Contrairement à un mouvement global dans l'industrie automobile, Toyota refuse de voir l’électrique comme le futur proche des voitures.

«  Il est trop tôt pour se focaliser sur une seule option », a assuré Shigeki Terashi, le directeur de Toyota le 17 juin 2021 au cours d’un appel avec ses actionnaires, pour la présentation de ses résultats trimestriels, repris par plusieurs médias anglophones.

Alors que de nombreux constructeurs automobiles investissent massivement dans la transition vers des véhicules électriques Toyota prend un contre-pied qui peut sembler anachronique. Jaguar a par exemple annoncé abandonner le thermique en 2025, tandis que Mini envisage la même chose pour 2030, General Motors en 2035, et que Honda vise 2040 pour passer au tout-électrique.

« Certaines personnes adorent les voitures électriques, mais d’autres ne trouvent pas ces technologies pratiques. Au fond, ce qui compte, c’est ce que les consommateurs choisissent », a appuyé Masahiko Maeda, le CTO (directeur technologie).

Pour l’instant, il est vrai que Toyota n’a vraiment pas misé sur l’électrique : la seule voiture que le constructeur a dévoilée est la C+ Pod, un tout petit véhicule (plutôt cher). Un SUV électrique a également récemment été teasé, mais il n’est pas encore commercialisé.

L’entreprise a aussi assuré, au cours de la présentation de ses résultats trimestriels, que la fabrication de batteries pour les véhicules électriques pouvait demander des matériaux plus polluants que la fabrication d’éléments pour les voitures thermiques. S’il est évident qu’il y a des pistes à creuser dans la création de batteries plus respectueuses de l’environnement — qui se recyclent aussi encore très mal —, il est complètement erroné d’affirmer que les voitures électriques polluent autant que les thermiques, au global. C’est ce qu’a rappelé le site Electrek, spécialisé dans les véhicules électriques, précisant qu’il ne fallait pas oublier de mettre les émissions de CO2 des voitures thermiques dans la balance, que les électriques ne produisent absolument pas — en plus d’autres conforts, comme l’absence de bruit lors de la conduite.

La Toyota C+ Pod

Toyota veut rester au thermique jusqu’en 2050

Pourtant Toyota persiste et signe : « Jusqu’en 2050, plusieurs options [de mobilité], incluant des hybrides et des thermiques, devront rester en compétition sur le marché, pour que notre entreprise puisse avoir toutes les options ouvertes », a insisté Shigeki Terash. En résumé, le fabricant japonais craint que l’explosion actuelle du marché de l’électrique ne soit qu’une passade, ou une sorte de bulle qui n’arriverait jamais à se transformer en changement durable.

Il est vrai qu’il reste encore des défis dans l’électrique, notamment au niveau de l’autonomie : les consommateurs qui se qualifient de frileux ont encore majoritairement peur de tomber en rade d’énergie, sans borne de recharge aux alentours. Même si les constructeurs produisent des voitures avec toujours plus d’autonomie, ils restent dépendants de la structure même des batteries. C’est pour cela que c’est dans cette branche que la recherche et développement est la plus attendue : si l’on arrive à produire des batteries plus puissantes et plus petites, alors les véhicules pourront rouler plus longtemps sans être rechargés.

Cependant, l’argument du « choix des consommateurs » qu’avance Toyota est relativement cynique : il est évident que la majorité des clients préfèreront toujours la solution moins chère et plus efficace, même si elle pollue plus. Or, si c’est toute une industrie qui s’aligne, change et propose des offres alternatives plus vertes — et nécessaire face aux enjeux dramatiques autour du changement climatique —, il serait possible de modifier tout un écosystème et d’envoyer un signal écologique fort.

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