NBC a dépensé 500 millions de dollars pour que The Office ne soit plus sur Netflix. Ce montant faramineux est symbolique de la guerre qui fait rage entre les plateformes et de combien l'industrie de la télévision est en pleine mutation. Et personne ne sait vraiment vers où on se dirige.

100 millions de dollars par an, pendant cinq ans. C’est le montant faramineux que le groupe NBCUniversal a mis sur la table, selon le Hollywood Reporter, pour s’assurer que la série The Office ne soit plus disponible sur Netflix aux États-Unis, mais sur la future plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) du groupe.

La séries américaine avec Steve Carell est une adaptation de la série britannique du même nom, créée en 2001 par Ricky Gervais et Stephen Merchant, mais qui n’a pas connu le même succès. The Office (US) a quant à elle pris de l’ampleur, gagnant la reconnaissance de plus en plus de fans au cours de ses neuf saisons (2005-2013) de diffusion sur NBC.

Mais la production connaît une nouvelle vie aux États-Unis depuis qu’elle est diffusée sur Netflix. Dans une enquête d’avril dernier, le Wall Street Journal montrait comment elle était l’un des contenus les plus regardés sur la plateforme et ce, de manière stable tout au long de l’année. Selon un sondage mené avec Nielsen (et donc non validé officiellement par Netflix), les utilisateurs auraient visionné deux fois plus de minutes de la série que de minutes de Stranger Things sur un an, qui est pourtant l’un des produits (exclusif et original) phares de la multinationale.

Graphique du Wall Street Journal à partir de données Nielsen // Source : WSJ

Les plateformes ont deux choix : l’argent ou l’exclusivité

La bataille pour les droits de diffusion des séries cultes est devenu un enjeu colossal dans un paysage audiovisuel bouleversé par les plateformes de streaming, Netflix en tête. Pendant des années, ce dernier a occupé une position de quasi-monopole jusqu’à atteindre aujourd’hui les 148 millions d’abonnés dans le monde. Mais la concurrence n’a pas tardé à arriver. Aujourd’hui, une demi-douzaine de plateformes de SVOD sont en préparation : Disney+, Apple TV+, Warner, Universal TV arriveront bientôt, certaines mêmes d’ici la fin de l’année 2019.

« Friends » // Source : NBC

Or à l’exception d’Apple qui doit créer ses séries et films, ces groupes disposent déjà de contenus à eux. Disney a l’intégralité de son catalogue ainsi que ceux de Marvel et Pixar. Warner dispose de mastodontes comme Friends ou The Big Bang Theory… et NBCUniversal est propriétaire de The Office. Ces firmes à qui Netflix a acheté les droits de diffusion de leurs contenus pendant des années sont donc à présent en train de changer de stratégie. Deux chemins s’offrent à elles :

  • Proposer leurs séries originales sur leurs plateformes de SVOD mais continuer à les louer de manière non exclusive à d’autres comme Netflix (c’est le cas actuellement pour WarnerMedia avec Friends), mais cela pourrait ne pas durer : Kevin Reilly, le patron de WarnerMedia, a ainsi rappelé en février que «  partager n’est pas un bon modèle économique »,
  • Ne plus accorder les droits de diffusion de leurs séries originales à d’autres et les garder pour leur nouvelle plateforme naissante, ce qui permet d’avoir un produit d’appel très fort pour attirer des abonnés, mais qui signifie une grosse baisse de revenus pour le groupe et de visibilité pour la série.

Que va-t-il se passer pour The Office ? Outre atlantique, Netflix a le droit de la diffuser jusqu’en janvier 2021, puis elle ne sera plus visionnable ailleurs que sur la future plateforme de NBCUniversal. En France à ce jour, la série est diffusée par Amazon Prime Vidéo, l’offre de streaming comprise dans Amazon Prime. Tant que NBCUniversal ne lance pas son futur service en France, il semble logique que celle-ci reste louable à des plateformes en France.

Que va-t-il se passer pour Netflix ? La multinationale ne tombe certainement pas des nues.  Cela fait des années qu’elle se prépare à l’arrivée de ces concurrents ; c’est pour cette raison qu’elle investit des milliards chaque année en contenus exclusifs et débauche les meilleurs talents (Shonda Rhimes, Ryan Murphy, etc.) pour se créer une bibliothèque d’originaux qui ne pourront jamais quitter son catalogue.

Que va-t-il se passer pour les abonnés ? C’est la question à un milliard, à laquelle très peu de plateformes ou d’observateurs se risquent de répondre. Alors que se multiplient les offres d’abonnements dans tous les secteurs (musique, presse, vidéo et maintenant jeux vidéo), beaucoup se demandent si le portemonnaie des abonnés va suivre, et s’il y a bien une place pour les nouveaux entrants.

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