à 4 connexions simultanées), et Disney+ a bénéficié d’une très grosse couverture médiatique cette dernière année, notamment à cause de la popularité de ses franchises (Star Wars, Marvel, Pixar).

De plus, ces 50 millions d’abonnés comprennent différents types d’offres : aux États-Unis, en Inde et en France, des millions de clients bénéficient gratuitement de Disney+, parce qu’ils sont clients de l’opérateur Verizon pour l’un, de Hotstar Premium pour l’autre ou encore de Canal+ pour l’hexagone. Le fait que le catalogue se renouvelle peu est également un argument important, qui pousse à se montrer prudents sur les comparaisons hâtives : sur le long terme, le catalogue de Disney+ risque de s’épuiser, alors que Netflix continue de miser de plus en plus sur les productions originales et moins sur les contenus d’autres diffuseurs.

« Nos fournisseurs deviendront un jour nos concurrents à long terme  », a résumé Ted Sarandos, responsable des contenus, au cours de la même conférence du 21 avril 2020. Les gros groupes comme NBCUniversal ou Warner ont, par exemple, déjà commencé à rapatrier certaines séries phares (souvent à prix d’or) : c’est pour cette raison que Netflix ne pourra bientôt plus proposer à ses abonnés américains des incontournables comme Friends et The Office.

Reed Hastings a toutefois confirmé que Netflix allait continuer à multiplier les « contenus pour enfants et les dessins animés », afin de ne pas se laisser distancer par Disney+ et son offre résolument tournée vers les enfants — un choix qui ne plaît pas à tout le monde, notamment les équipes créatives qui développent des productions et souhaiteraient pouvoir aborder des thématiques plus adultes.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo