Inondations, canicules, feux de forêt... même dans le scénario de baisse des gaz à effet de serre le plus optimiste, le réchauffement climatique se fera sentir en France dans les décennies à venir. Il faut s'y préparer.

Des arbres fruitiers qui fleurissent plus tôt, des vagues de chaleur désagréables… en France, les effets du réchauffement climatique commencent à se faire sentir, certes. Mais comparés à la fonte des glaces en Arctique ou à la recrudescence d’incendies violents en Californie, ces changements peuvent sembler indolores. Cela signifie-t-il que la France sera épargnée ? Hélas, non. Si l’attention s’est, à juste titre, portée sur les zones les plus sévèrement touchées, la France va connaître, elle aussi, des bouleversements importants dans les décennies à venir.

Avec nos 3 400 km de côtes, nous avons par exemple de bonnes raisons de nous inquiéter de la montée des eaux. « Les modèles climatiques prévoient une hausse du niveau moyen de la mer en Europe de 0,3 à 0,6 mètre dans le scénario le plus favorable », explique à Numerama, Ybele Hoogeveen, spécialiste du changement climatique et de la bio-économie au sein de l’agence européenne de l’environnement (EEA).

Falaises de Normandie, en France // Source : effekt99 sur Pixabay

Dans une série de cartes interactives publiées en 2020, l’organisme montre qu’en France, si la hausse des températures reste sous le seul stratégique des 2°C d’ici 2050, le niveau de la mer montera de 20 à 40 cm. Et dans le pire scénario — avec un réchauffement de 3°C d’ici le milieu du siècle — la hausse du niveau de la mer le long de nos côtes serait comprise entre 60 cm et un mètre.

Des villes inondées plusieurs fois par an

En parallèle, des inondations qui ne se produisaient qu’une fois tous les 100 ans dans certaines zones pourraient devenir la norme. Même dans le scénario le plus optimiste, la ville de Brest pourrait ainsi en subir une à deux, annuellement, à la fin du siècle, et celle de Dieppe, deux à cinq, en moyenne, chaque année. Ces changements sont évidemment dramatiques pour les personnes qui vivent dans les zones exposées — que mettent en évidence les cartes de l’EEA.

Le pourtour méditerranéen est exposé à la montée des eaux. // Source : Agence européenne de l’environnement

Ce n’est cependant le seul problème que cela pose. Des infrastructures stratégiques pourraient devenir temporairement, voire durablement, inutilisables à cause de la montée des eaux. « Dans le courant de ce siècle, l’entrée du Tunnel sous la Manche, le port du Havre, le chantier naval de Saint-Nazaire, des parties entières de l’île d’Oléron, du Languedoc-Roussillon seront régulièrement sous les eaux, à tel point que les activités économiques, touristiques ou le simple fait d’avoir des maisons ne sera plus possible », avertissait Pascal Canfin, président de la commission environnement du Parlement européen, en 2020.

Responsable du programme climat, énergie et sécurité à l’Institut de relations internationales et stratégiques, (IRIS) Julia Tasse connaît bien ces problématiques. « Comme le phénomène est graduel, les acteurs pensent avoir le temps de se préparer. Mais il suffit d’une grosse tempête pour qu’un port se retrouve dans une situation compliquée. Et, avec lui, toute une partie du territoire puisque les ports nous approvisionnent en denrées alimentaires, en produits de consommation, mais aussi en pétrole  », explique l’experte à Numerama.

« Dans le courant de ce siècle, le port du Havre sera régulièrement sous les eaux », alerte l’eurodéputé Pascal Canfin. // Source : ddzphoto / Pixabay

La montée des eaux est également une mauvaise nouvelle pour les parcelles agricoles des zones exposées. « Même si l’eau de mer ne les recouvre pas directement, elle modifie le degré de salinisation des terres environnantes, qui peuvent devenir incultivables », nous explique aussi Aurélie Ceinos, spécialiste climat et résilience de l’ONG Care International. C’est le même facteur qui transforme certaines zones naturelles américaines en véritables forêts fantômes.

Les vagues de chaleur vont se multiplier

L’impact de la montée des eaux va poser, par ailleurs, des problèmes aux territoires ultramarins. « Nous devrions observer un doublement de fréquence des submersions marines dans les îles des océans Indien et Pacifique », avertit ainsi la géographe Virginie Duvat dans Libération.

L’élévation du niveau de la mer n’est pas le seul changement dont il faut se préoccuper en France. Les changements de température poseront également des défis majeurs, notamment car ils entraîneront une multiplication des vagues de chaleur.

« Tout le pourtour méditerranéen, y compris la partie française, est ce qu’on appelle dans notre jargon un « point chaud du réchauffement climatique », cela signifie que c’est une zone qui concentre plusieurs risques climatiques », avertit Céline Guivarch, directrice de recherche au Centre International de recherche sur l’environnement et le développement (CIRED) interrogée par Numerama.

