On nous l'avait dit et la mèche avait été allumée dans la saison 3. La saison 4 est celle d'un nouveau monde : celui du couple et du corps. La série politique explore-t-elle les limites de son héros ?

Avant même de commencer notre critique sur cette nouvelle saison d’House of Cards, l’envie point de remettre deux événements franco-français dans notre viseur pour clarifier le contexte.

En premier lieu, avec la même tension dramatique et le même calcul du buzz que la série elle-même, il y a le fait que notre show politique préféré depuis The West Wing est passé d’un maître à un autre. Ancien produit acheté par Canal+, 100 % crypté-Bolloré, les quatre saisons de la série sont devenues des actifs au portefeuille de Netflix France en une nuit — sans parler des négociations préliminaires. Une série de moins au catalogue déjà vidé de son sport pour Canal, et une franchise Netflix qui retourne à la maison après une guerre des droits. Bref, le cruel monde de l’audiovisuel en 2016 synthétisé en un épisode.

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En second lieu, il y a Baron Noir, la série politique made-in-France. On le savait Canal+ avait commandé une série politique mais on ne savait encore qui assurerait le poste de showrunner. Il s’avère que c’est un ancien de la gauche socialiste, un scénariste qui avait écumé les manifestations et les couloirs du quinquennat Mitterand puis de la comète Jospin qui tient la plume : Eric Benzekri. Le résultat est une stupéfiante loupe sur un monde en milieu clos : le socialisme en tant que profession. La série nous happe par son ton, sa connaissance et ses marques de réalisme, avec un Kad Merad sublimé. Malgré son échec d’audience, il s’agit sûrement du meilleur documentaire sur le socialisme en France.

Voilà donc, en deux épisodes prologues comment nous avons regardé cette nouvelle itération de la série la plus noire de la politique U.S.

« Je ne veux pas que tu deviennes une menace »

Frank Underwood, monstre humanisé à coups de monologues face caméra était le grand gagnant de deux saisons aux inspirations très shakespeariennes. Frank était notre Richard III, maître honni par une aristocratie trop propre pour lui. Il utilisait alors les codes de cette guerre des roses en deux saisons pour prendre la scène du théâtre en otage. Deux saisons pour un bureau ovale.

Et une troisième pour quoi ? C’était le principal problème de la saison 3, les fans étaient déçus et les critiques aussi. House of Cards n’avait pas aussi bien maîtrisé son atterrissage au pouvoir que nous l’avions espéré. Pour remédier à cela, la saison 4 commence à proposer, enfin, un nouveau nœud dramatique. Les leçons de bio-politique à la Foucault pour-les-nuls sont terminées : désormais la fiction creuse le couple et le corps.

Il y a des nouveautés au casting, mais la principale se situe dans l’évolution d’un personnage pourtant central jusque là : le couple Underwood. Tel un atome nucléaire dont la fission est épuisée, le couple qui était à la fois l’énergie et la stabilité de la fiction a disparu et en disparaissant, s’intensifie. Laissant deux nouveaux personnages touchés en plein flan : Claire et Frank.

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D’abord Claire. Robin Wright, son interprète est à la production de 4 épisodes de cette saison. La froideur de la blonde androgyne a repris le contrôle du show. Plus puissante et moins institutionnelle que Frank, le personnage de Claire exploite la faiblesse humaine et l’ultra-connexion de la société américaine. Elle menace, une main sur le cœur de Frank, l’autre sur les sondages, l’existence même de notre Richard III.

Frank devient-il notre François Hollande en fin de mandat ? Abîmé par l’exercice du pouvoir, le maître Underwood est désavoué, si désavoué qu’il devient la cible des techniques et complots qu’il a lui même inventés. Les personnages secondaires, qui sont nés entre ses mains, gagnent en prestance et en utilité. De Dunbar à Petrov, le front anti-Underwood gagne en intelligence et joue au jeu préféré de Frank : l’exploitation des faiblesses d’un système installé.

Et là, sans spoiler, le véritable cliffhanger de la saison reprend le souffle un peu lent des premiers épisodes : que serait un monde sans Frank ? Laissant chaque protagonistes face à son propre destin. Épouse, ennemi, allié et chef de guerre : tous creusent leur propre chemin dans un monde déboussolé. La politique n’est qu’une activité dévastatrice et obsessionnelle qui détruit des vies et dénature des passions. Oubliez toutes les leçons que nous a données le maître Underwood : autrui est le premier ennemi du pouvoir.

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Frank insiste, comme il frappe toujours de deux coups théâtraux les tables sur lesquels ils préparent son champ de batailles : « Je ne veux pas que tu deviennes une menace. » Orphelin des siens, avec comme seul allié un bureau ovale qui s’éloigne à peine conquis, Frank est face au cœur et au corps. Laissant une fiction prendre son souffle dans son absence. Même si n’est pas Kevin Spacey qui veut, la quatrième saison a tué le père et mérite largement un dimanche gris et une bonne séance de binge-watching pour cela.

À voir sur Netflix, avant de donner une chance à Canal et son Baron Noir. Gênantes de théâtralité et de désinvolture, telles sont les séries politiques de ce printemps, miroir des élections bien réelles ici et outre-Atlantique.

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