À 20 heures, les médias sont autorisés à communiquer de premières estimations sur les résultats de l’élection présidentielle. Comment les calcule-t-on ? S’agit-il de vrais résultats ou de sondages ?

Comme le veut la coutume, c’est à 20 heures que le résultat de l’élection présidentielle tombe. Les chaînes de télévision organisent un décompte et, à la fin, le nom du président élu apparaît à l’écran. Plusieurs jours plus tard, le Conseil constitutionnel présente les résultats définitifs de l’élection, quand tout a été dépouillé et que les bureaux accusés d’irrégularités ont été écartés.

Les résultats de 20 heures sont-ils fiables, alors que les bureaux des grandes villes ferment justement à cette heure ? Nous nous sommes interrogés sur le fonctionnement du dépouillement.

À 20 heures, ce sont de vrais résultats

Il y a beaucoup d’incompréhension autour des résultats de 20 heures. Beaucoup de Françaises et de Français semblent convaincus qu’il s’agit de sondages réalisés à la sortie des urnes, en attendant l’arrivée de chiffres officiels. Est-ce le cas ? Figurez-vous que les sondages à la sortie des urnes n’existent plus depuis plusieurs années. Chez Ipsos, un des sondeurs partenaires des médias, les résultats qui tombent à 20 heures sont issus d’un calcul réalisé par des enquêteurs envoyés dans 500 bureaux de vote sélectionnés au vu de leur représentativité de la France (grandes villes, petites villes, clivages politiques…). Parmi ces bureaux, 400 bureaux ferment à 19 heures, 100 à 20 heures. Différents instituts se chargent de ces enquêtes, communiquent ensuite leurs résultats aux médias, puis les mettent à jour tout au long de la soirée. Jusqu’à aujourd’hui, ils ne se sont jamais trompés.

Pour effectuer ces calculs, les enquêteurs sélectionnent des bureaux dans différentes villes et s’y rendent. Ils assistent aux premiers dépouillements puis remontent l’information. Grâce à un calcul sophistiqué (on ne se contente pas d’une moyenne, on observe par exemple les évolutions dans les bureaux qui ont l’habitude voter plus pour un parti que pour un autre), ils arrivent rapidement à des résultats considérés fiables. À 20 heures, les médias annoncent les résultats les plus récents, puis les actualisent dans les minutes qui suivent en attendant les chiffres officiels.

Macron / Le Pen présidentielle
Les deux finalistes. // Source : Montage Numerama

Pour les chiffres de l’abstention, Ipsos récupère les données du ministère de l’Intérieur et effectue un calcul pour estimer à quoi il faut s’attendre à 20 heures.

L’erreur est-elle possible ?

Avec leur modèle statistique, les instituts de sondage empêchent un scénario à l’américaine de se produire (en 2020, les premiers bulletins donnaient Trump gagnant puis les votes par correspondance, dépouillés ensuite, ont permis à Biden de l’emporter). La présence d’enquêteurs dans plusieurs bureaux de vote permet d’obtenir une moyenne équilibrée et, jusqu’à aujourd’hui, a toujours permis aux médias d’annoncer les bons résultats à 20 heures, à quelques centièmes de pour cent près. Il y a eu des doutes (Mélenchon au premier tour par exemple), mais les prédictions initiales étaient bien les bonnes).

Que se passerait-il si deux candidats sont trop proches ? C’est difficile à dire. Nous avons tenté d’interroger Ipsos sur la question à plusieurs reprises, sans jamais recevoir la moindre réponse. On peut imaginer que les médias joueraient la prudence, en attendant une actualisation plus précises grâce aux vrais dépouillements.

Peut-on faire confiance aux sondages sortis par les médias étrangers ?

Une autre méthode existe pour déterminer les résultats d’une élection : les sondages du jour. Les instituts appellent massivement des Français pour leur demander pour qui ils ont voté (s’ils ont voté) et communiquent les réponses aux médias, même si les médias français ne doivent rien dire avant 20 heures pour ne pas influencer le suffrage. C’est de là que viennent certaines fuites sur le hashtag #RadioLondres, qui prétendent communiquer les résultats en avance.

Sont-ils fiables ? Généralement, oui. Mais, en 2002, aucun sondage du jour n’avait imaginé Jean-Marie Le Pen au second tour. Ces méthodes peuvent sans doute causer du tort aux candidats dont on n’assume pas toujours le vote, et donc déformer la réalité. Les résultats de 20 heures, suivis par ceux du ministère de l’intérieur (actualisés en temps réel, mais ils commencent pas les bureaux qui ferment en premier) puis de ceux du Conseil constitutionnel, sont différents et sont plus fiables.