Après deux ans d'existence, Jiwa va bientôt disparaitre. Dernière grande plate-forme indépendante, Jiwa n'a pas réussi à survivre dans un contexte où les ayants droit réclamaient des minimums garantis particulièrement élevés. Une fuite en avant pour le service, condamné à faire des levées de fonds et à parier sur d'hypothétiques recettes. Mais la disparition de Jiwa pourrait relancer l'idée d'une licence de gestion collective. NKM évoque le rapport Zelnik et "ses bonnes réponses".

Mise à jour – la fermeture est désormais effective. Dans un message laissé sur la page d’accueil, l’équipe du site explique « l’accès à la musique à la demande sur Jiwa » est désormais coupé.

Pour l’heure, seules les « playlists restent accessibles […] en mode radio » poursuit Jiwa. Quand à l’avenir, « sachez que nous recherchons activement des repreneurs afin que l’aventure Jiwa puisse se poursuivre« .

Mais si les minimums garantis ne sont pas revus à la baisse ou si des pistes comme la licence de gestion collective ne sont pas explorées, combien de temps une telle aventure pourrait tenir ?

Article du 03 août – Il était parfois présenté comme le rival de Deezer dans le domaine des sites web proposant un service d’écoute légal de musique en ligne. Mais l’aventure commencée au printemps 2008 va prochainement s’arrêter. En liquidation judiciaire depuis le 29 juillet dernier, le service a finalement baissé les bras, selon une information de notre confrère ReadWriteWeb.

Il y a deux ans pourtant, le projet s’annonçait prometteur. Sur le portail, les responsables nous expliquaient que le service se passait du format MP3 pour proposer une meilleure qualité d’écoute, grâce à la technologie Ogg Vorbis. L’encodage étant moins destructeur, le site assurait disposer d’une qualité sonore bien supérieure. Finalement, seul le catalogue était encore bien mince à l’époque, puisque Jiwa comptait 400 000 titres tandis que Deezer, sorti un an avant, en avait déjà 1,5 million.

L’année suivante, en 2009, Jiwa annonçait non sans fierté avoir signé des accords avec les quatre grandes maisons de disques, à savoir Sony, EMI, Warner et Universal. Les labels indépendants ne furent pas non oubliés, et des noms comme Naïve et Pschent se sont également retrouvés légalement en ligne. Grâce à ce partenariat, Jiwa pouvait proposer pas moins de 4,8 millions de titres sur son service toujours accessible gratuitement et sans restriction.

Mais la signature de tels accords a peut-être tué indirectement Jiwa, empêchant le service de se développer convenablement. Car en effet, le droit de diffuser le catalogue des quatre principales majors n’a pas été obtenu sans quelques concessions. Et au premier chef, nous retrouvons le mécanisme des minimums garantis qui a durablement hypothéqué l’avenir du service.

Début février, le PDG de Jiwa avait dévoilé le détail des montants réclamés par chacune des majors pour avoir l’autorisation d’exploiter le catalogue. Si Universal Music se montrait le moins gourmand en réclamant 180 000 euros par an, tout comme Warner Music (100 000 euros par tranche de 18 mois), d’autres n’ont pas hésité à facturer à des prix très élevés : EMI réclamait 250 000 euros par an, tandis que Sony exigeait pas moins de 400 000 euros par an.

Au total, Jiwa devait donc verser systématiquement 930 000 euros, indépendamment de la fréquence d’écoute des catalogues et des différents morceaux. Et évidemment, un tel mécanisme pousse les plates-formes comme Jiwa à se lancer dans des levées de fonds pour financer leurs activités et tenir leurs engagements avec les ayants droit.

Impossible de faire autrement, puisque sans les musiques des majors, nul doute que le service aurait été déserté par les utilisateurs. Et Jiwa se serait alors effondré, faute de pouvoir fournir un service attrayant pour les internautes. À l’inverse, un mécanisme fonctionnant sur des avances élevées est un pari risqué sur les recettes espérées. Car cela conduit à fonctionner à pertes, si jamais les sommes réclamées sont trop élevées.

En février dernier, Jiwa avait d’ailleurs perdu Warner Music. Malgré un montant minimum garanti moins élevé que les autres concurrents, Jiwa a été contraint de retirer les chansons du catalogue de la major. En effet, Warner Music avait saisi le juge des référés parce que la plate-forme n’avait pas réussi à honorer l’intégralité de ses engagements.

Aucun terrain d’entente ne fut trouvé, au grand regret de la plate-forme. Et de rappeler que Jiwa était « un fantastique outil de lutte contre le piratage et un outil de promotion pour les artistes« . Fantastique outil que les ayants droit se plaisent à détruire, à ainsi laissé entendre en filigrane les responsables du service web. Au risque de relancer le piratage de la musique sur les réseaux peer-to-peer.

Plus généralement, la a mort programmée de Jiwa pose la question de l’avenir des services de musique en ligne indépendants dans l’Hexagone. Le 21 juillet dernier, nous évoquions d’ailleurs l’association entre Orange et Deezer. Dans le communiqué de presse, les deux sociétés se félicitaient d’un accord mutuellement bénéfique : Deezer allait profiter de la puissance financière du géant des télécoms, afin de soutenir son développement, tandis qu’Orange allait pouvoir mettre en avant cette association comme une véritable plus-value pour les abonnés au FAI.

Quel destin pour Jiwa, maintenant ? Selon une information de Rue89, Jiwa va progressivement « basculer vers un site en mode dégradé : les membres auront encore accès à leurs playslits, mais l’écoute à la demande sera coupée« , selon des propos tenus par Jean-Marc Plueger, cofondateur et PDG. À l’heure où la loi Hadopi se met progressivement en marche, c’est un coup dur pour l’offre légale.

En effet, les débats animés sur la loi Hadopi avaient été l’occasion pour les promoteurs du projet de loi sur la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet de mettre en avant à plusieurs reprises le succès des services légaux comme Deezer ou Jiwa (surtout Deezer d’ailleurs). Souvent présentés comme la solution pour limiter le téléchargement illicite, ces sites sont malheureusement dans une très grande difficulté.

De là à dire que le gouvernement n’a rien fait pour aider les offres légales à émerger et à tenir face aux ayants droit, il n’y a qu’un pas. En février dernier, le rapport Zelnik proposait un axe original pour renforcer et améliorer l’offre légale sur Internet : une licence de gestion collective. Une idée qui a malheureusement fait son temps, puisque lors d’une table ronde, Patrick Zelnik avait nettement reculé sur ce dossier.

Faut-il néanmoins conserver un espoir ? Réagissant à l’interpellation d’un internaute, Nathalie Kosciusko-Morizet, l’actuelle secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, a déclaré sur Twitter il y a deux heures vouloir « accélérer la mise en œuvre du rapport Zelnik injustement réduit a la taxe Google« .

Et de préciser « qu’il y a les bonnes réponses« . Comme la licence de gestion collective ?

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