Deux mois de canicule dans le pire scénario

Dans le plus optimiste des trois scénarios étudiés par Météo France, le nombre de jours de vagues de chaleur doublerait d’ici la fin du siècle, et on verrait apparaître plus régulièrement dans le Nord de la France des nuits à plus de 20°C.

Dans le scénario intermédiaire, la durée des vagues de chaleur serait multipliée par trois ou quatre. Dans le scénario pessimiste, les conséquences sont si sérieuses qu’on ne peut que souhaiter les éviter à tout prix. Sans régulation climatique, avec un réchauffement global de 5°C d’ici la fin du siècle, le nombre de jours de vagues de chaleur serait ainsi 5 à 10 fois plus élevé. Dans l’arc méditerranéen, le couloir rhodanien et la vallée de la Garonne, les vagues de chaleur et les journées caniculaires pourraient alors durer un à deux mois l’été.

« La plupart des gens ne reverront jamais les étés de leur enfance  », souligne Oriane Cebile, conseillère environnement à l’Assemblée des Communautés de France, contactée par Numerama.

Des villes irrespirables l’été

La situation est alarmante, en particulier pour les citadins. En ville, l’air circule moins et la chaleur se concentre : c’est ce qu’on appelle l’effet d’îlot de chaleur. « Les villes peuvent pour cette raison afficher des températures de 7 à 8°C supérieures aux zones environnantes », explique à Numerama, Marjorie Musy, directrice de recherche au Centre d’études et d’expertise sur les risques l’environnement, la mobilité et l’aménagement. Si la température est déjà caniculaire, ces 8 degrés supplémentaires sont donc très problématiques.

Les vagues de chaleur font courir un risque vital aux habitants et habitantes, en particulier les plus fragiles (enfants en bas âge, personnes âgées). Mais elles ont d’autres effets moins connus, sur notre état psychologique par exemple. « Si la température reste trop élevée la nuit, le corps ne se repose pas correctement. Cela réduit notre capacité à prendre des décisions réfléchies et, de manière générale, on ne se sent pas en forme  », souligne la responsable du programme climat, énergie et sécurité de l’IRIS, Julia Tasse.

Des centrales stoppées faute d’eau pour les refroidir

Les changements de température peuvent également compliquer le fonctionnement de certaines infrastructures énergétiques. « Pour refroidir les centrales nucléaires, par exemple, de l’eau fraîche est nécessaire. Si celle-ci est trop chaude du fait de la météo, on peut être contraint de les stopper », précise à Numerama Oriane Cebile, conseillère environnement à l’Assemblée des Communautés de France.

Les canicules affectent également le trafic ferroviaire. « Les fortes chaleurs engendrent une dilatation de l’acier des voies de chemin de fer. Cela peut rendre une ligne momentanément inutilisable  », poursuit-elle.

Elles entraîneront certainement aussi, en France, une recrudescence des feux de forêt. Dans le meilleur scénario étudié par l’Agence Européenne de l’Environnement, le risque d’incendie augmentera de 20 à 30 % dans certaines zones spécifiques (moitié sud et côte Atlantique). Mais avec un réchauffement de 3°C à l’horizon des années 2050, la probabilité des feux de forêt augmenterait de plus de 40 % dans presque tout l’Hexagone.

Dans le meilleur scénario étudié par l’Agence Européenne de l’Environnement, le risque d’incendie augmentera de 20 à 30 % dans les zones les plus exposées. // Source : Ylver / Pixabay

Les changements des températures en France pourraient également modifier l’attrait touristique de certaines zones. C’est notamment le cas des stations de ski, dont une frange devient déjà impossible à exploiter. Mais c’est aussi le cas de certaines zones prisées du sud de la France qui pourraient devenir trop chaudes à certaines périodes de l’année.

Il faut enfin se rappeler que nous ne vivons pas en autarcie. Une partie des produits et aliments que nous consommons viennent d’autres pays. Les bouleversements qui s’y produisent nous affecterons donc également. Un exemple ? « Une partie de ce que nous importons passe par le port de Rotterdam qui sera de plus en plus exposé aux menaces de submersion avec la montée des eaux » explique à Numerama, Julia Tasse de l’IRIS. Heureusement pour eux (et pour nous), les Pays-Bas ont pris le problème à bras le corps et élaboré une stratégie d’adaptation aux effets du réchauffement climatique. Il serait bon que la France passe, elle aussi, la seconde dans ce domaine.

Pour finir sur une bonne nouvelle : même si elles auront un coût, les pistes pour atténuer l’impact du réchauffement climatique en France existent, et même en grand nombre — végétaliser les villes, protéger ou déplacer les infrastructures stratégiques exposées, etc. Nous vous en parlerons bientôt dans un prochain article.

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