La candidate du PS à l’élection présidentielle 2022 a surtout mis l’accent sur l’écologie dans son programme. Mais Anne Hidalgo a tout de même quelques propositions concernant le numérique. Voici lesquelles.

En tout, sur les 70 propositions de la candidate socialiste, 11 d’entre elles abordent les sujets de la tech et du numérique. Anne Hidalgo ne se concentre pas autant sur cette thématique que d’autres candidats, mais elle touche tout de même à un certain nombre de sujets. De la cybersécurité jusqu’aux « odyssées industrielles » en passant par l’innovation, la Maire de Paris se positionne sur un certain nombre de thématiques.

Pour l’élection présidentielle de 2022, Numerama consacre tout un dossier aux propositions des candidats et candidates sur les thématiques de la tech, de la cybersécurité et du numérique. Enjeux, intérêt, dangerosité : Numarama va analyser tout ce que les prétendants et prétendantes à la présidence ont imaginé pour l’avenir du numérique en France. Après avoir fait le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron et avoir analysé celui de Jean-Luc Mélenchon, voilà le programme numérique d’Anne Hidalgo.

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Anne Hidalgo est candidate pour le Parti socialiste à l’élection présidentielle. // Source : Wikimedia Commons

Travail et économie

Dans sa proposition numéro 4, afin de « mieux protéger du chômage », la candidate souhaite « abroger la réforme injuste de l’assurance-chômage », et mettre en place des formations continues qui permettront « à notre modèle économique de faire face aux grandes mutations », telles que le changement climatique, la « révolution numérique », et le vieillissement de la population.

Selon Rémi Cardon, sénateur et chargé des questions du numérique pour la campagne d’Anne Hidalgo, l’idée derrière cette proposition est de « profiter de la transition numérique pour apporter de la formation et des compétences, notamment sur le numérique ». L’idée serait de former le plus de monde possible à de nouvelles compétences comme la programmation et la cybersécurité, détaille-t-il pour Numerama.

Autre point important de cette partie dédiée à l’emploi : les droits des travailleurs des plateformes du numérique. « Je mettrai fin à la situation faite aux travailleurs des plateformes numériques, comme par exemple les livreurs, d’être des travailleurs indépendants alors qu’ils n’ont aucune maîtrise de leurs conditions de travail et de rémunération », explique Anne Hidalgo. « La loi établira en leur faveur une présomption de salariat afin qu’ils accèdent à l’ensemble des droits des salariés (SMIC, protection sociale, etc.) » La candidate souhaite également faire en sorte que « la transparence des algorithmes devienne la règle ».

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Anne Hidalgo veut requalifier les contrats des travailleurs des plateformes // Source : eggbank / unsplash

Une partie du programme d’Anne Hidalgo tourne autour de ce qu’elle appelle les « odyssées industrielles de demain », et qu’elle souhaiterait promouvoir si elle accède à la présidence. La réindustrialisation de la France se ferait grâce aux secteurs de la santé, de l’énergie, et du numérique.

Afin de soutenir ces quatre odyssées industrielles, Anne Hidalgo propose d’investir dans la recherche publique dans le secteur du numérique. Les investissements pour ce secteur, pour la santé l’énergie et la mobilité représenteraient 3% du PIB à la fin de son quinquennat, décrit-elle.

L’écologie

La candidate socialiste souhaite promouvoir la « sobriété numérique », expliquant dans son programme que « le numérique contribue d’ores et déjà plus que le transport aérien aux émissions de gaz à effet de serre ».

Qu’est-ce que la sobriété numérique ? Pour Anne Hidalgo et ses équipes, cela passe par plusieurs points : la mise en valeur de la réparabilité des objets, et la consommation énergétique des objets, détaille Rémi Cardon. Pour atteindre cette « sobriété numérique », Anne Hidalgo propose de développer des « filières de réemploi et de reconditionnement d’équipements électroniques », qui bénéficieront d’un taux réduit de TVA.

La candidate socialiste imposera également aux data centers d’établir une « charte de réduction de leur empreinte carbone ». Pour arriver à cette réduction, de nombreuses pistes pourraient être suivies. Rémi Cardon propose ainsi d’éteindre les serveurs de dev et de pre prod le vendredi à 16h. « On n’est pas obligés de laisser tout allumé, ça serait déjà une grande avancée », indique-t-il.

Anne Hidalgo compte également « demander aux opérateurs de réduire les ondes ambiantes en engageant la libération progressive des fréquences obsolètes ». La formulation est floue, mais selon Rémi Cardon, cette proposition est surtout un moyen de « porter l’attention sur des antennes qui pourraient être considérées comme obsolètes », et qu’il faudrait donc faire basculer vers de la 4G ou de la 5G.

