Avec le Cybertruck de Tesla et l'Ami de Citroën, des constructeurs auto nous montrent qu'ils peuvent penser la voiture en dehors d'un clone fade du même SUV. Et heureusement.

D’un côté, un véhicule utilitaire sorti tout droit de la science-fiction des années 1980, imposant, anguleux, surpuissant et définitivement hors de toute tendance. De l’autre, une mini-voiturette aux airs de jouet, cuboïde qu’on peine à définir sans sortir d’un lexique enfantin, vendue par abonnement pour une poignée d’euros par des magasins high-tech comme la Fnac et Darty et comparée à une trottinette électrique dans les discours marketing. Le Cybertruck de Tesla et l’Ami de Citroën n’ont a priori rien en commun. Et pourtant, chacun à leur manière, ils esquissent un futur de l’automobile qui tarde à naître.

Tesla Cybertruck // Source : Tesla

À situation critique, véhicules extrêmes

La raison est simple : tous les deux répondent à des problèmes réels de mobilité. Le Cybertruck est un outil avant d’être un véhicule, capable de transporter d’autres outils et plébiscité dans les campagnes où il est nécessaire de posséder un véhicule tout terrain et multifonctions. Qu’il s’agisse du format préféré des Américains ne signifie pas forcément que New York ou Chicago seront des hypercentres de la commercialisation : les États-Unis ont cela de spécial que chaque état est un petit pays avec sa géographie, ses besoins et son organisation du territoire.

La Citroën Ami est l’antithèse du Cybertruck. Un tout petit véhicule, à l’autonomie faible et capable uniquement d’atteindre les 45 km/h. Mais ces caractéristiques au rabais ne sauraient masquer ses forces : si l’on écoute la réalité des besoins des citadins et non les discours marketing des marques, l’Ami est presque une réponse scientifique aux problématiques de la ville. Elle n’a pas besoin d’espace pour se déplacer ou se garer, anticipant les politiques de réduction de la voirie au profit des piétons et des transports alternatifs. Elle ne va pas vite, mais la vitesse moyenne d’une voiture à Paris par exemple est de 15 km/h. Elle ne va pas loin, mais son autonomie permet de rejoindre une ville comme Paris depuis la proche banlieue ou d’arpenter les pôles urbains français en long et en large.

Citroën Ami // Source : Citroën

Les deux véhicules répondent aussi paradoxalement aux questions de celles et ceux qui souhaiteraient voir la voiture disparaître purement et simplement. En idéaliste, on pourrait rêver de voir le paysage urbain se partager exclusivement entre de bons transports en commun et de petits véhicules à deux roues pour les transports individuels. Mais la réalité nous impose de prendre en compte les situations où cela est impossible : dans bien des cas, du handicap au confort nécessaire, en passant par le temps qu’il fait dehors ou des besoins techniques, il est impossible de s’en remettre aux transports cités et la voiture n’est pas qu’une option luxueuse.

Et c’est bien pour cela que ces deux véhicules portent en eux une vision de la mobilité individuelle utile, qui n’est pas une compensation de l’égo de son conducteur — pour rester dans la décence. La Citroën Ami est vendue à un prix très bas pour un véhicule électrique à 4 roues et n’entravera en rien les efforts de modernisation des villes pour les rendre plus agréables pour toutes et tous. Le Cybertruck permettra de son côté de répondre à des besoins professionnels ou demandant de couvrir de longues distances, avec des charges. Au pire autorise-t-il les plus rêveurs à imaginer le road trip sauvage du futur en Cybertruck dans une configuration pensée pour le camping — mais il faudra trouver des bornes de recharge. Entre les deux besoins, l’offre est aujourd’hui démesurée.

Penser la voiture pour la ville et non la ville pour la voiture

Ces deux propositions viennent frapper de plein fouet une industrie qui semble n’avoir qu’un mot à la bouche depuis quelques années : SUV.

Cette catégorie de véhicules à tout faire a sa place, notamment pour les familles ou dans les zones géographiques qui imposent de couvrir plus de distance, mais l’insistance des constructeurs à en faire l’alpha et l’oméga de la mobilité touche à l’absurde. Lourds et grands, ils consomment beaucoup, sont plus dangereux pour les piétons et n’aident pas à circuler en milieu urbain. La dernière fois que nous avons testé l’excellent Model X, il nous a fallu à peu près une heure pour sortir le véhicule de Paris. Alors certes, on était bien à l’intérieur, mais quelle plaie pour un trajet infiniment plus efficace avec n’importe quel autre moyen de transport.

C’est évident que dans le mix de la mobilité de demain, le SUV comme la berline si prisée des ministres et autres executives n’ont pas la place que les constructeurs voudraient qu’ils aient. Tout au mieux devraient-ils être des exceptions et non le cœur d’une gamme. Ami et Cybertruck semblent aujourd’hui être des concepts osés et extrêmes. Demain, si la raison l’emporte sur le marketing, les deux véhicules pourraient être les piliers d’un usage raisonné de la voiture. Car enfin, ce serait elle qui s’adapterait à son environnement et non l’inverse.

Et puis, soyons honnêtes, on a carrément envie de voir ce futur où des voitures qui ne sont pas des clones de Golf, de 3008 et de Laguna arpentent nos rues en silence et sans émission.

Crédit photo de la une : Citroën

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