Le gouvernement prépare une application pour permettre aux Françaises et aux Français de prouver leur identité en ligne pour interagir avec des services publics ou privés.

Quel est ce projet d’application d’identité numérique ?

« France identité numérique » est un programme interministériel lancé en 2018, sous l’égide des ministères de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que du secrétariat d’État au numérique. Le but est de proposer un moyen simple pour interagir avec des services publics et privés, en prouvant son identité afin que ceux-ci aient la certitude que vous êtes bien celui ou celle que vous prétendez être.

Un premier projet existait ce sens : il s’appelait Alicem. Il est remplacé par une autre initiative, qui consiste en une future application d’identité numérique. Celle-ci permettra de se connecter à FranceConnect, un portail d’accès à des centaines de démarches administratives en France grâce à un système de connexion centralisé.

L’application doit aussi permettre de répondre à d’autres besoins :

  • Fournir un justificatif d’identité ;
  • Justifier de sa majorité ;
  • Donner une procuration ;
application service
Des usages possibles avec la nouvelle application. // Source : France identité numérique

Le deuxième service pourrait être envisagé pour accéder à des sites X. Depuis 2020, une loi impose aux sites pornographiques de vérifier l’âge des internautes, pour tenir à distance les mineurs — un objectif légitime. Sinon, les sites qui ne le font pas s’exposent à un blocage. Or, le fait est que ces sites doivent se débrouiller, faute de consigne claire.

Compte tenu de la sensibilité du sujet, puisqu’il est question à la fois de données personnelles et d’identité en ligne, des dispositions particulières sont annoncées pour protéger les Françaises et les Français qui souhaitent utiliser cette application. Celle-ci sera facultative et il sera possible de l’abandonner pour privilégier une autre approche (aller au guichet, par exemple).

Ce projet s’inscrit dans un règlement européen de 2014, eIDAS, qui organise les « interactions électroniques sécurisées » entre la population, les sociétés et les administrations selon trois seuils : faible, substantiel et élevé. Plus ce niveau est élevé, plus la garantie que la personne est la bien celle qu’elle dit être est haute.

Pourquoi une nouvelle application alors qu’il y avait déjà le projet Alicem ?

Il y a quelques années, le gouvernement avait été à l’origine d’une première tentative d’application sur l’identité numérique. Son nom ? Alicem, acronyme pour « Authentification en LIgne CErtifiée sur Mobile ». Le projet, qui a fait parler de lui en 2019 et 2020, a été abandonné. Un décret publié en avril 2021 a abrogé celui de 2019 consacré à Alicem.

Alicem devait déboucher sur un moyen d’identification électronique, mais le projet était controversé, car il reposait sur l’utilisation de la reconnaissance faciale. L’usage de cette méthode biométrique avait été l’objet d’une vive controverse et d’une action devant le Conseil d’État pour tenter de s’opposer, sans succès, au traitement de données biométriques avec Alicem.

reconnaissance faciale facebook ok
La reconnaissance, qui se trouvait au coeur d’Alicem, est maintenant écartée. // // Source : Facebook

Le gouvernement, pendant un temps, a défendu Alicem. Cédric O, le secrétaire d’État au numérique, avait dénoncé les « fantasmes » sur l’application. Il ne devait s’agir que d’une alternative pour se connecter aux services publics, en s’assurant de l’identité de chaque personne avec un haut degré de certitude. Et la biométrie est l’un des moyens d’atteindre ce niveau de confiance.

L’exploitation du visage à des fins d’identification et d’authentification nourrit depuis des années de fortes inquiétudes au sein de la société. Elle soulève des enjeux éthiques, car elle touche à l’identité et à l’image des personnes. Elle interroge aussi sur des risques de dérive, de surveillance et de société dans laquelle on devient en permanence identifiable et identifié.

Quels sont les prérequis pour utiliser cette application d’identité numérique ?

L’application d’identité numérique nécessite de satisfaire quelques préalables : il faut télécharger et installer l’application sur son smartphone — elle n’est pour le moment pas encore disponible. Il faut aussi s’assurer que son téléphone dispose d’une capacité de communication en champ proche NFC. Cette technologie est aujourd’hui courante sur les smartphones récents.

CNIe carte nationale d'identité électronique
Source : Melvyn Dadure pour Numerama

L’autre préalable sera la détention de la nouvelle carte nationale d’identité électronique (CNIe). Celle-ci embarque justement une puce sécurisée dans laquelle figurent des données personnelles. Cette puce embarque aussi l’image des empreintes digitales du ou de la titulaire. Il s’agit là aussi de données biométriques, mais elles ne seront pas lues par l’application.

Quels téléphones et quels OS seront compatibles avec l’application d’identité numérique ?

Il est annoncé une compatibilité avec les deux grands systèmes d’exploitation du marché : Android de Google et iOS d’Apple. En pratique, ces deux OS équipent exclusivement tous les smartphones. Il n’est pas encore précisé la version minimum d’Android ou d’iOS à avoir pour faire marcher l’application. Si vous avez Windows Phone, vous n’êtes pas éligible.

Concernant les smartphones, la grande majorité des modèles en circulation devrait être compatible avec l’application — l’idée est de pouvoir la rendre accessible au plus grand nombre. Attention, les smartphones d’entrée de gamme ne sont pas toujours équipés d’une puce NFC. En outre, les simples téléphones portables ne sont pas non plus pris en charge.

Quand arrive cette application d’identité numérique ?

Une phase de test sur Android et iOS est attendue « début 2022 ». Le calendrier de déploiement plus général n’est pas encore arrêté avec exactitude. Le site déclare que « ce service sera mis à disposition des Français qui le souhaitent » cette année.