L'organisme à but non lucratif Campaign for Accountability accuse Google de financer des études universitaires sur des sujets politiques - vie privée, concurrence... - qui servent ses intérêts, souvent en manquant de transparence. Le géant de Mountain View contre-attaque en accusant l'organisme de servir la cause de son rival Oracle.

Pour protéger ses intérêts, Google n’hésite pas à financer des recherches universitaires qui vont dans son sens, à coup de de millions de dollars, selon le rapport publié par l’organisme américain à but non lucratif Campaign for Accountability (CfA). Celui-ci entend dénoncer les conflits d’intérêt et autres manœuvres des « intérêts puissants », qu’il s’agisse de gouvernements ou d’entreprises.

Le groupe a ainsi identifié 329 études universitaires publiées dans le monde entre 2005 et 2017 qui ont été financées directement ou indirectement par Google et traitent de thématiques directement liées aux activités du géant : anti-concurrence, neutralité du net, vie privée, brevets, copyright… Daniel Stevens, responsable de CfA, fustige le géant : «  Google utilise son immense richesse et son pouvoir pour tenter d’influencer les législateurs à tout niveau. »

Sur les 329 études, 113 auraient dévoilé leur financement par Google contre 216 qui auraient préféré taire cette information. CfA note que ce financement a nettement tendance à augmenter au cours des périodes où Google subit une forte pression extérieure concernant ses pratiques : « À titre d’exemple, Google a commencé à financer une pléthode d’études universitaires sur le droit de la concurrence en 2011 [au moins 50 ont été publiées sur le sujet jusqu’en 2013], au moment où les autorités américaines de l’anti-concurrence ont commencé à se pencher sur ses pratiques. »

« Flou entre recherche universitaire et promotion rémunérée »

Ce financement aurait connu son pic en 2012, au moment où Google était sous pression conjointe des autorités américaines et de la Commission européenne. Une information pertinente quand on sait que les salariés de Google ont été reçus 71 fois par an à la Maison Blanche pendant les deux mandats de Barack Obama.

« Ces recherches financées par Google proviennent d’une multitude de sources et entretiennent souvent le flou entre la recherche universitaire et la promotion rémunérée de l’entreprise par ses consultants » précise le CfA, qui mentionne en outre les liens des auteurs de ces recherches avec de prestigieux établissements comme Berkeley, UCLA, Stanford ou encore Harvard. L’organisme à but non lucratif rappelle également les importants liens des fondateurs de Google avec le monde académique, l’entreprise ayant notamment été conçue à Stanford.

Google n’a pas manqué de réagir à ces accusations par la voix de Leslie Miller, responsable de sa politique publique : « Campaign for Accountability a publié un rapport au sujet de notre financement de la recherche universitaire. Il prétend lister une centaine de rapports que nous avons ‘financé par un certain biais’. Ce rapport est très trompeur. Il attribue par exemple à Google tout travail qui a été soutenu par une organisation à laquelle nous appartenons ou avons déjà fait un don (comme la CCIA [un collectif d’entreprises de l’informatique et des télécoms] ». Reste que dans plus de la moitié des cas recensés par le CfA (54 %), les recherches ont été financées directement par Google.

commission européenne
CC Sébastien Bertrand

Google accuse Campaign for Accountability d’être à la solde d’Oracle

Le géant de Mountain View va encore plus loin en accusant ouvertement Campaign for Accountability de représenter les intérêts d’un rival bien connu de Google, Oracle : « Il est ironique de parler de transparence […] avec Campain for Accountability puisque ce groupe refuse en permanence de nommer ses investisseurs. Et ces derniers ne le feront pas non plus. Le seul que tout le monde connaît est Oracle, qui mène une campagne de lobbying bien connue contre nous. […] Nous sommes fiers de nos initiatives et de leur intégrité. Campaign for Accountability et ses donateurs ne le sont clairement pas des leurs. »

Le vice-président d’Oracle, Ken Glueck, a en effet reconnu ce financement à l’été 2016, alors que son entreprise venait de perdre son second procès contre Google, après celui entamé en 2010 autour d’une prétendue violation de brevet sur Android.

Campaign for Accountability a réagi à son tour à la défense de Google : « À chaque fois que les mauvaises pratiques de Google sont mises à découvert, il accuse quelqu’un d’autre. Au lieu d’échapper à sa responsabilité, Google ferait mieux de revoir [ses pratiques], qui le placent au même niveau que Supermajor [les 6 plus grandes compagnies pétrolières privées au monde] et Big Tobacco [les 5 plus grands industriels du tabac au monde]. »

Google reste menacé par la Commission européenne sur d’autres dossiers après son amende de 2,4 milliards d’euros

Même si les accusations de CfA sont avérées, l’efficacité ne semble pas au rendez-vous pour Google puisque l’entreprise s’est vu infliger une amende record de 2,4 milliards d’euros de la Commission européenne pour ses pratiques anticoncurrentielles. Le groupe recrute depuis au sein des meilleurs cabinets d’avocat pour tenter d’échapper à cette sanction, malgré ses faibles chances de réussite.

Dernièrement, il a réussi à éviter un redressement fiscal record en France — même si le gouvernement n’est pas près de capituler dans ce bras de fer — mais reste menacé par d’autres dossiers en Europe. Récemment, Google s’est fait remarquer en publiant une enquête d’opinion financée par ses soins dans laquelle les adolescents trouvaient Google « cool ».

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