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Anne Hidalgo souhaite « réduire les ondes ambiantes ». // Source : Igor / Unsplash

Mais cette proposition est, en plus d’être floue, elle-même un peu obsolète : il existe d’ores et déjà un plan de réallocation des fréquences. C’est notamment ce qu’il s’est passé lorsque la bande 700 MHz, utilisée pour la TNT, a été redistribuée pour la 4G, tout comme des fréquences utilisées pour la 2G, comme la bande 1 800 MHz, peuvent être réassignées pour de la 4G.

Le rôle de l’Union européenne

Pour Anne Hidalgo, « l’Union européenne a un rôle à jouer dans le monde », et plus particulièrement pour maîtriser l’« influence des multinationales et notamment des géants du numérique ». Elle souhaite notamment une taxe européenne sur les géants du numérique.

Une telle taxe a d’ores et déjà été évoquée au niveau de l’Union européenne. Le projet, qui devait permettre d’harmoniser les taxes des pays européens, a cependant affronté de nombreuses réticentes, notamment de la part de l’Irlande et du Luxembourg, connus pour leur fiscalité avantageuse pour les géants du numérique. Le projet est suspendu depuis juillet 2021 à la suite de l’opposition de la secrétaire du Trésor américaine, qui avait demandé à l’Union de « reconsidérer » le projet.

La défense

« Il est primordial de construire notre sécurité face aux défis du 21e siècle », déclare la candidate dans son programme. En plus de vouloir renforcer le rôle de la France et d’augmenter les moyens dans la recherche et le développement militaire, Anne Hidalgo veut réviser « la loi de programmation militaire 2019-2025 », et ce afin de « mieux prendre en compte les nouvelles menaces, notamment en matière spatiale et de cybersécurité ».

Plus spécifiquement, pour Rémi Cardon, « il faut mettre l’accent sur la sensibilisation des TPE / PME, parce qu’ils sont les grands oubliés de la cyber criminalité ». L’idée serait « de les sensibiliser et de donner les moyens à l’ANSI et aux entreprises de se protéger et s’équiper, notamment avec des crédits d’impôt ». Les socialistes souhaiteraient aussi valoriser les solutions européennes dans les commandes publiques pour les logiciels.

La candidate ne détaille cependant pas ce qu’elle souhaiterait inclure concrètement sur la cybersécurité en dehors du cadre des entreprises et au niveau national.

Culture et enseignement

La candidate socialiste dédie un vaste pan de son programme aux questions d’enseignement et de culture. Ainsi, elle souhaite « préserver l’indépendance des droits des artistes » en agissant sur leur rémunération, étant donné qu’ils sont « durement touchés dans le contexte de la mondialisation et de la révolution numérique ».

Au vu de l’intitulé de la proposition, Numerama s’attendait à ce qu’Anne Hidalgo fasse référence aux rôles des plateformes de streaming comme Netflix ou encore Amazon Prime. Mais lorsque nous avons contacté Rémi Cardon, ce dernier nous a expliqué qu’il ne s’agissait pas du tout de cela : cette proposition concerne les NFT, des sortes de certificats d’authenticité inscrits dans des blockchains, et dont des artistes se sont servis pour créer un marché de l’art virtuel.

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Les cryptopunks font partie des NFT les plus populaires. // Source : LarvaLabs

« On a besoin d’une clarification juridique des NFT, pour créer une meilleure protection des actifs concernés et des acteurs impliqués », explique Rémi Cardon, « surtout d’un point de vue juridique sur la propriété intellectuelle. On souhaiterait aussi clarifier le régime des acteurs impliqués dans la commercialisation des NFT, et il faudrait qu’on se concerte avec des représentants du monde de la culture pour faire ça ».

Anne Hidalgo souhaite également « définir une nouvelle politique anti-concentration des médias », et « protéger les principes constitutionnels de liberté, de pluralisme et d’indépendance des médias, face aux géants de l’Internet », le tout « en donnant un statut juridique aux rédactions ». La candidate ne précise pas de quel statut juridique il s’agirait, ni comment ce statut pourrait les protéger face aux « géants de l’Internet » — et Rémi Cardon n’a pas su nous répondre plus précisément sur ce point.

Enfin, la candidate socialiste veut promouvoir l’apprentissage du code dès l’école. Pour elle, l’école doit « apprendre les nouveaux langages du numérique, [et] apprendre à s’informer ».