Designated Survivor, bien que médiocre, donnait à voir beaucoup des traumatismes américains face au terrorisme qui frappe l'Hexagone. La nouvelle saison de House of Cards pousse encore plus loin la dissection des angoisses occidentales face à la mort. Avis aux Français.

La saison 5 de House of Cards est attendue sur Netflix le 30 mai prochain. Ce lundi, nous avons pu consulter le premier épisode des futures aventures du couple Underwood. Un premier jet qui reprend là où la fiction s’était arrêtée lors de la saison quatre, et propose aux téléspectateurs d’entrer, dès les premières minutes, dans une atmosphère obscurcie par les attentats et l’impopularité d’Underwood. Une situation politique qui rappelle forcément celle connue par l’Hexagone il y a encore quelques mois…

Car en France, certains commentateurs politiques ont eu la perversité et la légèreté d’espérer publiquement des attentats pour sauver des carrières politiques.

Le pouvoir exige-t-il le sang en démocratie comme en monarchie ?

Depuis les actes perpétrées sur notre sol par différents terroristes, l’idée que  la lutte contre le terrorisme est le sujet le plus porteur pour affirmer son pouvoir rappelle les débats américains d’après 11 septembre. Le jeu machiavélique qui lie le pouvoir qui doit protéger les citoyens aux criminels est alors autant motif de fiction, de complot et de fantasmes que de réalités plus ambiguës.

Designated Survivor (ABC/Netflix)

Cette étonnante décomplexion perverse qui consiste à utiliser l’extrême souffrance d’une crise pour mener à bien une carrière politique est assurément un des plus brûlants sujets de nos démocraties. Designated Survivor l’utilise par exemple afin de dessiner dans son show mièvre la figure proprette d’un président par intérim, luttant face aux instincts, bestiaux, qui animent ses adversaires prêts à inventer le terrorisme pour en connaître ses conséquences politiques.

Plus attachée à la fiction qu’à la réalité, cette thèse est souvent défendue par les complotistes de tous bords : le terrorisme mêlant immédiateté et imprévisibilité est par essence propre aux fantasmes et aux utilisations politiciennes. La fascination existe donc bel et bien.

Les Underwood, aux confins de la morale

Car derrière les théories du complot et les scénarios à l’eau de rose, il y a une passion non dissimulée pour la question morale du pouvoir. Le pouvoir exige-t-il le sang en démocratie comme en monarchie ? C’est en fin de compte la question que posent ceux qui analysent les réactions occidentales face au terrorisme. Comprenez dès lors que cette question, aussi française qu’américaine, devienne le premier terrain de jeu de la nouvelle saison de House of Cards.

House Of Cards, saison 5

En quelques minutes, le couple Underwood dévoile l’étendue de son indifférence face à la souffrance des citoyens, trouvant là l’occasion d’assurer les Américains de la protection apportée par le POTUS.

Le Président Underwood, qui court encore derrière sa réélection, croit voir dans l’opportunité terroriste son tremplin vers un second mandat, quitte à jouer des coudes pour faire apparaître une menace inexistante. Cette stratégie terre brûlée, qui a de quoi refroidir le téléspectateur français, est assurée en tandem par la froideur — extatique — du duo Spacey et Wright qui prend, dès le premier épisode un plaisir non dissimulé à reprendre ses costumes.

House Of Cards, saison 5

Le téléspectateur français trouvera une pointe de l’actualité de l’Hexagone disséminée dans un rocambolesque que même Christophe Barbier n’aurait pu imaginer. Et d’une certaine manière House of Cards nous rappelle le rôle premier de la fiction politique : faire jouer le pouvoir avec la morale, quitte à galvaniser le mal.

Est-ce loin de la réalité ? C’est un autre débat.

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