Le graphène est un nanomatériau : composé de nanoparticules, il est structuré à une échelle microscopique. En plus d’autres avantages, comme sa flexibilité, il pourrait révolutionner la médecine. Mais il reste à mesurer sa dangerosité, quand on le confronte réellement à la biologie humaine.

« Les nanomatériaux tels que le graphène sont très prometteurs », avance le chercheur Mark Miller, avant de nuancer : « Mais nous devons veiller à ce qu’ils soient fabriqués de manière sûre avant de pouvoir les utiliser plus largement dans notre vie. »

Un nanomatériau — composé de nanoparticules — est bien différent des autres : sa structure matérielle s’étend entre 1 à 100 nanomètres. Une taille minuscule, puisque 1 nanomètre correspond à… 0,000001 millimètre. À cette échelle, les nanomatériaux ont des propriétés physiques et chimiques bien particulières. C’est le cas du graphène.

Le graphene est structurellement nanoscopique. Les nanoparticules qui le composent sont minuscules. Le graphène est parfois décrit comme « matériau miracle ». // Source : Canva
Le graphene est structurellement nanoscopique. Les nanoparticules qui le composent sont minuscules. Le graphène est parfois décrit comme « matériau miracle ». // Source : Canva

Ce nanomatériau est d’une flexibilité à toute épreuve en plus d’être extrêmement conducteur. Parmi ses usages possibles, le monde de l’électronique lorgne sur son potentiel — pour nos smartphones par exemple. Mais tel est aussi le cas de la médecine. Les nanoparticules du graphène pourraient révolutionner les thérapies ciblées contre le cancer ; de même que le traitement de problèmes cardiaques grâce à des capteurs plus sensibles implantés dans le corps.

L’échelle « nano », en médecine, pourrait donc aider à se faufiler plus précisément et plus profondément dans le corps humain pour le soigner. Le revers de la médaille, c’est que, du fait même de leur petite taille, ces nanoparticules pourraient aussi faire plus de mal que de bien — en interférant avec le fonctionnement normal de nos organes.

10 ans de recherche pour en arriver à cette étude

À l’université d’Édimbourg, des tests ont justement lieu pour mettre à l’épreuve le graphène dans le contexte biologique du corps humain. Le cardiologue Jack Andrews et son équipe ont ainsi recruté 14 volontaires. Leur mission : inhaler des nanoparticules d’oxyde de graphène. En clair, inhaler des nanoparticules. Différentes concentrations ont été testées. Toutes leurs fonctions vitales ont été relevées avant, et surveillées après l’inhalation : tension artérielle, coagulation, marqueurs d’inflammation, fonction pulmonaire.

« Aucun effet indésirable »

Cette surveillance, relatée dans une étude publiée dans Nature le 16 février 2024, n’a relevé aucun problème particulier dans l’organisme des volontaires : l’exposition a été « bien tolérée » et « n’a entraîné aucun effet indésirable ». Les auteurs en déduisent que ces résultats « démontrent la faisabilité d’expositions humaines soigneusement contrôlées dans un cadre clinique », en tout cas en ce qui concerne l’oxyde de graphène.

Même si cette étude peut sembler minime dans son ampleur — il faudra effectuer ce type de tests aussi en dehors de conditions de laboratoires et avec bien plus de personnes –, la science part de loin : « Il nous a fallu plus de dix ans pour développer les connaissances nécessaires à cette recherche, du point de vue des matériaux et de la science biologique, mais aussi du point de vue de la capacité clinique à réaliser ces études contrôlées en toute sécurité, en rassemblant certains des plus grands experts mondiaux dans ce domaine. »

Les nanotechnologies, appliquées à notre quotidien, ne semblent être qu’au début de leur avènement.


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